Inondations printanières : le scénario catastrophe qui hante le Québec
Bien que le retour du temps doux soit très attendu au Québec, cette transition saisonnière est souvent une source d’inquiétude en raison des inondations printanières qu’on redoute chaque année. Voici les ingrédients principaux qui peuvent faire tourner le printemps au vinaigre.
En bref :
L'importance de l'épaisseur, de la teneur en eau et du type de la neige au sol;
Une disparition de la neige accélérée par le temps doux, le fort soleil, l'humidité et les vents;
Une succession de systèmes dépressionnaires amenant une surcharge d’eau.
1. Le rôle crucial de la neige
Tout au long de l’hiver, le tapis blanc s’accumule plus ou moins, selon la vigueur des systèmes qui nous visitent et la présence ou l’absence de redoux qui peuvent le faire fondre. Mais le potentiel d'inondation ne dépend pas que de son épaisseur.
On doit aussi porter une attention particulière à la teneur en eau de cette neige. Même si elle fait rapidement grimper les centimètres du couvert neigeux, la neige poudreuse contient peu d’eau. À l’inverse, la neige mouillée est compacte et en contient beaucoup. Par ailleurs, le type de neige importe également. Une neige couverte de glace va fondre beaucoup plus lentement qu’une neige qui en est dépourvue.

2. Une fonte en accéléré
La vitesse à laquelle cette neige disparaît peut faire basculer la situation. Hausse marquée du mercure, humidité et forts vents : c’est la combinaison parfaite pour une fonte en accéléré… et des conséquences désastreuses.
Il ne faut pas non plus sous-estimer le soleil printanier : l’intensité de ses rayons est nettement supérieure à celle du cœur de l'hiver, ce qui contribue activement à la fonte. D’énormes quantités d’eau libérées en peu de temps peuvent rapidement surcharger le réseau hydrique, surtout quand le sol encore gelé n’est pas en mesure de l’absorber.

3. La pluie, l’ingrédient final
C’est parfois un système dépressionnaire lourdement chargé en pluie qui va donner le coup de grâce. Le scénario catastrophe implique une succession de systèmes dépressionnaires qui déversent de grandes quantités de pluie en peu de temps sur un vaste territoire, affectant tous les cours d’eau d’un même bassin versant.

Le facteur imprévisible : l’embâcle
À ces trois facteurs peuvent également s'ajouter les embâcles, ces gros amas de glace qui bloquent soudainement le flux d'un cours d'eau et provoquent localement une montée des eaux soudaine et spectaculaire.
Une menace historique
L'alignement parfait de ces conditions a mené à plusieurs saisons catastrophiques, comme le Québec l'a vécu en 2011, 2017 et 2019. Cette dernière année détient d'ailleurs un triste record avec près de 10 000 évacués dans l’ensemble de la province. À Sainte-Marthe-sur-le-Lac, la situation s'était dramatiquement détériorée à la suite de la rupture d'une digue et environ un tiers de la population de la ville avait dû être évacué.
Le Grand Montréal, la région de Gatineau et la Beauce figurent parmi les secteurs les plus vulnérables de la province.
Petit rappel des conseils de sécurité de base : en cas de crue, évitez de traverser les zones inondées, éloignez-vous des cours d'eau et dirigez-vous vers un endroit surélevé. Que ce soit à pied ou en voiture, tenter d'évaluer la profondeur de l'eau sur une chaussée submergée est souvent trompeur et dangereux. Si l'eau s'infiltre dans votre domicile, tenez-vous-en bien loin en raison des risques d'électrocution.

Avec la collaboration de Kevin Cloutier, météorologue.