
El Niño rend l'océan plus bleu et c'est une mauvaise nouvelle
Depuis plusieurs mois, un satellite de la NASA observe que les eaux du Pacifique équatorial, celles-là mêmes que l’on surveille pour le phénomène El Niño, deviennent de plus en plus bleues. Ce n’est pas bon signe pour la vie aquatique. Explications.
En bref :
Les images du satellite PACE montrent un Pacifique équatorial nettement plus bleu en 2026 qu’à la même période en 2025;
Ce changement est attribuable à la baisse du phytoplancton, qui donne habituellement d’autres teintes à l’eau;
C’est un changement attendu lors d’épisodes El Niño, phénomène qui perturbe la météo mondiale, mais aussi la vie marine.
Bleu : c’est joli, mais pas nécessairement bon signe
Une vaste étendue bleue peut faire rêver, mais pour les scientifiques, le bleu qui s’étend peut être le signe de quelque chose qui cloche. Parmi les missions du satellite PACE (« Plankton, Aerosol, Cloud, ocean Ecosystem », ou « Plancton, aérosol, nuage et écosystème océanique ») de la NASA, lancé en 2024, il y a justement l’observation de la couleur des océans et l’étude du phytoplancton.
« Certaines personnes pensent que l'eau est simplement bleue, mais il est incroyable de voir la multitude de couleurs que l'océan peut prendre », explique Matthew Kehrli, chercheur principal pour l'équipe du satellite PACE dans un billet sur le site de la NASA.
Le satellite observe cette année son tout premier épisode El Niño et ses instruments révèlent que la bande verdâtre le long de l'équateur dans le Pacifique rétrécit nettement au profit du bleu depuis plusieurs mois.
Ces teintes de vert, de brun ou de turquoise, qu’on pourrait juger moins jolies qu’un bleu profond et uniforme, témoignent d’une vie florissante. Elles proviennent de milliers d’espèces différentes de phytoplancton, des plantes microscopiques à la base de la chaîne alimentaire marine.
« Ces organismes prolifèrent lorsqu’ils sont dans des eaux fraîches et riches en nutriments, indique la NASA. Mais durant un épisode El Niño, l'affaiblissement des vents alizés réduit la remontée des eaux gorgées de nutriments provenant des profondeurs vers la surface. »
Ce manque de nourriture se traduit par un déclin du phytoplancton, ce qui provoque un changement de couleur, et peut aussi (et surtout) avoir un effet domino sur d’autres espèces marines qui doivent migrer vers de nouvelles aires d’alimentation.
Un « super El Niño » potentiellement historique
Derrière ce bouleversement océanique se trouve un phénomène El Niño d'une intensité exceptionnelle. Selon la NOAA (« National Oceanic and Atmospheric Administration », l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique), il y a de bonnes chances que ce soit l’épisode le plus puissant depuis 1950. Un record absolu a d’ailleurs été atteint en septembre.
On parle d'El Niño lorsque la température de surface de l'eau dans une zone clé du Pacifique équatorial (la zone Niño 3.4) dépasse la normale d'au moins 0,5 °C. Quand cette anomalie franchit le seuil des +2 °C — un cap déjà atteint pour cet épisode —, les météorologues le qualifient de « super El Niño ».
En plus de pouvoir nuire à la vie marine, ce réchauffement majeur bouscule la circulation atmosphérique mondiale, influençant les régimes de précipitations, de sécheresse et les températures globales.
Au Québec, on prévoit qu'il apportera un hiver globalement plus doux et possiblement moins neigeux.