Grand bruit autour du verglas : prévoir et éviter le pire

Les accumulations de verglas ont été inférieures aux prévisions par endroits, mais les effets ont tout de même été importants. Analyse d’un événement qui a beaucoup fait parler.


En bref :

  • La pluie verglaçante s’est étirée sur une longue période;

  • Elle s’est manifestée un peu plus tard que prévu;

  • Une partie des précipitations est tombée en grésil, réduisant les accumulations de verglas.

Un peu moins que prévu

Mardi, on en prévoyait jusqu’à 35 mm, il s’en est accumulé entre 20 et 30 mm en Outaouais, entre 15 et 20 mm dans les Laurentides, et autour de 20 mm à Montréal. Bien qu’elles soient inférieures aux prévisions, notamment sur la Rive-Nord de Montréal, ces quantités de verglas causent tout de même des problèmes importants. À preuve, jeudi matin, le nombre d’abonnés privés d’électricité a atteint 220 000 selon Hydro-Québec. En Montérégie, plus de 10 % des foyers n'avaient pas de courant à un certain moment.

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On a tout de même eu l’impression que le verglas a brillé par son absence car il s’est manifesté un peu plus tard que prévu. La première salve qui a frappé notamment l’Outaouais puis les Laurentides, n’a fait qu'effleurer la région de Montréal. De plus, le grésil a remplacé la pluie verglaçante durant une certaine période au nord du fleuve, là où on anticipait les plus fortes accumulations de verglas. Celles-ci ont donc, au final, été bien moins importantes que prévu.

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Tout est dans la préparation

Il est important de mentionner que le rôle des prévisions est de permettre à tout le monde de se préparer adéquatement. Les quantités de neige, de pluie ou de pluie verglaçante demeurent des probabilités, et on doit prévenir des accumulations maximales possibles si les conditions favorables sont réunies. La précision des prévisions est particulièrement difficile quand il s’agit de pluie verglaçante.

Des prévisions complexes

La différence entre la pluie verglaçante et le grésil dépend principalement des conditions de température et de la structure de l'atmosphère, en particulier du profil vertical des températures. Un ou même une fraction de degré d’écart peut faire toute la différence.

  • La pluie verglaçante se produit lorsque des gouttes d'eau tombent sous forme liquide, mais qu'elles rencontrent une couche d'air froid tout près du sol, où la température est inférieure à 0°. Bien que les gouttes d'eau aient été formées dans une zone plus chaude, elles gèlent au contact de surfaces froides, formant une couche de glace.

  • Le grésil se forme lorsque ces mêmes gouttes d'eau provenant d'une zone d'air chaud en altitude rencontrent une couche plus épaisse d'air froid en surface, leur permettant de geler avant d'atteindre le sol, en créant de petites billes de glace.

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La prévision des précipitations, en particulier la distinction entre la pluie, la pluie verglaçante et le grésil est complexe pour plusieurs raisons :

  • Variabilité des températures : Les températures peuvent varier considérablement sur de courtes distances, tant horizontalement (d'une région à une autre) que verticalement (dans les différentes couches de l'atmosphère). Une petite variation de température peut faire la différence entre la pluie et la neige ou entre la pluie et la pluie verglaçante.

  • Stratification de l'air : L'air peut être stratifié, avec des couches d'air de différentes températures. Par exemple, il peut faire chaud en altitude, permettant la formation de gouttes d'eau, mais froid près du sol, entraînant la formation de glace. Ces inversions de température peuvent être difficiles à détecter et à modéliser.

  • Humidité : Le niveau d'humidité dans l'atmosphère influence également le type de précipitation. Une humidité élevée favorise la formation de gouttes d'eau, tandis qu'une humidité plus faible peut entraîner une formation de neige. Les modèles météorologiques doivent donc prendre en compte non seulement la température, mais aussi l'humidité pour prévoir correctement le type de précipitation.

  • Changements rapides : Les conditions météorologiques peuvent changer rapidement. Par exemple, une tempête peut évoluer en intensité ou en trajectoire, modifiant ainsi les conditions de température et d'humidité. Cela rend les prévisions à long terme particulièrement difficiles.

  • Effets locaux : Des facteurs locaux, comme la topographie (montagnes, vallées) et l'urbanisation, peuvent également influencer le type de précipitations. Par exemple, les montagnes peuvent provoquer des effets orographiques qui modifient les températures et les précipitations.

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Des conséquences bien réelles

Cela dit, les effets du verglas ont été ressentis, parlez-en aux équipes techniques d’Hydro-Québec qui vont multiplier les heures supplémentaires. Le nombre de pannes a dépassé 220 000 jeudi matin. On n’a observé aucun carambolage ni accident majeur mercredi, car plusieurs personnes avaient décidé de limiter leurs déplacements, ce qui a été somme toute une très sage décision.

Avec la collaboration d'Alexandra Giroux, météorologue.

VERGLAS : le bilan en images