
Retourneur d'andain: Le colosse du compost
Chaque automne, Montréal se couvre d’un tapis multicolore de feuilles mortes. Ce qui pourrait sembler un simple décor pittoresque cache en réalité un travail colossal et un processus minutieux: le ramassage, le transport et le compostage de ces feuilles pour leur offrir une seconde vie.
Un ramassage stratégique
Vers la mi-octobre, les feuilles commencent à tomber, et dès novembre la Ville mobilise ses équipes pour libérer les rues et éviter que les bouches d’égout ne se bouchent lors des cycles de gel et de dégel. Chaque arrondissement a ses méthodes : balais mécaniques et aspirateurs au centre-ville, tracteurs et balais mécaniques ailleurs. Les citoyens sont invités à déposer leurs feuilles dans des sacs de papier ou à les apporter aux centres de dépôt afin de ne pas compliquer le travail des employés.

Un centre qui transforme tout
Toutes ces feuilles aboutissent au Complexe environnemental Saint-Michel, sur une parcelle de l’ancien dépotoir Miron, adjacente au parc Frédérick-Back. Ce site gère la mise en valeur des résidus verts, du bois et des matières recyclables. Entre compostage, tri et conversion du biogaz en électricité, le site est un véritable laboratoire de la valorisation des déchets. Les feuilles y sont disposées en andains, des rangées soigneusement surveillées afin de garantir une fermentation contrôlée grâce aux micro-organismes.

Le rôle du retourneur d’andain
Au cœur de ce processus, un employé joue un rôle clé : le retourneur d’andain. À bord d’une impressionnante machine, Sylvain Blanchette retourne les tas de feuilles plusieurs fois par an. L’objectif ? Permettre à l’oxygène d’atteindre le centre des andains, éviter la moisissure et favoriser une décomposition saine. Les tas demeurent intacts pendant l’hiver, auto-protégés par leur chaleur, avant de reprendre le cycle au printemps.

Une seconde vie pour les feuilles
Finalement, les feuilles d’automne ne disparaissent pas : elles deviennent du compost utilisé par la Ville dans ses projets de paysagement et redistribué aux citoyens pour enrichir leurs sols. Chaque automne, environ 15 000 tonnes de feuilles — l’équivalent de deux tours Eiffel ou de 10 000 voitures — passent par ce cycle vertueux, illustrant comment un simple tapis de feuilles peut se transformer en ressource précieuse
