500 cm de neige : un hiver exceptionnel dans notre partie du continent
L’hiver 2025-2026 a été hors normes au Canada. Des records, des contrastes gigantesques et des surprises. Bilan provisoire d’une saison de tous les extrêmes.
L’hiver 2025-2026 est maintenant … pardon, sera bientôt derrière nous, et ses effets se font encore sentir dans plusieurs régions du pays. La neige a été au centre des discussions météorologiques pour plusieurs raisons. D’abord, certaines villes ont littéralement été ensevelies sous la neige.

Plus de 500 cm de neige
À St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador, la barre des 500 cm de neige a été franchie pour la première fois depuis l’hiver 2002-2003. Il s’agit seulement de la septième fois depuis 1875 que la ville atteint ce seuil symbolique. Et la saison n’est pas tout à fait terminée : en moyenne, 34 cm supplémentaires peuvent encore tomber entre avril et mai.
Même constat en Ontario, où Sault Ste. Marie a connu une saison exceptionnelle. Après un hiver déjà bien enneigé, une tempête en mars et des épisodes de neige amplifiée par le lac Supérieur ont permis à la ville de dépasser elle aussi les 500 cm. Pour référence, Montréal a reçu à ce jour 221 cm de neige, et la moyenne est de 208 cm en date du 6 avril.
Un retour en force inattendu
À l’opposé, Calgary a longtemps connu un hiver sous les normales… avant un revirement spectaculaire. Traditionnellement, mars et avril sont les mois les plus neigeux dans cette région de l’Alberta, et 2026 n’a pas fait exception. Grâce aux chutes de neige du début avril, la ville a dépassé la normale saisonnière en atteignant 128 cm, soit la moyenne annuelle et ce, plusieurs semaines à l’avance. Avec encore du potentiel de neige au printemps, Calgary pourrait continuer d’accumuler.

Un hiver presque sans neige
Pendant que certaines régions croulaient sous la neige, Vancouver a vécu l’extrême opposé. L’aéroport de Vancouver n’a enregistré aucune neige mesurable cet hiver, une première depuis 2015.
Seulement une trace de neige entre décembre et février
Deuxième hiver le moins neigeux jamais observé
Le record demeure 1982-1983 avec 0 cm
Sur l’ensemble de la saison (octobre à avril), les accumulations pourraient rivaliser avec les plus faibles jamais enregistrées.

Près d’un record historique
Toronto a aussi connu une saison remarquable. Avec près de 190 cm de neige, la ville se rapproche des totaux habituels de Montréal, ce qui est tout à fait exceptionnel pour la région. Il s’agit du quatrième hiver le plus neigeux à ce jour pour la Ville Reine. Il y a encore une mince chance que le record de 206,7 cm établi en 1938-1939 soit surpassé.

L’événement marquant de la saison demeure la tempête du 25 janvier :
46,2 cm à l’aéroport Pearson (record quotidien)
Jusqu’à 56 cm au centre-ville
Autre fait étonnant : la neige particulièrement légère mesurée à Scarborough ce jour-là. On a mesuré 62 cm de neige avec un équivalent de seulement 16 mm d’eau, soit un ratio impressionnant de 39:1.

Un hiver à l’envers
Au-delà du Canada, cet hiver a aussi surpris chez nos voisins du sud. Selon une analyse d’AccuWeather, la saison 2025-2026 a été marquée par un schéma inversé, où l’est de l’Amérique du Nord a reçu beaucoup plus de neige que l’ouest,une situation très inhabituelle. Dans plusieurs régions des Grands Lacs et du Nord-Est américain, les accumulations ont dépassé les 750 cm localement, propulsées par :
des épisodes fréquents de neige amplifiés par les Grands Lacs
des tempêtes tardives en saison
une persistance de l’air froid
« Tempête du siècle »
On se rappellera la terrible tempête du 22 au 24 février, qui avait notamment déposé 50 cm de neige dans Central Park, au cœur de Manhattan. Islip, à moins de 50 km de là, avait reçu 79 cm de neige, alors que l’Aéroport du Rhode Island, au sud de la capitale Providence, avait remporté le gros lot avec 96 cm de neige. Combinée aux forts vents, cette neige avait causé plus de 650 000 pannes de courant, et forcé l’annulation de près de 10 000 vols.
Pendant ce temps, certaines régions de l’ouest ont connu des conditions beaucoup plus sèches ou douces, accentuant le contraste entre les deux moitiés du continent. Salt Lake City notamment, reçoit en moyenne 120 cm de neige. À la fin de l’hiver, soit le 20 mars, la ville de l’Utah n’en avait observé que 7,5 cm. Oui, la virgule est bien placée, ce n’est pas 75 cm, mais bien 7,5 cm de neige à Salt Lake City. Des centres de ski célèbres pour leurs monstrueuses quantités de neige en ont reçu moins cet hiver que plusieurs du nord-est des États-Unis. Alta par exemple, a reçu 660 cm de neige contre 880 cm pour Jay Peak au Vermont. Certaines stations de ski de la Californie n’ont pas été en opération une seule journée de toute la saison.
Bon à savoir
Pourquoi certaines villes ont-elles reçu autant de neige?
La combinaison d’air froid persistant et d’humidité provenant des Grands Lacs a favorisé des épisodes répétés de neige, particulièrement dans l’est du pays.
Pourquoi parle-t-on d’un hiver « à l’envers »?
Habituellement, l’Ouest nord-américain, notamment les régions autour des Rocheuses, est très enneigé grâce aux systèmes du Pacifique. Cette année, c’est l’Est qui a dominé, avec des accumulations beaucoup plus importantes.
Pourquoi Vancouver n’a presque pas eu de neige?
Des températures plus douces et des trajectoires de tempêtes moins favorables ont empêché la formation de neige mesurable, malgré quelques épisodes proches.
Toronto peut-elle battre son record historique?
Oui. Avec environ 190 cm déjà au compteur, la ville reste à portée du record de 1938-1939, selon l’évolution des dernières semaines de la saison, mais les chances sont minces.
Un hiver de contrastes
Cet hiver illustre parfaitement la variabilité du climat canadien :
des villes ont reçu plus de 500 cm de neige
d’autres ont frôlé une saison sans accumulation
la région de Toronto a reçu 60 cm de neige le 25 janvier, alors que le même système en a déposé à peine 16 cm à Montréal.
L’hiver 2025-2026 aura été tout sauf ordinaire, marqué par un contraste frappant entre un est très enneigé et un ouest parfois presque sec un véritable hiver « à l’envers » à l’échelle du continent.
Avec la collaboration de Kevin Cloutier, météorologue.
