Un fort El Niño pourrait bousculer l'automne au Québec
Les prévisions pointent vers un épisode El Niño historique à venir et on peut se demander ce que ça veut dire pour le Québec. Si le phénomène rime souvent avec un hiver plus doux, son effet sur l’automne peut être étonnant.
En bref :
Historiquement : un mois de septembre plus chaud que la normale, suivi d'un net refroidissement en octobre et novembre;
Possibilité de premiers flocons hâtifs dans le sud du Québec;
Plus de neige qu’à l’habitude, mais autant de précipitations au total, lors d’automnes en fort El Niño.
Vers un épisode d'intensité historique
Le Pacifique équatorial surchauffe actuellement. Dans la zone Niño 3.4, que surveillent de près les scientifiques pour établir le niveau de l’anomalie de température des eaux, les projections indiquent un écart qui pourrait atteindre +2,7 °C au cours de l’automne.
Un tel seuil dépasserait le record historique de +2,5 °C mesuré en 1950 et propulserait l'événement dans la catégorie des « super El Niño », appellation réservée par les météorologues aux épisodes dépassant les +2 °C. Un tel phénomène aura des effets importants sur la circulation atmosphérique à l'échelle planétaire, et le Québec n’y échappera pas.
Un automne en deux temps
L'analyse des statistiques compilées entre 1950 et 2025 montre quelques tendances quant au déroulement de l’automne lors des épisodes de fort El Niño (+1,5 °C au-dessus de la normale). Le début de la saison ressemble alors souvent à une prolongation de l’été : le sud du Québec enregistre des températures moyennes de 16 °C en septembre, soit une anomalie positive de +0,6 °C.

Toutefois, une cassure nette vers un régime plus froid survient en octobre, toujours selon les données météorologiques historiques. Le patron météo bascule et ouvre la porte aux descentes d'air arctique. Les températures moyennes tombent alors sous les normales de saison. Tandis que l'ouest du pays bénéficie de plus de chaleur, une bonne partie du Québec observe des conditions plus fraîches.

L’hiver avant l’heure
Cette chute rapide du mercure signifie que les précipitations tombent sous forme de neige plus souvent que lors d’un automne normal. Bien que le volume total d'eau (pluie et neige confondues) reste le même, le froid favorise les précipitations solides : le sud de la province enregistre en moyenne 43 % de neige en plus lors des automnes sous l’influence d’un fort El Niño.

À Montréal, la première accumulation mesurable de neige (au moins 0,2 cm) survient généralement autour du 5 novembre. Sous l'influence d'un fort El Niño, cette date moyenne est devancée au 30 octobre.

Par le passé, on a connu quelques événements marquants lors d’automnes El Niño : en 1997, Gatineau et Montréal ont reçu respectivement 34 cm et 13 cm de neige à la fin octobre. À la mi-novembre 2002, la pointe gaspésienne a quant à elle reçu plus de 60 cm en 24 heures.
Rien n’est joué pour l’automne prochain. Les données historiques montrent des saisons complètement aux antipodes en situation de fort El Niño : l’automne le plus enneigé à Montréal en 1965 (75 cm) et, à l’inverse, celui de 1957 sans aucune neige mesurable. « Comme quoi El Niño n’est pas une formule magique », conclut le météorologue Réjean Ouimet.
Avec la collaboration de Lucile Le Liboux, Patrick Duplessis et Réjean Ouimet, météorologues.