Vortex polaire : un rare dérèglement pourrait affecter le Québec
Le vortex polaire, ce réservoir d’air glacial perché au-dessus du pôle Nord, pourrait s’affaiblir de façon historique au début de novembre. Ce phénomène est inhabituel à ce temps-ci de l’année et pourrait favoriser des descentes d’air froid précoces en Amérique du Nord d’ici quelques semaines. Mais pas de panique : plusieurs raisons rendent ce dénouement plutôt incertain. Descente de détails.
En résumé :
le vortex polaire devrait normalement se renforcer à ce temps-ci de l’année, mais il pourrait plutôt atteindre un niveau de faiblesse record au début de novembre;
un vortex affaibli peut vaciller, se déplacer, voire se scinder en deux, et laisser l’air froid s’échapper vers le sud;
les effets possibles se feraient sentir de deux à quatre semaines plus tard, sans qu’on puisse en prévoir l’ampleur ni la destination exacte.
Un congélateur à 10 km d’altitude
Le vortex polaire est une vaste zone de basse pression qui renferme l’air le plus froid de l’hémisphère. Celui qu’on surveille de près se loge dans la stratosphère, à plus de 10 km au-dessus du pôle. Quand il est fort, il agit comme la porte bien fermée d’un congélateur : le froid reste sagement confiné dans l’extrême nord.

Une toupie qui flanche trop tôt
À l’automne, le soleil se fait de plus en plus rare sur l’Arctique, et le vortex prend normalement des forces jusqu’au début de l’hiver. Mais cette année, il semble avoir sauté un entraînement ou deux puisque les principaux modèles prévoient plutôt son affaiblissement dans les prochains jours. Le modèle européen prévoit même des vents réduits environ de moitié vers le 5 novembre, ce qui serait du jamais-vu à cette date. Un vortex affaibli se comporte comme une toupie qui ralentit : il se met à vaciller, se déplace, se déforme… et peut même se casser en deux.

Un froid qui pourrait voyager
C’est là que le Québec reste sur ses gardes. Un vortex déstabilisé peut laisser filer de l’air arctique vers nos latitudes. Il faut toutefois habituellement compter de deux à quatre semaines avant d’en ressentir les effets plus près du sol. Et rien ne garantit que le froid choisira notre adresse : il pourrait tout aussi bien descendre ailleurs sur le continent, voire même ailleurs dans l'hémisphère nord, comme en Europe ou en Asie.
Un scénario sans mode d’emploi
À ce temps-ci de l’année, et avec le super El Niño, le congélateur arctique est loin d’être plein. Même si la porte s’ouvre, il y a moins de froid à laisser sortir qu’en plein janvier. Mais s’il y a une chose à retenir, c’est qu’on a rarement vu ça si tôt. Difficile de prévoir exactement ce que ça aura comme conséquence. Tout ça ne mènera pas nécessairement à un mois de novembre froid, mais ça vaut la peine de garder un œil sur le ciel, car les prochaines semaines pourraient nous réserver des surprises.

Alors, d’ici la fin novembre, gardons notre tuque pas loin, au cas où quelqu’un ou quelque chose aurait laissé la porte du congélateur arctique un peu trop entrouverte.
Avec la collaboration de Kevin Cloutier, météorologue.
