Une autre province abandonne le changement d’heure. Et le Québec?

Le Manitoba rejoint la Colombie-Britannique, la Saskatchewan, l’Alberta, le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest dans le camp de l’abolition du changement d’heure deux fois par année. Le reste du pays va-t-il suivre?


Une décision rapide

Les Manitobains peuvent ranger leur petit rappel « avancer/reculer l'heure » pour de bon. Le premier ministre Wab Kinew a annoncé cette semaine que la province restera désormais à l'heure avancée à l'année, ce qui veut dire qu'on ne reculera pas l'heure le 1er novembre comme prévu, et comme on le fera au Québec. Un dossier qui, il y a à peine six mois, ne figurait même pas sur la liste des priorités du gouvernement provincial.

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Qui a déjà abandonné le changement d'heure au Canada?

Le Manitoba n'est pas un cas isolé, loin de là. D’autres provinces et territoires n’ont pas besoin de faire le tour des appareils ménagers et de leurs véhicules deux fois par année :

  • Yukon : à l'heure d'été en permanence depuis 2020;

  • Saskatchewan : ne change pas l'heure depuis 1966;

  • Colombie-Britannique : vient d’annoncer son intention de rester à l'heure d'été à l'année;

  • Alberta : a déposé un projet de loi allant dans le même sens;

  • Territoires du Nord-Ouest : ont emboîté le pas peu après l'Alberta;

  • Manitoba : le plus récent à se joindre au mouvement

Bref, l'Ouest et le Nord canadiens sont en train de former un bloc assez solide de provinces et territoires qui ont dit adieu aux changements d'heure bisannuels.

Et le Québec et l'Ontario?

C'est là que ça devient intéressant. Le Québec a mené sa propre consultation publique à l'automne 2024, et le message a été plutôt clair : 91 % des quelque 214 000 répondants souhaitaient l'abolition du changement d'heure. De son côté, l'Ontario a même préparé un cadre législatif pour emboîter le pas, mais avec une condition bien précise : la province ne bougera que si ses voisins n’emboîtent pas le pas, en l'occurrence le Québec, le Manitoba (ce qui est maintenant fait), ainsi que les États de New York, du Michigan, du Wisconsin et du Minnesota.

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Autrement dit, l'Ontario attend un peu tout le monde avant de sauter dans le train, un peu comme quelqu'un qui hésite à se lancer sur la piste de danse tant que personne d'autre ne bouge. Quand tout le monde attend que quelqu’un bouge, il ne se passe souvent rien. Mais avec le Manitoba qui vient de cocher une case sur cette liste de conditions, la pression monte doucement mais sûrement pour que l'Ontario (et le Québec, par ricochet) se décide enfin. Cela dit, rien n'indique pour l'instant un changement pour 2026 : le prochain retour à l'heure normale est toujours prévu comme d'habitude le 1er novembre au Québec et en Ontario.

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Pourquoi tant de gens veulent abolir le changement d'heure?

Les raisons invoquées reviennent souvent : moins de perturbations pour le sommeil (surtout chez les jeunes enfants, dont les parents connaissent bien les nuits plus difficiles après un changement d'heure), une routine plus stable pour le corps, et certains avantages pour les entreprises qui n'ont plus à gérer cette transition deux fois par année. Au Manitoba, une analyse de Manitoba Health a même conclu que l'élimination du changement d'heure serait bénéfique pour la santé de la population en général.

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Le vrai débat : heure d'été ou heure normale?

Voilà où les choses se corsent un peu, parce que si presque tout le monde s’entend sur l’abolition du changement d’heure, c’est loin d’être le cas pour QUELLE heure garder à l'année. Dans le sondage manitobain, parmi ceux qui voulaient en finir avec les changements saisonniers, 58 % préféraient garder l'heure d'été à l'année, contre 34 % pour l'heure normale. Chaque option a ses adeptes, et ce n'est pas juste une question de goût :

  • L'heure d'été à l'année donne des soirées plus lumineuses plus tard, ce qui plaît à ceux qui aiment profiter de la clarté après le travail, ce qui est parfait pour les activités extérieures, les terrasses et les longues soirées d'été qui s'étirent.

  • L'heure normale à l'année redonne de la lumière le matin, surtout en hiver, ce que plusieurs experts du sommeil considèrent comme plus proche de notre horloge biologique naturelle. C'est d'ailleurs l'option que plusieurs spécialistes de la santé du sommeil recommandent, puisqu'un matin plus lumineux aiderait à mieux synchroniser notre rythme circadien.

Cette décision du gouvernement manitobain va créer une situation étrange entre le Québec et le Manitoba. Il sera la même heure à Montréal et à Winnipeg, mais si près de 2 000 km séparent les deux villes d’est en ouest. Résultat : autour du 20 décembre, le soleil va se lever à 7h30 à Montréal, mais à 9h24 à Winnipeg. Le coucher du soleil va se faire à 16h13 à Montréal, mais à 17h29 à Winnipeg. La différence est appréciable. Les écoliers, notamment, se rendront en classe à l’obscurité au Manitoba. La première récréation se fera parfois même dans la pénombre. Mais le retour des travailleurs à la maison va se faire phares bien allumés à Montréal, et sous un coucher de soleil à Winnipeg.

Le hic, c'est que peu importe l'option choisie, l'hiver reste l'hiver au Canada : les journées sont courtes, on n’y échappe pas. À Dawson City au Yukon notamment, avec le choix de l’heure avancée à l’année, autour du 20 décembre, le soleil se lève à 12h10! Le vrai choix, c'est donc de décider si on préfère un lever de soleil plus tardif (avec l'heure d'été) ou un coucher de soleil plus hâtif (avec l'heure normale) pendant les mois les plus sombres de l'année.

Un peu d'histoire

Le concept n'est pas nouveau : certaines villes manitobaines comme Winnipeg et Brandon expérimentaient déjà avec l'heure d'été dès 1916, bien avant que la province officialise la pratique en 1963. La période d'heure d'été a même été allongée en 2007 pour s'harmoniser avec le calendrier états-unien. C'est d'ailleurs cette même harmonisation transfrontalière qui explique pourquoi l'Ontario garde un œil sur ses voisins du sud avant de faire le grand saut. Une chose est certaine : le mouvement pour en finir avec les changements d'heure prend de l'ampleur d'un océan à l'autre. Reste à voir combien de temps le Québec et l'Ontario vont résister à la tendance.

Avec la collaboration de Bissem Boujnane, météorologue.

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