Autoroutes : et si on arrêtait de « tondre » notre argent?

Sur nos autoroutes, il y a le bitume, les voitures et… cet éternel ruban vert qui borde l’asphalte. Pour le ministère des Transports et de la Mobilité durable du Québec (MTMD), le gazon est un vieux compagnon. Mais à l’heure où chaque dollar public compte, une question pousse entre deux coups de faux : cette pelouse est-elle encore la meilleure solution?


Une facture qui pousse vite

Le MTMD gère plus de 30 000 kilomètres de routes. Chaque passage de tondeuse coûte entre 0,25 ¢ et 0,65 ¢ du mètre carré. Multipliez cela par des milliers d’hectares, deux à trois fois par été, et la facture grimpe rapidement. En 2023-2024, les frais liés à l’entretien de la végétation routière représentaient des dizaines de millions de dollars.

Pourquoi garder du gazon?

Le gazon n’est pas là uniquement pour faire joli. Un gazon bien taillé assure la visibilité des panneaux, des animaux et des véhicules immobilisés. En cas de perte de contrôle, il offre une zone de récupération plus sécuritaire qu’un terrain rempli d’arbustes ou d’arbres. Mais ce tapis vert a ses limites. Avec ses racines peu profondes, il résiste mal au sel, à la sécheresse et aux cycles de gel. Lorsqu’il s’affaiblit, il laisse la porte ouverte à un envahisseur particulièrement agressif : le roseau commun, ou Phragmites australis.

Gemini Generated Image czz36qczz36qczz3

Le méchant du fossé

Le phragmite pousse jusqu’à cinq mètres de haut, colonise rapidement les fossés et étouffe les autres plantes. Il bloque la visibilité, obstrue les fossés et transforme les milieux humides en monocultures. En prime, il adore le sel de voirie. Le paradoxe? La tonte contribue parfois à sa propagation. Les fragments de racines peuvent être transportés par la machinerie sur des kilomètres. Résultat : plus on entretient, plus on risque parfois d’aider l’ennemi. D’ailleurs, le MTMD reconnaît depuis quelques années la problématique majeure que constitue le phragmite.

Et si on changeait de stratégie?

Certaines alternatives commencent à attirer l’attention : trèfle blanc, fétuques, vivaces indigènes ou graminées robustes. Ces plantes développent des racines beaucoup plus profondes que le gazon — parfois jusqu’à plusieurs mètres — ce qui stabilise mieux les talus et améliore leur résistance à la sécheresse et au sel, et contribue à une meilleure gestion de l’eau que le gazon court lors d’orages violents en diminuant le risque de débordement. Autre avantage : elles nécessitent beaucoup moins d’entretien. Une seule fauche annuelle peut suffire. Moins de diesel, moins de machinerie, moins de main-d’œuvre. Et accessoirement… un peu plus de couleur qu’un gazon brûlé en plein mois d’août.

Trèfle, fétuques et indigènes

Survivre à février

Reste le grand test québécois : l’hiver. Or plusieurs vivaces indigènes semblent bien équipées pour survivre aux charrues, au sel et aux cycles de gel-dégel. Elles entrent en dormance, plient sous la neige sans casser et profitent même du couvert neigeux comme isolant naturel.

Une réflexion plus qu’une révolution

Faut-il éliminer complètement le gazon? Probablement pas. Mais sur certaines portions du réseau, des alternatives pourraient réduire les coûts, limiter la propagation du phragmite et mieux résister aux changements climatiques. Après tout, si la nature peut faire une partie du travail gratuitement, la question mérite peut-être d’être posée avant le prochain passage de tondeuse.