
Sur Mars, la poussière pourrait entrer dans le cerveau des astronautes
Perseverance a mesuré pour la première fois des particules de poussière martienne assez petites pour atteindre les poumons, voire la circulation sanguine. Des informations cruciales pour la conception des combinaisons spatiales et des habitats des futures missions.
En bref :
Perseverance a mesuré de la poussière « ultrafine » (environ 0,1 millième de mm) sur Mars;
Ces particules sont assez petites pour pénétrer dans les poumons et passer dans le sang;
Les plus petites pourraient même atteindre le cerveau par le nerf olfactif;
Plus fine qu’on le pensait
Les résultats ont été publiés le 27 octobre dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Pendant près de 5 ans, le rover Perseverance a mesuré la poussière qui s’accumule sur des échantillons de matériaux et tissus de combinaisons spatiales. Jusqu’ici, les mesures effectuées sur Mars permettaient de distinguer des particules d’environ 3 micromètres (3 millièmes de mm). L’instrument PIXL du rover en a détecté de plus petites, soit des particules fines, de moins de 2,5 micromètres. À titre de comparaison, un cheveu humain mesure environ 70 micromètres de largeur. Il a même mesuré des particules ultrafines, d’environ 0,1 micromètre, soit près de 700 fois plus minces qu’un cheveu.

Sur les échantillons de Téflon et de Vectran, deux matériaux utilisés dans les combinaisons spatiales, les particules mesuraient en moyenne environ 2 micromètres. Sur d’autres surfaces, elles mesuraient entre 0,1 et 0,3 micromètres. L’électricité statique semble déterminer quelles particules se fixent sur quels matériaux. Les grains se chargent en entrant en collision dans l’air, et chaque matériau attire des grains de taille différente. Les particules les plus fines sont restées collées pendant des années de déplacements et de forages.
C’est quoi cette poussière?
La poussière martienne est composée surtout de minéraux silicatés, riches en fer, en soufre et en chlore, avec plus de silice que la poussière lunaire. PIXL y a aussi détecté du phosphore et des traces de sulfate de calcium. Elle contient en outre des composés chimiquement réactifs. Les perchlorates peuvent perturber le fonctionnement de la thyroïde, et le fer réactif peut endommager les cellules. Les tempêtes de poussière, régionales et globales, maintiennent ces grains en circulation dans l’atmosphère.
Pourquoi on parle du cerveau?
Sur Terre, les particules en suspension de moins de 2,5 micromètres sont liées à divers effets sur la santé, parce qu’elles peuvent pénétrer profondément dans les poumons et passer dans la circulation sanguine. Des études ont aussi montré que les particules ultrafines, de 0,1 micromètre ou moins, peuvent aller de la cavité nasale jusqu’au cerveau en suivant le nerf olfactif. Il s’agit toutefois de risques potentiels. Selon les scientifiques cités par le JPL (Jet Propulsion Laboratory de la NASA), les effets sur la santé de la poussière martienne vont dépendre de la quantité inhalée et de la durée de l’exposition.

Un vieux problème
Le problème n’est pas nouveau. Durant les missions Apollo, la poussière lunaire a rayé les visières, usé les couches extérieures des combinaisons et endommagé leurs soufflets d’articulation (joints entre le gant et la manche). Certains membres d’équipage ont aussi signalé des symptômes semblables à ceux du rhume des foins. La poussière martienne devrait toutefois être moins abrasive. Contrairement aux grains lunaires, qui n’ont jamais été érodés par le vent, ceux de Mars ont été arrondis par des collisions causées par le vent avec d’autres particules.
Comment s’en protéger?
Selon la NASA, les résultats pourraient aider à concevoir des combinaisons et des habitats, à développer des procédures de nettoyage plus efficaces et à fixer des normes de santé. Plusieurs pistes existent déjà, dont le dépoussiérage électrique : en mars 2025, la NASA a testé sur la Lune un bouclier électrodynamique, qui utilise des champs électriques pour repousser la poussière lunaire sur des surfaces de verre et des radiateurs. Il était installé à bord de la capsule Blue Ghost de Firefly Aerospace. La Lune sert ainsi de terrain d’essai pour les futures missions vers Mars.
« La poussière est un défi de l’exploration à la surface depuis le programme Apollo », a souligné Lindsay Hays, directrice par intérim de la Division des sciences planétaires de la NASA. « Perseverance fournit à nos ingénieurs et à nos médecins de vol des mesures qu’ils pourront utiliser pour améliorer nos conceptions bien avant l’arrivée des premiers astronautes sur Mars. »
