
La réouverture du détroit d’Ormuz mettra en péril nos océans
Depuis plusieurs mois des centaines de pétroliers attendent la réouverture du détroit d’Ormuz afin de reprendre leurs routes et livrer leurs cargaisons à bon port. Un groupe de chercheurs international vient de publier une étude qui conclut que lorsque la circulation maritime reprendra, le risque de propagation d’organismes néfastes pour les écosystèmes marins sera très élevé.
Lorsqu’un bateau reste immobilisé pendant une longue période, il s’accumule sur la surface de sa coque plusieurs organismes comme des algues, des microbes et des invertébrés. La prolifération de ces organismes est accélérée par la chaleur et la salinité du golfe persique. Lorsque le détroit reprendra ses activités quotidiennes, nous assisterons à la propagation d'espèces non indigènes aux quatre coins du globe. Ils auront alors un impact sur les écosystèmes où ils finiront leurs périples.
Du déjà vu chez nous
C’est exactement ce qui s’est passé dans les années 80 alors que les Grands Lacs ont été envahis par la moule zébrée qui a fait beaucoup de dommage à cet écosystème. Cet organisme provient à l’origine de l’Europe et de l’Asie. Elle a été introduite en Amérique en s'accrochant à la coque de cargos en provenance de l’Europe.
Un risque non négligeable
Ces organismes peuvent avoir un impact dévastateur. Certaines espèces d’algues nécessaires à la faune locale pourraient ne pas survivre à leur présence ce qui priverait de nourriture une portion de la faune marine indigène de cette région. Il y a aussi un risque pour les infrastructures, car ces organismes peuvent boucher les tuyaux d’approvisionnement en eau de certaines agglomérations. Un problème qui peut s’avérer très coûteux à régler.
Il faut aussi souligner que ces organismes rendent la coque des bateaux moins hydrodynamique. Ce faisant, ils utilisent plus de carburant pour effectuer leurs voyages. Plus de carburant consommé crée plus de pollution libéré dans les différents écosystèmes. Sans compter l’augmentation de leurs émissions.
Un bouillon de culture à grande échelle
Selon les chercheurs, les organismes fixés à la coque des navires atteignent une phase de croissance rapide en moins de 10 jours, ce qui est bien plus long que la durée d'escale habituelle des navires dans les ports. La fermeture prolongée du détroit a donc permis à ces organismes de se développer de manière agressive. De plus, la proximité des bateaux immobilisés dans le détroit d’Ormuz accélère la reproduction et le dispersion des larves de ces organismes. L’introduction de ces pathogènes dans un écosystème d'où ils ne sont pas issus peut aussi entraîner des épidémies chez d’autres espèces marines économiquement importantes en réduisant la résistance de la communauté locale.
Ça pourrait couter cher
L’étude offre des pistes de solution afin d’éviter la contamination de plusieurs écosystèmes marins autour du globe. Avant de reprendre la mer, les navires devraient procéder à une évaluation du type et de la quantité d’organismes présents sur leur coque,puis procéder à un nettoyage complet des coques afin de retirer tout organisme qui s’y serait agrippé. Malheureusement, la capacité de ces entreprises à réaliser ces nettoyages est souvent limitée par des contraintes opérationnelles. Il faudra ensuite analyser les routes maritimes qu’emprunteront ces bateaux afin d'évaluer à quels risques feront face les différents écosystèmes. Par la suite, il faut entrer en communication avec les ports de destination pour qu’ils se préparent et mettent en place des mesures de gestions appropriées.
