Un record absolu fracassé et c’est une mauvaise nouvelle
On entre en terrain inconnu : les eaux de surface des océans n’ont jamais été aussi chaudes. Et la tendance se maintient vers le haut. Explications.
En bref :
Un record de chaleur absolu dans les océans a été fracassé la semaine dernière;
Un record quotidien a été battu chaque jour depuis le début juin;
Parmi les conséquences possibles : des systèmes et tempêtes plus intenses.
Record historique
La température de surface des océans a atteint son niveau le plus élevé jamais mesuré, selon les données publiées par le service européen Copernicus sur le changement climatique (C3S). Le seuil précédent, établi en mars 2024, vient d'être franchi, et la combinaison qui en est responsable mérite qu'on s'y attarde. Selon Copernicus, la température moyenne de surface des océans a atteint 21,24 °C le 23 août dernier, dépassant le record précédent de 21,17 °C enregistré en avril 2024. L'écart peut sembler mince, soit un centième de degré, mais il s'agit bel et bien d'un sommet inédit depuis le début des mesures satellitaires modernes, en 1979. Il est important de mentionner que les températures mesurées vont du 60e parallèle nord au 60e parallèle sud. Elles tiennent ainsi compte d’eau habituellement froide par exemple au large de l’Alaska.

Avant même la période la plus chaude
Un détail retient particulièrement l'attention des experts : ce type de record survient habituellement en mars ou en avril, au moment où l'été de l'hémisphère Sud, nettement dominé par les surfaces océaniques, tire à sa fin. Notons que l’hémisphère sud est recouvert à environ 80% d’eau, alors que l’eau recouvre environ 60% de l’hémisphère nord. Cette année, le pic est survenu en plein mois d'août, ce qui témoigne de la vitesse à laquelle la situation évolue.
Le rôle d'El Niño
Une bonne partie de cette poussée de chaleur s'explique par un phénomène cyclique bien connu : El Niño. Ce réchauffement naturel et temporaire des eaux du Pacifique tropical a pour effet de redistribuer la chaleur à l'échelle planétaire, influençant les régimes météorologiques bien au-delà de l'océan Pacifique lui-même. L'épisode actuel s'intensifie rapidement, et on estime qu'il pourrait atteindre une ampleur inégalée depuis plusieurs décennies. Autrement dit : ce record pourrait n'être qu'une étape, et non un plafond.

Une toile de fond bien plus large
El Niño agit bien sûr comme un accélérateur ponctuel, mais il se superpose sur un phénomène de fond qui n’a cessé de pousser les eaux de surface vers le haut depuis des décennies: les changements climatiques issus des activités humaines. La température de l’eau de surface a été nettement au-dessus des moyennes mesurées entre 1991 et 2020 pour chaque journée de 2025, malgré l’absence du phénomène El Niño. C’est donc dire qu’El Niño ajoute de la chaleur à un système qui se réchauffe déjà de manière continue, une distinction importante donc entre un pic temporaire et une tendance de fond. Cela dit, la communauté scientifique n’est aucunement étonnée par ces données. Cette tendance concorde avec des décennies de recherche sur le réchauffement climatique.
Pourquoi c'est important
Une hausse, même modeste en apparence, de la température moyenne des océans peut avoir des répercussions concrètes :
Élévation du niveau de la mer : l'eau plus chaude occupe davantage de volume, ce qui contribue à la dilatation thermique des océans.
Vagues de chaleur marines : plus fréquentes et plus intenses, elles peuvent endommager notamment les récifs coralliens, avec des répercussions sur les chaînes alimentaires, la pêche et l'aquaculture.
Capacité d'absorption du CO2 réduite : un océan plus chaud absorbe moins efficacement le dioxyde de carbone dans l’atmosphère.
Plus d'énergie pour l'atmosphère : un océan plus chaud transfère davantage de chaleur et d'humidité à l'atmosphère, ce qui peut accentuer le potentiel de phénomènes météorologiques extrêmes.

Ce qu'il faut retenir
Ce nouveau record ne signifie pas qu'un point de bascule a été franchi du jour au lendemain. Il s'inscrit dans une tendance déjà bien documentée par la communauté scientifique. La combinaison d'un El Niño qui s'intensifie et d'un réchauffement de fond lié à l’activité humaine crée des conditions propices à d'autres records dans les mois à venir, particulièrement à l'approche du pic prévu d'El Niño entre la fin de l'automne et le début de l'hiver. Les prochains bulletins de Copernicus permettront de suivre l'évolution de la situation à mesure qu'El Niño progresse vers son sommet.
Avec la collaboration de Kevin Cloutier, météorologue.
