Tendance anormale : le Québec avance à reculons
Tout à fait à l'opposé de la logique saisonnière, la deuxième moitié du mois de mars s'annonce plus froide que la première au Québec. Explications.
En bref :
Plusieurs journées d’une douceur exceptionnelle en première moitié du mois;
Depuis, un dôme de chaleur qui s’est installé aux États-Unis repousse le froid vers nous;
Températures sous les normales et neige prévues jusqu'en avril.
Un mois de mars à contresens
Le mois de mars est habituellement l’un de ceux où la normale des températures grimpe le plus rapidement entre son début et sa fin. La logique voudrait donc que la deuxième moitié du mois soit nettement plus douce que la première. Pourtant, on assiste à la tendance inverse cette année.
Du 1er au 15 mars, la température moyenne s'est chiffrée à -1,4 °C à Montréal, se hissant au-dessus de la normale de -4 °C (donc +2,6 °C). En revanche, pour la période du 16 au 31 mars, on prévoit plutôt une moyenne de -3 °C, ce qui représente un écart marqué (-3 °C) avec la normale qui se situe au point de congélation.

Cette distorsion s'explique en grande partie par quelques journées de douceur exceptionnelles survenues lors de la première moitié du mois, avec des maximums atteignant notamment 15 °C le 9 mars dans la métropole et 12 °C le lendemain. D'ailleurs, si l'on excluait la journée du 16 mars de la deuxième moitié du mois, alors qu'il a fait un très doux 13,8 °C à Montréal et 19,7 °C à Saint-Anicet, la cassure entre les deux quinzaines serait encore plus impressionnante.

Depuis le début de l’enregistrement des données météorologiques à l’aéroport de Montréal, en 1942, donc depuis 84 ans, c’est arrivé seulement 9 fois que la deuxième moitié de mars ait été plus froide que la première de manière significative (plus de 0,5 °C d’écart). Ce n’est donc pas du jamais-vu, mais c’est hautement inhabituel.
Un blocage atmosphérique
Cette situation atypique s’explique en partie par un phénomène qui se passe bien loin de nos frontières. Une chaleur étouffante et historique sévit actuellement dans le sud-ouest des États-Unis. Un imposant dôme de chaleur a permis au mercure d'atteindre 43,3 °C en Arizona, un record national absolu en mars.

Cette crête atmosphérique exceptionnelle agit comme un véritable mur. Le Québec se retrouve ainsi coincé dans un creux (masse d’air froid), sous l’influence de l'air arctique. Cette configuration fait également remonter la trajectoire des dépressions, amenant une succession de systèmes à traverser la province.
Froid et neige au menu
Les répercussions de ce blocage se feront sentir jusqu'en avril. L'aperçu des températures pour le sud du Québec le montre bien : le temps froid va dominer. Les maximums peineront souvent à franchir le point de congélation au cours des prochains jours, en déficit constant par rapport à la normale de saison qui poursuit son ascension en parallèle.

Ce froid tenace sera accompagné d'un défilé de systèmes dépressionnaires, une autre suite quasi ininterrompue de clippers nous venant de l’Ouest canadien. Ceux qui ont hâte de ranger leur pelle au cabanon devront prendre leur mal en patience.
Bon à savoir : un « clipper de l’Alberta », c’est quoi?
Les systèmes qui traversent le Québec à répétition depuis quelques jours et régulièrement au cours de l’hiver passé sont ce que les météorologues appellent des « clippers de l’Alberta ». Ce sont des systèmes dépressionnaires à déplacement rapide qui se forment, comme le nom l'indique, en Alberta, à l'est des Rocheuses. Le terme « clipper » fait référence aux voiliers rapides caractéristiques du XIXe siècle.
Contrairement aux systèmes venant du sud des États-Unis, qui peuvent faire le plein d’humidité dans les eaux chaudes du golfe du Mexique et nous donner des tempêtes hivernales avec 20 à 30 cm de neige et plus, les clippers sont généralement plus secs. Les quantités de neige qu’ils laissent sont donc plus modestes.
Avec la collaboration de Kevin Cloutier, météorologue.