
De nouvelles espèces invasives de maringouins pourraient gâcher notre été
Les moustiques ne sont plus seulement une nuisance pour le camping, la randonnée et les pique-niques. Avec le réchauffement, de nouvelles espèces gagnent du terrain dans l’est du Canada et le nord-est de l’Amérique du Nord, ce qui soulève désormais de vraies inquiétudes de santé publique.
De nouveaux visiteurs
Dans les Maritimes, on compte déjà plus de 40 espèces de moustiques, et les chercheurs estiment qu’un climat plus doux pourrait favoriser l’arrivée de nouvelles espèces, en plus d’élargir l’habitat de celles déjà présentes. Une chercheuse de l’Université Acadia rappelle que la région a longtemps été relativement protégée contre plusieurs maladies transmises par les moustiques, mais que cet avantage pourrait s’effriter avec la hausse des températures. Des virus comme le virus du Nil occidental notamment pourraient devenir plus préoccupants à mesure que les saisons favorables s’allongent.
Des espèces mieux adaptées à la chaleur
Le phénomène ne se limite pas à une augmentation du désagrément de se faire piquer et de la difficulté de résister à se gratter. Des espèces de moustiques capables de survivre plus au nord ou de compléter plus rapidement leur cycle de vie pourraient s’implanter dans des zones où elles étaient auparavant absentes ou rares.

Dans les Maritimes, une espèce envahissante originaire du Japon, Aedes japonicus, (aussi connu sous le nom de « moustique japonais », mais à ne pas confondre avec le moustique tigre) a été observée dès le début ou le milieu des années 2000 et fait maintenant partie des espèces les plus abondantes dans certains secteurs. Cette espèce est suivie de près, notamment parce qu’elle peut jouer un rôle comme vecteur de certains agents pathogènes.
Et au Québec?
Au Québec aussi, la surveillance s’intensifie. L’Institut national de santé publique du Québec rappelle que plusieurs moustiques peuvent transmettre des maladies, dont le virus du Nil occidental, déjà bien surveillé dans la province. La saison de transmission dépend beaucoup des températures, de l’humidité et de la présence d’eaux stagnantes, trois facteurs qui peuvent être favorisés par des étés plus longs et plus chauds.
Le moustique tigre
Le sud du Québec fait aussi partie des zones nordiques où certains moustiques envahissants sont désormais surveillés plus attentivement. Parmi eux, Aedes albopictus, le moustique tigre asiatique, a été détecté à plusieurs reprises plus au nord du continent au fil des dernières années, notamment dans le nord-est des États-Unis, ce qui alimente les préoccupations quant à une éventuelle implantation plus durable au Canada si les conditions deviennent plus favorables. De nouveaux risques dans le nord-est de l’Amérique du Nord

Plusieurs inquiétudes
Le nord-est du continent est particulièrement surveillé, car c’est une zone de transition climatique. À mesure que les hivers deviennent moins rigoureux et que la belle saison s’allonge, certaines espèces de moustiques, mais aussi d’autres insectes piqueurs, trouvent des conditions plus favorables à leur survie et à leur reproduction. Chez les moustiques, les inquiétudes portent surtout sur :
une saison plus longue;
des populations plus abondantes;
une progression vers le nord de certaines espèces;
une hausse potentielle du risque de maladies vectorielles.
Le virus du Nil occidental reste le principal risque déjà bien documenté dans l’est du Canada, mais les autorités de santé publique surveillent aussi l’évolution d’autres arbovirus à mesure que les vecteurs changent de répartition.
Pas seulement les maringouins
Quand on parle de “maringouins”, il faut aussi garder en tête d’autres insectes hématophages (qui se nourrissent de sang) ou très nuisibles, comme les mouches noires et les brûlots, bien connus au Québec, qui ont transformé plus d’un tournoi de fers en festivals de claques dans le cou.

Ces insectes ne sont pas forcément de nouveaux venus, mais leur abondance et leurs périodes d’activité peuvent elles aussi être influencées par les conditions météo. Des printemps humides, des crues, des sols détrempés et des étés plus longs peuvent créer des environnements favorables à certaines explosions de populations locales. Dans le nord-est de l’Amérique du Nord, cela signifie que la saison des insectes piqueurs pourrait devenir plus longue, plus intense ou plus imprévisible d’une année à l’autre.
Pourquoi cela devient un enjeu de santé publique?
Pendant longtemps, dans une bonne partie de l’est du Canada, les moustiques ont surtout été perçus comme un désagrément nécessaire, ou une façon de séparer les « vrais campeurs » des amateurs occasionnels. Mais avec un climat plus chaud, les experts craignent que cette réalité change graduellement.
Le risque n’est pas seulement d’avoir plus de moustiques, mais d’avoir :
plus d’espèces;
des espèces mieux adaptées à nos étés;
potentiellement des espèces capables de transporter de nouveaux virus.
Autrement dit, un insecte autrefois profondément agaçant pourrait devenir un indicateur beaucoup plus sérieux de l’évolution du climat et de ses impacts sur la santé.
