Un bouclier de gravier pour les Îles-de-la-Madeleine

L’ouragan Fiona qui s’est abattu sur les Îles-de-la-Madeleine la semaine dernière a mis ses côtes, déjà fragiles, à rude épreuve. On rencontre Jasmine Solomon, qui met en chantier des solutions pour que les Îles résistent mieux aux vagues.


Les Îles-de-la-Madeleine représentent un patrimoine écologique unique au Québec. Le premier nom en mi’kmaq signifiait « îles balayées par la vague », puisque les reliefs de l’archipel ont été formés par les vagues et le vent. Ses fameuses falaises de grès rouge se désagrègent facilement, formant ses plages et ses dunes en constante évolution.

Par sa position géographique au cœur du golfe du Saint-Laurent, l’archipel est aux premiers rangs des changements climatiques. Mais les Madelinots et Madeliniennes sont des gens résilients qui n’ont pas peur du changement. En plein ouragan, nous avons rencontré Jasmine Solomon, gestionnaire de projets en érosion côtière pour la municipalité des Îles-de-la-Madeleine, pour en savoir plus sur les projets d’adaptation en cours.

Selon elle, les principaux problèmes qui menacent le littoral sont l’érosion du grès et la submersion des terres. Les deux sont reliés au réchauffement climatique, qui entraîne la perte du couvert de glace en hiver, et aux événements météo extrêmes de plus en plus fréquents.

Parmi les initiatives d’adaptation, la recharge des berges représente un investissement majeur. Le principe est simple : les plages s’effacent, alors on les remplace. Tandis que plusieurs projets de recharge optent pour du sable importé ou de gros rochers qui s’éroderont éventuellement à leur tour, ici on crée un bouclier de gravier.

Plan La Grave

Plan pour la recharge de La Grave (Source : Municipalité des Îles-de-la-Madeleine)

Des galets de plus petit calibre sont déversés sur les rivages pour créer de grandes plages de roches. Au contraire des gros rochers qui font obstacle aux vagues, mais accélèrent leur énergie, le gravier peut les amortir et les absorber. Ce faisant, l’enrochement protège les berges et falaises de grès plus friable et propice à l’érosion.

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Avec notre experte, nous avons visité la recharge de Cap-aux-Meules, projet amorcé en août dernier pour protéger 857 mètres de littoral près du centre-ville au coût de 11,6 M$. Sur un noyau de grès des Îles, on dépose présentement 103 000 tonnes de gravier de Nouvelle-Écosse. Un projet similaire a été réalisé en 2021 pour renforcer le site historique de La Grave au Havre-Aubert avec 37 800 mètres cubes de gravier provenant de Terre-Neuve.

La tempête Fiona a mis les nouvelles installations au défi. Selon Jasmine Solomon, le projet est une réussite. Les berges protégées par une recharge de gravier ont « bien réagi » à la tempête du siècle. Sans ce bouclier, on aurait pu voir davantage de dégâts sur les routes, notamment.

« Ça a vraiment protégé une bonne partie de La Grave. L’idée, c’est que les vagues pénètrent dans la roche et soient absorbées, et c’est ce que ça a fait. On est vraiment contents que ça ait été là, parce que je pense qu’on aurait eu des dommages beaucoup plus importants. »

Iles-de-la-madeleine

Les recharges protègent des secteurs prioritaires, comme les abords de la route.

Il serait cependant impossible d’étendre ces interventions à tout le littoral des Îles-de-la-Madeleine, vu le coût astronomique. Les experts de la municipalité ont préparé un plan pour cibler les points les plus vulnérables et réaliser les travaux par ordre de priorité, selon le financement disponible. Et les gens de la place sont prêts à passer à l’action.

« Les Madelinots ont traversé beaucoup de tempêtes et d’épreuves. C’est vrai que ce soit Fiona ou Dorian ou la crise du verglas, on a tout le temps ce sentiment qu’on va passer au travers. Mais je pense que les mentalités ont beaucoup évolué depuis les dernières dizaines d’années. Les Madelinots sont de plus en plus conscients des changements climatiques et les observent de plus en plus. Quand on voit son terrain diminuer de mètres chaque année, on est beaucoup plus conscient et plus alerte aux changements climatiques. »

Image bannière : la plage de galets naturels de l'Île d'Entrée, Îles-de-la-Madeleine (source : Patrick Donovan/Getty Images)