Saison des sucres en péril? Tout va se jouer dans les prochaines semaines
La sève d'érable se fait attendre en raison du froid, mais un changement météo imminent pourrait être une bonne nouvelle pour les acériculteurs impatients de voir la saison des sucres véritablement démarrer.
En bref :
Début et cœur de la saison actuellement en retard par rapport aux normales;
Certains producteurs de régions plus nordiques n’ont eu aucune récolte d'eau d'érable à ce jour;
Redoux en vue à compter du 29 mars dans le sud de la province;
La fin du temps des sucres pourrait avoir lieu plus tard, laissant plus de temps pour rattraper le retard.

Un retard qui sème l'inquiétude
La production de sirop d'érable a subi un coup de frein majeur au cours des dernières semaines. Même si le sud du Québec a pu profiter de quelques journées de douceur exceptionnelle au début du mois de mars, le mercure a drastiquement chuté par la suite, mettant un terme hâtif à la coulée.
« Si les Québécois sont impatients d'avoir un vrai printemps, c'est la même chose pour les producteurs de sirop d'érable », souligne le porte-parole des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), Joël Vaudeville.
Pour obtenir une bonne récolte, le phénomène de gel et dégel est crucial. Les conditions idéales se situent autour de 5 °C le jour et -5 °C la nuit. En moyenne, une saison normale compte une vingtaine de jours de production optimale répartis dans une fenêtre s'étirant de février à la fin avril ou au début mai.
Or, à l'heure actuelle, moins de la moitié de ces journées ont été enregistrées, selon le porte-parole. La situation est encore plus critique dans les régions situées plus au nord, comme le Bas-Saint-Laurent. Bien qu’il soit normal que la région soit parmi les dernières à commencer à produire, Joël Vaudeville mentionne qu’« aucune goutte de sirop n'y a encore été produite cette année », selon ses informations.
« Il nous reste 4 à 5 semaines devant nous. Donc ça va être une course contre la montre », explique M. Vaudeville. « Les producteurs sont prêts. Ils sont même, je dirais, impatients de pouvoir se mettre au travail ».
… si Dame Nature coopère, bien sûr. « Le savoir-faire des producteurs n'est pas en cause. On est vraiment très dépendants de la météo », rappelle le porte-parole des PPAQ.
Un redoux à la rescousse?
La situation n'est pas encore jugée alarmante puisqu'il reste assez de temps pour se rattraper. Et heureusement, les modèles météorologiques annoncent un changement de régime plutôt favorable. Le creux d'air froid installé au Québec depuis des jours se retirera pour laisser place à une masse d'air beaucoup plus douce autour du dimanche 29 mars et pour le début du mois d'avril.

À compter du 29 mars, le sud du Québec devrait connaître des maximums oscillant entre 5 °C et 11 °C, tandis que les minimums se maintiendront près du point de congélation ou légèrement en dessous, entre 0 °C et -2 °C. Ce contraste thermique devrait permettre aux arbres de puiser l'eau la nuit et de faire couler la sève abondamment durant le jour.
Bien que le début et le cœur de la saison 2026 accusent un retard important, la fin du temps des sucres, qui survient souvent autour de la mi-avril, devrait pouvoir s'étirer plus tard cette année.

Le spectre d’une fin abrupte
Les acériculteurs, particulièrement ceux du sud du Québec, craignent toutefois une autre possibilité : une arrivée soudaine et durable de la chaleur qui pourrait mettre prématurément un terme à la saison des sucres.
En effet, si des températures très douces s'installent, et particulièrement s’il n’y a plus de gel nocturne, l'érable peut entamer son processus de bourgeonnement. Ce phénomène naturel altère la sève et son goût. Cela marque généralement la fin de la saison, car le sirop produit alors a beaucoup moins de valeur sur le marché.
« L'inquiétude qui est exprimée par les producteurs du sud du Québec, c'est qu’ils n’ont pas eu beaucoup de journées de production jusqu’à maintenant, explique Joël Vaudeville. Ils espèrent que les conditions seront propices dans les prochaines semaines, mais si jamais la chaleur devait arriver rapidement et ne pas repartir, ça voudrait dire la fin de la saison et, sans doute, une production décevante là pour ces régions. »
Même en cas de production décevante, les amateurs de produits de l'érable ne devraient manquer de rien – sauf peut-être d’une canne de sirop de la cuvée 2026. La réserve stratégique de sirop d’érable se porte bien. De plus, face à des marchés internationaux friands de sirop et avec des exportations en hausse, les PPAQ ont octroyé sept millions de nouvelles entailles, augmentant la capacité de production de la province.
Avec la collaboration de Bertin Ossonon, météorologue.