Durant quelques minutes jeudi matin, 99% de l'humanité sera au soleil
Jeudi matin, et en fait quelques matins avant et après, presque tout le monde aura les yeux tournés vers le même ciel. Explications.
Une question de répartition
Pendant quelques minutes jeudi matin, un phénomène aussi simple que fascinant va se produire : 99 % de la population mondiale pourra voir le soleil, ou du moins sa lumière, en même temps. Dit comme ça, on pourrait croire à un tour de magie cosmique. Pourtant, l'explication est bien réelle, et surtout très logique. Tout est une question de répartition de la population sur la planète et de la façon dont la Terre tourne.
Un moment impressionnant, mais pas exceptionnel
À première vue, l'idée semble presque impossible. Après tout, il fait toujours nuit sur la moitié de la Terre. Alors comment une aussi grande part de l'humanité peut-elle se retrouver, au même moment, du "bon côté" de la planète? La réponse tient en un fait souvent oublié : la population mondiale n'est pas répartie uniformément.
Près de 90 % des humains vivent dans l'hémisphère Nord, et plus précisément dans une bande qui s'étend de l'Europe à l'Asie en passant par le Moyen-Orient et une partie de l'Afrique. À certains moments bien précis de l'année, la zone éclairée par le soleil recouvre simultanément presque toutes ces régions densément peuplées. Résultat : pendant un court laps de temps, presque tout le monde se retrouve en plein jour en même temps.
Pourquoi jeudi matin?
Ce type de configuration arrive lorsque la ligne qui sépare le jour et la nuit - qu'on appelle parfois le terminateur - se place de manière à laisser dans l'ombre surtout des zones très peu peuplées. Autrement dit, la nuit existe toujours, bien sûr. Mais au lieu de plonger de grands foyers de population dans l'obscurité, elle touche surtout des portions d'océan ou des territoires où vivent relativement peu de gens. C'est là tout le secret du phénomène : ce n'est pas 99 % de la surface de la Terre qui voit le soleil, mais bien 99 % de la population mondiale.
Il y a une autre nuance importante: une publication sur le web qui a grandement contribué à faire connaître le phénomène, mentionnait la date du 8 juillet comme pic de la plus grande proportion d’habitants de la Terre qui voyaient le soleil en même temps. Après vérification, le site web Time and Date pointe plutôt le 23 juin comme date optimale. La vérité est que la différence entre le début juin et la mi-juillet est minime, voire négligeable. De plus, les populations sont en mouvement et en constante évolution, les recensements prennent souvent des années à être compilés, donc arriver avec un chiffre exact est aussi impossible que de clouer un morceau de Jell-O sur un mur.

Une question de géographie humaine
Pour mieux comprendre, imaginez la Terre comme une grande salle plongée à moitié dans la lumière et à moitié dans l'ombre. Si presque tous les spectateurs sont assis du côté éclairé, on peut dire que presque toute la salle "voit" la lumière - même si une moitié de la pièce reste dans le noir. C'est exactement ce qui se passe ici. Les régions les plus densément habitées du globe - notamment en Asie du Sud, en Asie de l'Est, en Europe et en Afrique - se retrouvent alors simultanément dans la portion éclairée de la planète. À l'inverse, les zones encore plongées dans la nuit comptent relativement moins d'habitants.
Le Soleil, oui… et non
On doit apporter une importante nuance: à 7h00 jeudi matin, 83 % de la population sera en pleine lumière du jour. 7 % verront le crépuscule civil, moment où le soleil est à moins de 6 degrés sous la ligne d’horizon. 6 % verront un crépuscule nautique, avec un soleil entre 6 et 12 degrés sous l’horizon. À ce moment, on voit la lumière du soleil, assez pour faire des activités sans lumière artificielle, mais le soleil ne brille pas. Enfin 3 % seront sous un crépuscule astronomique, qui désigne la lueur qui résulte de l'éclairement des couches supérieures de l’atmosphère par le Soleil encore sous l’horizon. Le Soleil est alors situé entre 12° et 18° sous l'horizon. On distingue alors à peine le jour de la nuit.
Un phénomène qui parle de nous
Ce rendez-vous astronomique est spectaculaire, mais il raconte aussi quelque chose de très humain : où nous vivons sur la planète. On pense souvent aux phénomènes célestes en termes de mécanique spatiale pure. Pourtant, ici, la statistique est aussi importante que l'astronomie. Ce moment étonnant n'existe pas seulement parce que la Terre tourne, mais aussi parce que des milliards d'humains vivent concentrés dans certaines régions du monde. En d'autres mots, c'est autant un phénomène de ciel... qu'un phénomène de population.
Et le fameux 1 %?
Il reste évidemment une petite fraction de l'humanité pour qui ce ne sera pas encore le lever du soleil - ou pour qui la nuit sera déjà tombée. Mais à l'échelle de la planète, ce groupe devient minuscule par rapport à l'ensemble. C'est ce contraste qui rend la statistique aussi frappante : presque tout le monde, au même moment, partage la même étoile au-dessus de sa tête. Dans un quotidien souvent fragmenté par les fuseaux horaires, les saisons et les réalités locales, ce genre de moment offre une perspective presque poétique. Pendant quelques minutes, l'humanité entière, ou presque, se retrouve du même côté de la lumière. Et ça, c'est le genre de coïncidence cosmique qui mérite bien qu'on lève les yeux.
