
Saison des tornades hyperactive au Canada : le Québec fait exception
Jusqu’ici, on a observé plus de 110 tornades au Canada cette année, et ce n’est pas terminé. Au Québec cependant, on en compte que 6, un chiffre nettement inférieur à la normale. Explications.
En bref :
110 tornades au Canada en date du 14 septembre, dont 3 de force EF-3;
Seulement 6 tornades au Québec, soit 4 fois moins qu’en 2025;
36 tornades cette année en Saskatchewan.
Une année très active
L'Amérique du Nord a connu une saison de temps violent particulièrement occupée cette année, les tornades ayant labouré le paysage, des sables bitumineux de l'Alberta jusqu’aux côtes rocheuses de l'Île-du-Prince-Édouard. Le Canada et les États-Unis sont tous deux en voie de dépasser nettement leur moyenne annuelle respective de tornades, mais les données révèlent aussi des tendances régionales pour le moins surprenantes.

Un bilan déjà impressionnant
Selon les experts du Northern Tornadoes Project (NTP) de la Western University, au moins 110 tornades ont été confirmées au pays jusqu'à maintenant cette année, en date du 14 septembre. La plus puissante de la saison a frappé North Portal, en Saskatchewan, avec des vents estimés à 245 km/h et des dommages de catégorie EF3, un niveau atteint par moins de 1 % de toutes les tornades confirmées par le NTP depuis 2017.
L'Alberta avec 30, et la Saskatchewan avec 36, ont à elles seules généré plus de la moitié du total de tornades au Canada cette année. Le Manitoba suit avec 15 tornades, incluant deux qui ont directement frappé des quartiers du sud de Winnipeg. Ce total de 110 s'approche déjà du record de 120 tornades confirmées enregistré en 2022 dans la base de données du NTP.

Le Québec isolé
Si l'Ouest canadien a été particulièrement actif, le Québec a pour sa part connu une saison particulièrement tranquille avec seulement 6 tornades. Au Québec, la fréquence mensuelle illustre bien ce ralentissement : après un printemps et un début d'été relativement proches des normales, le mois de juillet a été le seul à atteindre la moyenne habituelle, avec trois tornades. Le mois d'août n'en a produit qu'une seule, ce qui est bien en deçà de la normale de 1991 à 2020, et septembre n'en compte toujours aucune en date du 14. Avec seulement 6 tornades confirmées à ce jour, la province se retrouve nettement sous les bilans des dernières années : 24 en 2025, 17 en 2024, 9 en 2023, 32 en 2022 et 24 en 2021.

Au moins deux tornades ont aussi touché les Maritimes cette année, dont une au sud-ouest de Moncton et une autre exceptionnellement rare dans l'est de l'Île-du-Prince-Édouard, qui fut la première confirmée dans cette province depuis août 2007.
Une moyenne officielle un peu tordue
Le Canada affiche officiellement une moyenne annuelle d'environ 65 tornades. Or, cette moyenne provient en bonne partie de décennies où la détection était beaucoup moins rigoureuse qu'aujourd'hui. En effet, avant l'arrivée du Northern Tornadoes Project et de ses efforts de recherche intensive sur le terrain à partir de 2017, un nombre important de tornades passaient inaperçues, notamment dans des régions peu peuplées ou difficiles d'accès. La véritable moyenne annuelle serait donc probablement beaucoup plus proche de 100 tornades, une fois qu'on tient compte de cet effet de détection amélioré plutôt que d'une réelle hausse du nombre de tornades.

Bonne nouvelle malgré tout : aucun décès lié aux tornades n'a été rapporté au pays cette année. De tels décès demeurent relativement rares au Canada, en bonne partie grâce à l'amélioration des systèmes d'alerte et à la faible densité de population dans plusieurs des régions les plus touchées.
Une saison tout aussi occupée aux États-Unis
Le constat est similaire au sud de la frontière. Le National Weather Service (NWS) états-unien a confirmé 1 206 tornades en date du 13 septembre, un chiffre qui s'approche de la moyenne des 20 dernières années, établie à 1 263. Contrairement au Canada, la saison des tornades s'étend pratiquement toute l'année aux États-Unis, avec un second sommet d'activité qui survient habituellement à la fin de l'automne et en hiver.
Fait notable, la répartition géographique de l'activité états-unienne a été plutôt inhabituelle cette année : les régions traditionnellement associées au « couloir des tornades », comme l'Oklahoma et le Kansas, ont vu passer beaucoup moins de tornades que les États du Midwest. L'Illinois se démarque particulièrement, avec plus de 210 tornades confirmées, soit près de 20 % du total américain à lui seul. L'Iowa et l'Indiana ont eux aussi enregistré des bilans supérieurs à la normale.
Pourquoi une telle activité cette année?
Plusieurs ingrédients combinés expliquent cette saison particulièrement active à l'échelle du continent. Depuis le printemps, de nombreux creux d'altitude ont plongé de façon répétée sur les Rocheuses, permettant à des vagues successives d'orages violents de traverser les Prairies canadiennes et le Midwest aux États-Unis.
Ces épisodes ont été alimentés par des systèmes de basse pression qui ont emprunté à répétition des trajectoires similaires, puisant de l'air chaud et instable en provenance du sud tout en fournissant l'élément déclencheur nécessaire au développement des orages. Les tornades ont également besoin d'une bonne quantité d'humidité près du sol pour se former, et les pluies abondantes qui ont arrosé les provinces des Prairies ont justement entretenu ce taux d'humidité, favorisant le développement de tornades au sein d'orages en rotation.
Avec la collaboration de Nicolas Lessard, météorologue et chasseur de tempêtes.
