Aperçu : le printemps 2026 ne sera pas celui que vous espérez
Après un hiver hâtif et tenace, n'espérez pas un miracle printanier. La chaleur se fera désirer et la route vers l'été s'annonce longue et sinueuse.
En bref :
Températures majoritairement sous ou près des normales au Québec;
Au cœur d'un corridor météorologique actif, la province devrait recevoir des précipitations abondantes;
Risque d'inondation modéré à ce stade-ci, mais la glace épaisse sur les cours d’eau est sous haute surveillance.
L'hiver en prolongation
La saison froide a commencé très tôt. Pour les secteurs du sud du Québec, les mois de novembre, décembre, janvier et février se termineront tous avec des températures sous les normales. Et pour ceux qui rêvent d’une transition rapide vers la chaleur, il faudra être patient. Le contexte atmosphérique changeant ne penche pas pour ce scénario.

« Avec la dissipation de La Niña anticipée et un retour d’El Niño au cours de l’été, le passage de l’hiver à l’été devrait se faire de manière laborieuse en 2026 », explique André Monette, chef de service de la météorologie à MétéoMédia. « Le contexte météorologique n’est pas favorable à de longues périodes de températures chaudes dans les prochaines semaines [...]. »
Ce retour à la réalité pourrait surprendre, les dernières années nous ayant gâtés avec des saisons beaucoup plus clémentes et des températures au-dessus des normales. Le dernier printemps réellement moche remonte à 2019.

Concrètement, l'ouest du Québec se retrouvera sous les normales saisonnières, tandis que la vallée du Saint-Laurent et l'Est du Québec seront davantage près des normales. Pour référence, rappelons que les températures moyennes dans le sud du Québec sont de -2 °C en mars, 6 °C en avril et 14 °C en mai. Du 1er mars au 31 mai, la température maximale normale passe de son côté de -2 °C à 23 °C.

La province connaîtra des températures en montagnes russes. Des poussées de chaleur occasionnelles en provenance du sud des États-Unis viendront compenser de nombreuses journées plus froides.
« On pourrait se faire surprendre quand même avec des petites allures de fin de printemps, de temps à autre, déjà au mois d'avril », indique le météorologue Patrick Duplessis. « Mais ce ne seront pas des épisodes de longue durée. Il s’agirait plutôt de faux espoirs de voir quelque chose d'un peu plus estival qui s'installe. »

Un printemps bien arrosé
L'imposant dôme d'air froid bien campé sur les Prairies canadiennes, combiné à la douceur régnant dans le sud des États-Unis, nous placera en plein sur la ligne de front de ces deux masses d’air. Les ingrédients sont donc réunis pour une saison active en termes de précipitations.

« La présence d'une anomalie froide dans les Prairies canadiennes et de la chaleur dans le sud des États-Unis favorisera un corridor actif sur l'Ontario et le Québec », précise André Monette. Cette trajectoire, qui s'étire du golfe du Mexique jusqu'à nous en passant par les Grands Lacs, devrait signifier des précipitations supérieures à la normale pour une grande partie de la province, sauf à l’est de Rimouski et dans le Nord-du-Québec.

Par ailleurs, il ne faudra pas ranger les pelles de façon prématurée. Normalement, il reste encore 50 cm de neige à tomber dans le sud du Québec au printemps, 75 cm dans le centre et jusqu'à 100 cm dans l'est.
« Cette année, on devrait atteindre ou même dépasser ces quantités », selon André Monette. Avec la trajectoire prévue des systèmes, il est très possible que de bonnes chutes de neige s'abattent encore sur nos régions, particulièrement durant la première moitié de la saison.

Si l’on n’a pas vu de véritables tempêtes durant l’hiver 2025-2026, le printemps est souvent l'occasion d'en connaître, comme cela a été le cas lors de la célèbre « tempête du siècle » du 3 au 5 mars 1971 et de celle qu’on pourrait qualifier de « tempête du XXIe siècle », du 14 au 15 mars 2017. On avait alors vu tomber plus de 50 cm de neige en Montérégie (le relevé le plus élevé allant jusqu’à 119 cm à Sutton) et, à Montréal, des centaines d’automobilistes avaient été coincés pendant des heures dans ce qu’on a appelé le cafouillage de l’autoroute 13.
Inondations printanières : les rivières sous haute surveillance
Avec un hiver riche en neige et des précipitations abondantes prévues, on s’inquiète logiquement du risque qui plane toujours au-dessus de nos têtes au printemps : les inondations. Heureusement, le couvert neigeux actuel, bien qu’abondant, cache une bonne nouvelle.
Les nombreuses chutes de neige de cet hiver étaient surtout constituées de neige légère et poudreuse, qui contient très peu d'eau. La pluie, qui aurait pu ajouter de l’eau au couvert de neige, a aussi été peu présente cet hiver.

« L'épaisseur est près ou au-dessus des normales, de façon générale, mais pour ce qui est de la quantité d'eau dans cette neige-là, il n’y a rien d'impressionnant », affirme Patrick Duplessis. Cela donne un potentiel d'inondation qualifié de modéré pour le moment. Le point de départ est considérablement moins alarmant que lors des inondations majeures de 2017 et 2019.
La véritable menace provient plutôt de la glace sur nos cours d'eau. Le froid soutenu de l'hiver a permis la formation d'une couche particulièrement épaisse un peu partout au Québec. Ce niveau de glace important augmente grandement les risques d'inondations causées par de potentiels embâcles. Le pire scénario serait un déblocage soudain avec des températures très douces combinées à des précipitations abondantes. La situation est à suivre de près.
Feux de forêt : pas de signaux alarmants
Le spectre des immenses feux de forêt des dernières années, qui ont parfois débuté assez tôt au printemps, plane toujours au Québec et ailleurs au pays. Fort heureusement, les conditions de départ sont cette fois-ci favorables pour freiner un début de saison hâtif.
« On a beaucoup de neige et celle-ci risque de prendre du temps à fondre, ce qui empêchera le sol de s'assécher trop rapidement, affirme André Monette. Le problème des dernières années, c’est entre autres qu’on perdait la neige très rapidement au printemps. »
Il reste qu’à partir du moment où la neige a fondu, plusieurs jours consécutifs de temps chaud et sec peuvent faire grimper le risque d'incendie en flèche, surtout avant l'arrivée des feuilles dans les arbres.

Ailleurs au pays
L’Ontario vivra un printemps similaire à celui attendu au Québec. Les régions les plus peuplées de la province se trouveront également au cœur d’un corridor actif, ce qui devrait signifier des précipitations au-dessus des normales. Les températures, elles, devraient être en dessous des normales dans l’ensemble.

Les Prairies canadiennes (Alberta, Saskatchewan, Manitoba) écoperont les premières des incursions d’air froid venues du nord, avec des températures bien en dessous des normales prévues.
En Colombie-Britannique, les Rocheuses agiront comme bouclier pour contrer les grands froids venus du nord, permettant à la province de conserver des températures près des normales si l’on regarde la saison dans son ensemble. Avec des précipitations au-dessus des normales attendues pour l’Ouest en général, cela prolongera le plaisir des amateurs de sports de glisse qui devraient connaître une bonne saison de ski printanier.

Finalement, dans les provinces atlantiques, le scénario s'annonce beaucoup plus clément. Épargnées par les pires descentes d'air froid, ces régions connaîtront des températures près des normales de saison. Avec un nombre de tempêtes côtières qui ne devrait pas être abondant, des précipitations près des moyennes y sont attendues.
Avec la collaboration des météorologues André Monette, Patrick Duplessis et Doug Gillham.