Satellites : une collision à 25 000 km/h pourrait bientôt être inévitable

Il y a près d’un million d’objets de plus d’un centimètre de diamètre en orbite autour de la Terre. Ça devient compliqué pour les quelques 15,000 satellites d’éviter une collision à plus de 25 000 km/h.

Collision spatiale : un compte à rebours inquiétant

Une activité solaire extrême… ou même un simple bogue informatique pourrait nous placer à quelques jours seulement d’une collision entre satellites en orbite terrestre basse, soit à moins de 2000 km d’altitude. Notons que les satellites géostationnaires sont à environ 26 000 km d’altitude. Alors que l’espace près de la Terre devient de plus en plus encombré, des chercheurs canadiens tirent la sonnette d’alarme. Un nouvel indicateur, baptisé « horloge CRASH », suggère que nous approchons rapidement d’une zone de danger où les collisions spatiales pourraient devenir beaucoup plus probables.

Une orbite terrestre congestionnée

L’orbite terrestre basse accueille aujourd’hui des milliers de satellites actifs, d’anciens engins hors service, des étages de fusées abandonnés et une quantité croissante de débris spatiaux. La société Starlink d’Elon Musk en a à elle seule 9600, et planifie se rendre à plus de 40 000 satellites en orbite terrestre basse. Dans cet environnement surchargé, le principal risque survient lorsque les satellites perdent leur capacité à éviter les collisions ou à modifier leur trajectoire pour contourner des débris. Pour mieux évaluer ce danger, une équipe de chercheurs du Canada et des États-Unis a créé un nouvel outil de surveillance appelé l’horloge « Collision Realization And Significant Harm », ou horloge CRASH.

Space-Debris-Known-Objects-10cm-NASA

L'inventaire d'objets connus en orbite, en date de 2019. À gauche, les objets en orbite terrestre basse, et à droite, les objets géostationnaires. Les points blancs ne sont pas à l'échelle, mais illustrent la congestion. (NASA)

Quand la science rejoint la fiction

Le film Gravity de 2013 a popularisé un scénario catastrophe où un nuage de débris spatiaux déclenche une réaction en chaîne détruisant les satellites en orbite autour de la Terre. Bien que ce film dramatise nettement les événements, il s’appuie sur un concept scientifique bien réel appelé le syndrome de Kessler, proposé en 1978. Ce phénomène décrit le moment où l’orbite terrestre devient si saturée qu’une collision importante provoquerait une cascade de chocs, multipliant rapidement la quantité de débris spatiaux. Dans un tel scénario, certaines régions orbitales pourraient devenir inutilisables pendant des années, voire des décennies, empêchant même le lancement sécuritaire de nouveaux satellites.

2009 Iridium-Cosmos Collision - Rlandmann Wikimedia CC BY-SA 3.0

Illustration de la collision entre les satellites Iridium 33 et Kosmos 2251, le 10 février 2009. On indique la trajectoire de chacun à gauche et une simulation des débris crés moins d'une heure après la collision. Un bon exemple des dangers en l'absence de manoeuvres d'évitement. (Rlandmann/Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0))

Une menace évitable… pour l’instant

Actuellement, les agences spatiales et les opérateurs de satellites réussissent à limiter ce risque grâce à des manœuvres d’évitement. Selon l’Agence spatiale européenne, chaque satellite doit effectuer en moyenne trois ou quatre corrections de trajectoire par année pour éviter des débris ou d’autres engins spatiaux. Depuis son lancement en 1998, la Station spatiale internationale a réalisé une quarantaine de manœuvres d’évitement. La plus récente, en avril 2025, a permis d’éviter un fragment de fusée chinoise qui serait passé à seulement 650 mètres du laboratoire orbital.

Le contenu continue ci-dessous

Une horloge qui s’accélère

Pour concevoir l’horloge CRASH, les chercheurs ont analysé tous les objets connus en orbite, qu’ils soient actifs ou abandonnés. Ils ont ensuite calculé la probabilité de collision selon l’altitude et la taille des objets. Leur conclusion est frappante : si toute coordination des manœuvres d’évitement cessait, une collision pourrait survenir beaucoup plus rapidement qu’on ne le croit.

  • En 2018, l’horloge indiquait environ 164 jours avant un impact potentiel

  • En juin 2025, ce délai était tombé à 5,5 jours

  • En janvier 2026, il n’est plus que de 3,8 jours

Autrement dit, si un problème empêchait les opérateurs de communiquer avec les satellites, moins de quatre jours pourraient suffire avant qu’une collision survienne.

Le Soleil pourrait compliquer la situation

Plusieurs facteurs pourraient empêcher les satellites d’effectuer leurs manœuvres d’évitement. Les pannes informatiques, par exemple, pourraient immobiliser un satellite ou même une constellation entière. Mais le Soleil représente aussi une menace majeure. Les éruptions solaires puissantes peuvent provoquer des pannes radio, tandis que les tempêtes de radiation solaire peuvent endommager les systèmes électroniques des satellites. Les tempêtes géomagnétiques, quant à elles, peuvent perturber les communications pendant de longues périodes. Elles ont aussi un autre effet méconnu : elles réchauffent la haute atmosphère terrestre, ce qui provoque son expansion. Cette expansion augmente la résistance de l’air sur les satellites, modifiant leur trajectoire et rendant leur position beaucoup plus difficile à prévoir. Lors d’une tempête solaire comparable à l’événement de Carrington de 1859, la plus intense jamais observée, les incertitudes orbitales pourraient devenir si grandes qu’il serait extrêmement difficile d’éviter les collisions.

Une menace sous contrôle

Les chercheurs soulignent toutefois qu’une perte massive de contrôle des satellites demeure improbable pour le moment. L’horloge CRASH sert plutôt d’indicateur du niveau de pression exercé sur l’environnement orbital. Cependant, le nombre de satellites continue d’augmenter rapidement. Si l’horloge CRASH descend sous la barre de 1,4 jour, les scientifiques estiment qu’il y aurait environ 50 % de risque qu’une collision survienne dans les 24 heures suivant la perte des manœuvres d’évitement.

Comment réduire le risque?

Selon les chercheurs, plusieurs solutions peuvent ralentir cette course contre la montre :

  • Limiter le nombre de satellites lancés à certaines altitudes;

  • Concevoir des satellites plus petits;

  • Améliorer la coordination entre les opérateurs spatiaux;

  • Planifier la désorbitation sécuritaire des satellites en fin de vie;

  • Réduire la production de débris lors des lancements.

Un ciel orbital sous surveillance

Même si le scénario catastrophe d’une réaction en chaîne destructrice demeure improbable à court terme, l’espace près de la Terre évolue rapidement. L’augmentation du trafic orbital oblige les scientifiques et les agences spatiales à redoubler de vigilance. Car si l’orbite terrestre devenait trop dangereuse, les conséquences iraient bien au-delà de l’exploration spatiale. Télécommunications, navigation GPS, prévisions météorologiques et surveillance climatique dépendent tous de satellites en orbite autour de la Terre.

Selon un article publié par The Weather Network

TANNÉS DE L'HIVER? Voici des signes qui vont vous encourager