« Super El Niño » : l’hiver sera-t-il annulé au Québec?
Montréal ne deviendra pas Cancún-sur-le-Saint-Laurent, mais le puissant phénomène El Niño actuellement en place risque de nous donner un hiver doux selon les prévisions de nos météorologues. Voici une analyse préliminaire de ce qui pointe à l’horizon.
En bref :
Première moitié d’hiver qui devrait être douce, surtout en décembre;
Plus de grisaille, de pluie et de mélanges que de neige durable dans le sud;
Réveil du vortex polaire et poussées arctiques possibles en 2e moitié;
Un hiver du 21e siècle plutôt qu’un « hiver d’antan » comme l’an dernier.
Un hiver historique?
L'an dernier, l’hiver est parti sur les chapeaux de roues dès novembre et on a eu droit à un vrai « hiver d'antan » qui a paru interminable pour plusieurs. La saison 2026-2027 s’annonce tout autre.
« Les premiers signes pointent vers une saison plus douce que la normale sur l'ensemble du pays, incluant au Québec, et on est particulièrement confiants quant à cette prévision pour le début de la saison », indique le météorologue Kevin Cloutier.

À MétéoMédia, la période de référence est l’hiver météorologique, soit les mois de décembre, janvier et février. C’est en décembre qu’on prévoit l’anomalie chaude la plus marquée et ce, particulièrement dans le centre et l’est du pays, du Manitoba jusqu’au Québec.
« Le scénario d’un des hivers les plus doux jamais enregistrés est sur la table, et c'est encore plus vrai pour le mois de décembre, mais c’est loin d’être une garantie », affirme André Monette, chef de service de la météorologie à MétéoMédia.

Le responsable : un « super El Niño »
Cette douceur dominante, c’est la faute à qui (ou grâce à qui, selon votre préférence)? À un phénomène El Niño d’une intensité record. Concrètement, il s’agit d’eaux anormalement chaudes dans un secteur du Pacifique équatorial que les scientifiques surveillent de près.
On parle d’un phénomène El Niño quand les températures de l’eau en surface dans cette zone clé (la zone Niño 3.4), dépassent d’au moins +0,5 °C la normale. Quand cette anomalie franchit le seuil des +2 °C, les météorologues qualifient l’événement de « super El Niño ». Le cap a déjà été franchi pour cet épisode.

Ce réchauffement a des effets majeurs sur la circulation atmosphérique à l’échelle mondiale, influençant directement les régimes de pluie ou de sécheresse dans différentes régions ainsi que les températures globales.
« Le gros joueur pour la saison à venir, c'est El Niño [...], d'autant plus qu'on parle ici de “super El Niño”, explique Kevin Cloutier. Chez nous, ce phénomène a tendance à donner des températures plus élevées que la normale. »

Selon nos météorologues, en début de saison, la configuration atmosphérique que va encourager ce phénomène devrait maintenir un fort courant-jet zonal, c’est-à-dire circulant d’ouest en est de façon relativement linéaire. Cela inonde le pays d'air tempéré provenant des eaux du Pacifique plus chaudes que la normale.
Parallèlement, un vortex polaire vigoureux devrait maintenir l’air glacial confiné autour du pôle Nord, limitant les possibilités de voir le froid arctique mordant glisser vers le sud.

La saison de la « sloche »
Pour les amateurs de neige, les nouvelles ne sont pas particulièrement bonnes, surtout si vous espériez un couvert de neige hâtif.
La configuration atmosphérique qu’on prévoit devrait placer la trajectoire principale des systèmes qui apportent des précipitations au sud de la frontière avec les États-Unis. Moins de systèmes signifie moins de précipitations.

Nous ne sommes jamais entièrement à l’abri de remontées ponctuelles de systèmes plus costauds. Toutefois, avec des températures plus douces que la normale, ces épisodes se traduisent surtout par du temps gris et pluvieux, ou des mélanges de précipitations, plutôt que par de bonnes chutes de neige, surtout en première moitié d’hiver.
Rappelons quand même qu’au Québec, un hiver plus doux ne signifie pas l’absence de conditions hivernales et de neige. Au cœur de l’hiver, les normales sont très froides, autour de -6 °C le jour et -15 °C la nuit à Montréal. Donc même avec des températures au-dessus des normales, la neige peut persister.

Néanmoins, le couvert neigeux sera particulièrement vulnérable aux redoux, surtout dans les régions situées au sud du fleuve Saint-Laurent.
Deuxième moitié : le vortex polaire pourrait surprendre
L’évolution du « super El Niño » pourrait changer la donne dans la deuxième moitié de l'hiver. C’est pourquoi on vous invite à rester à l’affût de notre aperçu de l’hiver complet, qui sera publié à la fin novembre, pour un portrait plus détaillé.
Ce qu’on peut dire à ce stade-ci, c’est que si le phénomène atteint son apogée rapidement pour ensuite s'essouffler, la dynamique atmosphérique pourrait changer.
« S'il commence à perdre rapidement des plumes, ça pourrait laisser la porte grande ouverte aux descentes de froid », selon Kevin Cloutier. Ce ralentissement pourrait favoriser l’affaiblissement du vortex polaire et lui permettre de glisser plus au sud.

Reste à voir quelle région de l’hémisphère nord sera visée par ces coulées d’air arctique : l’Europe, l’Asie, l’Ouest canadien ou le Québec? Il est encore trop tôt pour répondre à cette question.
Même si on ne s’attend pas à ce que ces sursauts hivernaux tardifs changent totalement l’allure de la saison, ils vont nous rappeler qu’au pays, l’hiver a toujours le dernier mot.