Un cancer contagieux découvert dans un lac du Québec

Des chercheurs du Vermont ont identifié dans le lac Memphrémagog ce qui serait le premier cancer transmissible jamais observé chez un poisson d'eau douce. Une découverte majeure pour la science, mais sans risque connu pour les humains.


Au cœur d'une découverte

Ce n'est pas tous les jours qu'un poisson de nos lacs se retrouve au cœur d'une découverte scientifique mondiale. Des chercheurs du Vermont ont identifié ce qui serait le tout premier cancer transmissible jamais observé chez un poisson d'eau douce et ont publié leur étude dans le magazine Nature. Le phénomène touche la barbotte brune du lac Memphrémagog, à cheval entre le Québec et le Vermont, mais aussi possiblement d'autres lacs de la Nouvelle-Angleterre et du Canada. La maladie se manifeste par des lésions noires en relief sur la peau. Le constat peut sembler inquiétant à première vue, mais les chercheurs insistent sur un point essentiel : aucun risque connu pour les humains n'a été mis en évidence.

Aucun danger connu pour la population

C'est vraiment l'élément à retenir d'entrée de jeu. Le lac Memphrémagog fournit de l'eau potable à plus de 175 000 personnes, mais selon l'équipe de recherche, rien n'indique que cette maladie représente une menace pour la santé humaine. Les cellules cancéreuses observées chez ces poissons ne peuvent pas infecter une autre espèce ni y survivre. Autrement dit, ce cancer reste propre aux poissons touchés. Les scientifiques précisent aussi que les animaux peuvent être manipulés de façon sécuritaire dans le cadre de la recherche. Par prudence, les chercheurs recommandent tout de même de ne pas manger les poissons visiblement atteints, ce qui relève davantage du gros bon sens que d'un avis sanitaire.

Une histoire qui remonte à plus de 10 ans

L'affaire a commencé bien avant la publication de l'étude. Dès 2012, pêcheurs et biologistes ont commencé à signaler une hausse de taches noires en relief sur la peau de certaines barbottes brunes du lac. En 2014, environ un poisson sur trois dans les échantillons observés présentait ces lésions. Au départ, les chercheurs ont cru à un virus. Ensuite, comme la barbotte brune est souvent utilisée comme espèce indicatrice de la qualité de l'eau et de l'environnement, ils ont aussi envisagé un contaminant ou un agent pathogène lié au milieu. Mais plus les analyses avançaient, plus l'histoire devenait étrange. Ce n'était ni un virus, ni tout à fait un cancer ordinaire Les tests ont fini par montrer qu'il s'agissait d'un mélanome, donc d'une forme de cancer de la peau.

Vermont Fish and wildlige- fish skin cancer

Photo : Vermont Fish and Wildlife

Ce résultat a surpris les chercheurs. Après tout, on associe spontanément le mélanome à une exposition importante au soleil, alors qu'ici on parle d'un poisson de fond, sans écailles, qui passe sa vie loin de ce qu'on pourrait appeler une chaise longue. C'est en étudiant le génome complet des cellules tumorales que l'équipe a compris qu'elle avait affaire à quelque chose de beaucoup plus rare. Les cellules cancéreuses de différents poissons étaient plus proches génétiquement les unes des autres que des poissons qui les portaient.

En clair, les chercheurs ne regardaient pas une série de cancers apparus séparément chez plusieurs individus. Ils observaient probablement un cancer dont les cellules elles-mêmes se transmettent d'un poisson à l'autre. L'Université du Vermont résume même la chose d'une façon frappante : ce comportement ressemble parfois davantage à celui d'un parasite qu'à celui d'une tumeur classique.

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Une maladie exceptionnellement rare

Dans le règne animal, les cancers transmissibles naturels sont extrêmement rares. Selon l'équipe, il s'agirait seulement de la quatrième forme connue de ce type de cancer dans le monde naturel, et de la première jamais découverte chez un poisson ainsi que chez une espèce d'eau douce. Autrement dit, ce n'est pas une petite curiosité locale : c'est une découverte qui intéresse bien au-delà du lac Memphrémagog.

Comment cela pourrait-il se transmettre?

