Les « 12 dégueux » : faut-il les acheter bio?

Avez-vous déjà entendu parler des Dirty Dozen? Annuellement, le ‘‘Environmental Working Group’’ dresse une liste (que l’on pourrait traduire par les 12 salopards) qui pointe du doigt les fruits et légumes qui contiennent le plus de résidus de pesticides. Est-ce qu’on devrait les bannir?

Voici ce qu’en pense Mathieu Valcke, conseiller scientifique en toxicologie à l’Institut national de la santé publique du Québec.

À première vue, la liste fait sursauter. Après en avoir pris connaissance, je me suis levée, j’ai ouvert mon frigo et j’ai regardé ce que contenait mes bacs de fruits et légumes. Oui, j’avais bel et bien ces aliments « maudits »

Woah, minute papillon. On va commencer par enlever une bûche ou deux d’anxiété, prendre une grande respiration et relativiser.

Premièrement, la liste des 12 salopards, (The Dirty Dozen list) n’est pas une liste d’aliments dangereux.

C’est tout simplement un outil qui nous permet de réfléchir à notre exposition aux résidus de pesticides.

Le but n’est pas de tomber dans la peur et de bannir ces aliments de notre panier d’épicerie.

Au contraire.

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Les 12 salopards

LES 12 DÉGUEUX = DANGER?

C’est probablement le premier gros mythe à déboulonner.

Le fait qu’un fruit ou un légume se retrouve sur la Dirty Dozen ne signifie pas qu’il est toxique à manger. La liste classe les aliments selon les résidus de pesticides détectés; elle ne constitue pas un classement des aliments « dangereux » ou « sécuritaires ».

« La liste mesure le nombre de types de pesticides différents qui se retrouvent sur les fruits et légumes. Plus ils sont élevés, plus ces aliments vont se retrouver en haut de la liste. Bien que les normes et les recommandations en vigueur soient généralement respectées, une certaine quantité de résidus peut se retrouver sur nos fruits et légumes.

Si quelqu’un veut diminuer la quantité de résidus qui se retrouvent sur ceux-ci, le nettoyage à l’eau est efficace. » - Mathieu Valcke, conseiller scientifique en toxicologie à l’Institut national de la santé publique du Québec

À QUOI SERT CETTE LISTE?

À faire des choix éclairés et à prioriser.

L’important est de varier notre alimentation le plus possible. Si vous aimez les pommes et uniquement les pommes, il serait préférable d’ajouter une orange, une banane ou une fraise à votre menu de temps en temps.

Varier permet de diversifier son alimentation et son exposition aux différents résidus.

« C’est prouvé, manger régulièrement des fruits et des légumes est extrêmement bénéfique pour la santé. N’arrêtez pas d’en manger par peur. On vous encourage à faire des choix sains et à varier votre menu tout simplement. Vous éviterez ainsi d’être exposés au même contaminant et ce en grande quantité. » - Mathieu Valcke

Personnellement, je ne suis pas du genre à acheter bio tout le temps. Pour certains aliments oui, pour d'autres non.

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Par moments, c’est le porte-feuille qui parle. Je ne vais pas me priver de manger des fruits et légumes et oui, quand le rabais est alléchant, c’est le porte-feuille qui parle.

« Faire affaire avec des fermiers de famille est également une bonne façon de réduire son exposition. C’est une bonne option dans la perspective de contribuer à réduire l’usage des pesticides et donc l’exposition des travailleurs qui nous fournissent les fruits et légumes que nous mangeons. » C’est pour eux que je choisis les paniers bio. Chacun a ses raisons. C’est un choix personnel. » - Mathieu Valcke

BIO = ZÉRO PESTICIDE?

Ça, c'est la grande question: est-ce que « biologique » signifie zéro pesticide?

Pas nécessairement.

Acheter local ne signifie pas automatiquement biologique ou sans pesticides.

Au marché, plutôt que de regarder le panier de fraises de travers, on peut simplement poser des questions au producteur : utilise-t-il des pesticides? Lesquels? À quelle fréquence? A-t-il certaines pratiques biologiques sans être certifié? Ainsi, on aura des réponses à nos questions.

NOS FRUITS ET LÉGUMES ONT-ILS BESOIN D’UN BAIN?

Tout à fait.

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Avec du savon?

Pas nécessaire.

Santé Canada déconseille d’utiliser du savon ou des produits nettoyants pour laver les fruits et légumes parce qu'ils peuvent laisser des résidus ou un arrière-goût désagréable.

Les aliments poreux risquent également d'absorber le savon ou les produits nettoyants. L’eau courante est suffisante et efficace comme méthode de nettoyage.

FAUT-IL ÉPLUCHER NOS POMMES?

Là aussi, pas nécessairement.

Ça reste un choix bien personnel.

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J’avais un oncle qui épluchait toujours ses pommes. Je ne comprenais pas pourquoi. Moi, je préfère les manger avec leur pelure!

Car oui, enlever la pelure peut réduire la présence de certains résidus à la surface, mais ce n’est pas une raison pour s’en débarrasser systématiquement.

Surtout que certains types de pesticides sont appliqués tout au long de la croissance du fruit pour éviter les ravageurs.

Le bon réflexe à adopter est de bien rincer nos fruits et légumes avant de les manger.

Alors, pour revenir à la question du début: faut-il bannir les « 12 dégueux »?

Non.

Absolument pas.

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La liste des 12 salopards (The Dirty Dozen list) peut être un outil intéressant pour faire des choix, surtout lorsqu’on a un budget à respecter.

Mais elle ne devrait pas nous faire oublier l’essentiel : manger suffisamment de fruits et de légumes, varier son alimentation et adopter des habitudes qu’on est capable de maintenir au quotidien.

Parce qu’au fond, le panier parfait n’existe pas. Et heureusement, notre alimentation n’a pas besoin de l’être non plus.

Alors, la prochaine fois que vous croiserez les « 12 dégueux » à l’épicerie, pas besoin de changer de rangée.