Verglas : voici pourquoi cette tempête est un casse-tête à prévoir
Le système qui s'apprête à frapper le Québec est particulièrement complexe en raison des multiples types de précipitations attendus. De minuscules variations de température pourraient avoir un effet important sur les conséquences au sol, rendant la tâche de nos météorologues assez délicate.
En bref :
Lutte entre l'air froid du nord et l'air chaud du sud sur un long front;
Zone de transition causant un cocktail de précipitations;
Conséquences majeures liées à des variations thermiques minimes;
Le grésil limitera la quantité de pluie verglaçante par endroits.
Une configuration atmosphérique complexe
Ce scénario météorologique hautement contrasté s'explique d'abord par un conflit entre deux masses d'air. D'un côté, un puissant anticyclone situé plus au nord et tournant dans le sens horaire fait redescendre de l’air froid vers nos latitudes en le poussant dans l'axe de la vallée du Saint-Laurent. De l'autre côté, un système dépressionnaire en provenance du sud fait remonter de l'air beaucoup plus chaud en altitude.
Cette dynamique particulière crée des écarts thermiques saisissants à travers la province. Par exemple, alors qu'il faisait environ -15 °C à Chibougamau mardi après-midi, le mercure atteignait 18 °C à Sherbrooke. D'ailleurs, la majorité de la pluie prévue en Estrie devrait être non verglaçante grâce à ces températures clémentes.
La mince ligne entre la pluie et le verglas
C'est véritablement dans la zone de transition, là où ces masses d'air entrent en collision, que la prévision devient un casse-tête. Comme c’est souvent le cas, la vallée du Saint-Laurent est en plein sur la ligne de front. Déterminer exactement la zone où tombera le plus de pluie verglaçante est un exercice très difficile. Pour l’ensemble du Grand Montréal, la pluie verglaçante devrait être bien présente en matinée alors que les températures oscilleront autour de -2 °C ou -3 °C, ce qui risque de rendre les routes glissantes.

« Toutefois, en soirée, c’est moins certain, parce qu’on commence à voir de l’air doux qui s’immisce dans le scénario », indique le météorologue Patrick Duplessis. D'où la zone de « verglas incertain » située tout juste au sud de l’île de Montréal sur notre carte. Une variation de quelques degrés peut faire toute la différence entre une chaussée simplement mouillée et de dangereuses accumulations de glace.
La hausse des températures au-dessus de 0 °C attendue en soirée sera donc cruciale pour limiter la quantité de verglas dans la région montréalaise. Si, au contraire, le froid l'emporte, la limite de la zone maximale de verglas pourrait glisser plus au sud.

Autre élément à considérer dans le Grand Montréal : un redoux nocturne avec des températures atteignant 4 à 6 °C pourrait aider à faire fondre la glace accumulée. Cependant, ce léger réchauffement salutaire pourrait ne pas s’étendre à des secteurs plus au nord comme les Laurentides ou Lanaudière.
Au nord : plus de grésil = moins de verglas
Cette incertitude sur la nature des précipitations ne se limite pas au sud du Québec, car l'étendue du grésil plus au nord représente un autre défi pour nos prévisionnistes. En effet, cette zone de grésil pourrait s'accrocher plus ou moins longuement sur certains secteurs situés au nord du fleuve. Dans la région de la Capitale-Nationale, les Hautes-Laurentides et la Mauricie, les conditions météorologiques évolueront rapidement, passant d'une neige abondante à du grésil, puis éventuellement à de la pluie verglaçante.
La durée de la période de transition en grésil aura une incidence sur la gravité des conséquences que pourrait occasionner le verglas qui suivra. Bien qu'il ressemble fortement au verglas, le grésil a l'avantage de ne pas s'accumuler sur les fils et les branches, ce qui atténue grandement les impacts sur le réseau électrique, notamment. Plus il tombera de grésil, moins il y aura de verglas.
« La différence entre le grésil et le verglas est seulement reliée à l'épaisseur de la couche d'air froid à la surface, indique Patrick Duplessis. C'est un écart parfois minime dans l'atmosphère qui a un effet majeur sur les conséquences. »