La réponse complète n'est pas encore connue, mais les chercheurs ont quelques pistes sérieuses. L'une des hypothèses les plus étudiées concerne la reproduction. Les poissons touchés semblent surtout être de plus grande taille et en âge de frayer. Durant cette période, les barbottes se regroupent étroitement dans des zones peu profondes, ce qui pourrait favoriser le contact physique nécessaire au transfert de cellules cancéreuses. Les scientifiques explorent aussi une autre possibilité : comme la barbotte brune est un poisson sans écailles et très lié au fond du lac, des cellules cancéreuses pourraient persister dans les sédiments, puis atteindre d'autres poissons par la peau, la bouche ou les branchies. Dit simplement, le lac pourrait peut-être jouer un petit rôle de relais, même si cela reste à démontrer plus clairement.

Le rôle possible de l'environnement

Les chercheurs continuent aussi d'examiner ce qui pourrait rendre certains poissons plus vulnérables. L'étude suggère que des changements hormonaux liés à la reproduction, ou encore certains stress environnementaux, pourraient affaiblir les défenses immunitaires et faciliter l'installation de la maladie. Ils ont aussi étudié la piste chimique, et l'arsenic a attiré l'attention. Les chercheurs ont trouvé des concentrations élevées de cet élément à l'intérieur même des cellules cancéreuses. Comme l'arsenic est un cancérigène connu, cela soulève des questions. Mais il faut rester nuancé : aucun lien de cause à effet n'a été démontré pour l'instant. On peut dire que l'arsenic pourrait jouer un rôle, pas qu'il est le coupable officiel.

Le site d'enfouissement voisin ne semble pas en cause

Certains se sont demandé si le site d'enfouissement de Coventry, à proximité, pouvait être responsable. Pour le moment, les chercheurs n'ont trouvé aucune preuve allant dans ce sens. La maladie n'est pas concentrée dans la portion du lac la plus près de ce secteur, ce qui serait pourtant attendu si cette source était directement responsable. Autre élément important : les tests de qualité de l'eau menés dans le lac montrent des niveaux de polluants comparables à ceux observés dans d'autres plans d'eau de la région, y compris le lac Champlain, où aucun mélanome transmissible n'est connu.

Des poissons qui vivent longtemps avec la maladie

Autre fait intrigant : les barbottes atteintes ne semblent pas mourir rapidement. Les chercheurs indiquent que des poissons lourdement touchés peuvent survivre pendant des années avec leurs tumeurs. On est donc loin d'un scénario de disparition soudaine de l'espèce. Cela dit, les effets à long terme sur la population globale demeurent mal connus. Environ 30 % des barbottes brunes du lac Memphrémagog seraient atteintes, ce qui est suffisamment élevé pour justifier une surveillance sérieuse, mais pas pour conclure à un effondrement immédiat.

La recherche s'élargit

La découverte pousse maintenant les scientifiques à regarder plus loin que le lac Memphrémagog. Des échantillonnages sont en cours ou prévus dans d'autres plans d'eau du Vermont, du New Hampshire, du Maine et du Nouveau-Brunswick. L'idée est simple : vérifier si cette maladie est vraiment rare, ou si elle passe simplement sous le radar depuis longtemps. C'est d'ailleurs l'une des hypothèses avancées par les chercheurs. Des descriptions de tumeurs noires semblables chez la barbotte brune remonteraient à plus d'un siècle, ce qui laisse penser que ce cancer, ou une forme apparentée, pourrait circuler depuis bien plus longtemps qu'on ne l'imaginait.

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Pourquoi cette découverte intéresse autant la science?

Même si l'histoire commence avec un poisson plutôt discret, ses implications sont beaucoup plus larges. En étudiant un cancer capable de survivre et de se transmettre d'un individu à l'autre, les chercheurs espèrent mieux comprendre comment certains cancers évoluent, contournent les défenses immunitaires et persistent dans des populations animales sauvages. Autrement dit, cette découverte ne sert pas seulement à mieux connaître la barbotte brune. Elle pourrait aussi aider la recherche à mieux cerner les mécanismes qui gardent normalement un cancer contenu et ce qui se passe lorsque ces barrières cèdent.

Selon un article publié par The Weather Network

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