Tropiques : un record impressionnant, mais ce n’est pas terminé
C’est la première fois depuis plus de 30 ans qu’aucun ouragan ne s’est formé dans l’Atlantique en septembre. Pourrait-on franchir le fil d’arrivée de 2026 sans en voir un seul?
En bref :
Aucun ouragan formé à ce jour en 2026 dans le bassin atlantique : un retard record;
Premier mois de septembre sans ouragan depuis 1994;
La saison est toutefois loin d’être terminée.
Un mois de septembre historiquement calme
Pour la première fois depuis 1994, le mois de septembre s’est terminé dans le bassin atlantique sans le moindre ouragan. Il s’agit d’une anomalie spectaculaire, car le pic d’activité cyclonique survient habituellement vers la deuxième semaine de septembre.

Depuis le début de la saison 2026, pas un seul système n’a atteint le stade d’ouragan. C’est le plus long délai jamais observé depuis le début des observations par satellite en 1966. Le plus tard qu’un premier ouragan avait été enregistré dans le bassin atlantique jusqu’à maintenant, c’était le 11 septembre (en 2002 et 2013).
Une saison moyenne génère normalement 14 tempêtes nommées, 7 ouragans et 3 ouragans majeurs. En date du 2 octobre, seules 8 tempêtes tropicales ont vu le jour dans le bassin, dont 3 ont touché terre, la majorité s’essoufflant rapidement.

Une énergie cyclonique extrêmement faible
Cette situation anormalement calme se reflète dans l'indice d'énergie cyclonique accumulée (ACE, pour « accumulated cyclone energy »), qui évalue à la fois la force et la durée des tempêtes. En date du 1er octobre, l'ACE du bassin atlantique ne totalisait que 10,8. La valeur normale attendue à cette date est de 95,5, alors que la moyenne annuelle globale est de 122,5.

À qui la faute (ou plutôt, grâce à qui, pourraient dire les résidents des régions côtières)? Au « super El Niño » qui sévit dans le Pacifique Est. En réchauffant les eaux de cette zone, El Niño engendre un fort cisaillement vertical des vents qui souffle vers l'est et vient désorganiser les perturbations naissantes dans l'Atlantique.
Pendant que l'Atlantique est endormi, la situation est tout autre dans le Pacifique. Avec le passage récent de l'ouragan Polo et la présence de l'ouragan Rachel au large des côtes mexicaines, le Pacifique Est compte déjà 8 ouragans majeurs en 2026, se hissant au deuxième rang des années qui en ont compté le plus (aux côtés de 1992, 2014, 2015 et 2018).
Pourrait-on finir l'année avec zéro ouragan?
L'Atlantique pourrait-il terminer 2026 sans connaître un seul ouragan? C’est possible, mais l’histoire indique que c’est hautement improbable.
Depuis le début de la recension, il n’y a qu’en 1907 et en 1914 qu’aucun ouragan n’a été répertorié dans l'Atlantique. Or, à cette époque antérieure aux satellites météorologiques et aux avions de reconnaissance, il est fort probable que certains systèmes en haute mer aient tout simplement échappé aux observations.

Dans l'histoire météorologique moderne, jamais une saison complète ne s'est achevée sans au moins un ouragan. Et celle-ci est loin d’être terminée : elle prend officiellement fin le 30 novembre.
Les données climatologiques indiquent d’ailleurs que la date moyenne du dernier ouragan majeur dans le bassin est le 28 octobre, celle du dernier ouragan le 15 novembre et celle de la dernière tempête tropicale le 19 novembre.
Une menace qui se déplace
Pour les deux prochaines semaines, le contexte demeure défavorable à la formation classique des dépressions loin au large des terres.
Cependant, la nature des tempêtes change à cette période de l’année. Celles-ci ont tendance à se former plus près des terres, dans les Caraïbes, dans le golfe du Mexique et dans le secteur ouest de l’océan Atlantique.

Plusieurs ouragans destructeurs de l’histoire récente ont frappé en octobre, comme Milton en 2024, Michael en 2018, Sandy en 2012 ou Wilma en 2005.
Le Centre national des ouragans (NHC) américain n'anticipe aucune menace au cours des sept prochains jours. Mais certains modèles météorologiques à long terme commencent à surveiller le sud du golfe du Mexique vers la fin de la semaine prochaine, où les températures de surface de l'océan sont exceptionnellement chaudes.
D'après un texte de Dennis Mersereau, de The Weather Network, et avec la collaboration de Nicolas Lessard, météorologue.
