L'hiver peut attendre : un « super El Niño » annonce un automne prolongé
L’épisode El Niño qui s’est installé s'annonce historique, mais cela ne signifie pas pour autant qu’on battra des records de chaleur sans arrêt tout l’automne. Voici les points saillants à retenir pour la saison.
En bref :
Automne prolongé, douceur marquée en novembre;
Moins de précipitations et de tempêtes automnales;
Saison des couleurs classique et conditions propices au plein air;
Arrivée repoussée des véritables conditions hivernales.

Le monstre dans le Pacifique
Ce n’est pas sans raison qu’on en parle depuis des mois : l’anomalie chaude qui s’est installée dans le Pacifique équatorial est spectaculaire. El Niño est bien en place depuis juin 2026. Avec des températures de surface excédant les normales de plus de 2 °C (le critère pour parler d’un « super El Niño »), les prévisions pointent vers l’épisode le plus puissant jamais enregistré.
Pour rappel, ce réchauffement des eaux équatoriales perturbe la circulation atmosphérique globale, fait grimper les températures à l’échelle mondiale et peut augmenter la fréquence des événements météorologiques extrêmes. Au Québec, par exemple, on cite souvent l’exemple de la crise du verglas de 1998, qui s’est produite alors que le phénomène était en cours.

Pour autant, à une échelle locale comme celle de la province, la météo n’obéit pas à une logique aussi simple que « Pacifique chaud = records de chaleur et tempêtes violentes ».
Même si le phénomène El Niño est le joueur météo dominant et qu'il continuera de progresser vers un sommet probable cet hiver, ses conséquences directes sur l'automne au Québec ne seront pas si exceptionnelles. - André Monette, chef de service de la météorologie à MétéoMédia

Températures : un automne classique qui s'étire en novembre
L’automne est par définition une saison de transition. Entre le début de septembre et la fin de novembre (l’automne météorologique), le Québec perd graduellement sa chaleur estivale au rythme des journées qui raccourcissent rapidement. À Montréal et dans le sud de la province, les températures maximales normales chutent de 24 °C au début de septembre à seulement 3 °C à la fin de novembre.

Jusqu'à la mi-octobre, nos météorologues prévoient que la province connaîtra un patron météo fait de journées confortables entrecoupées de courtes poussées d'air frais venues du nord. On entrevoit d’ailleurs un coup de froid subit entre la mi-octobre et le début de novembre.
« On pourrait connaître une période plus froide pendant une à deux semaines, ce qui pourrait nous laisser croire à une fin abrupte de l’automne, mais ce serait une fausse impression », indique André Monette.

En effet, c’est par la suite que la situation devrait être plus inhabituelle : la fin de la saison s’annonce plus douce que la normale. Le thermomètre devrait rester près ou au-dessus des normales jusqu’à la fin novembre, et même au-delà.
« L'empreinte réelle d'El Niño se fera surtout sentir en novembre avec une douceur prolongée, souligne le météorologue. Cela ne nous met pas à l'abri d'un coup de fraîcheur passager ou de premiers flocons hâtifs, mais l'impression générale sera celle d'une saison qui s'étire. »

Ce portrait tranche nettement avec l'an passé, où une bordée de neige tombée dès le 11 novembre avait scellé le sort de l’automne dans plusieurs régions, donnant par la suite l'impression de vivre un hiver interminable. Cette année, les grands froids pourraient tarder à s’installer.
Précipitations : moins de perturbations au menu
La configuration atmosphérique influencée par El Niño devrait maintenir les grandes tempêtes automnales largement à l’écart du Québec, selon nos météorologues. Cette dynamique façonne un courant-jet zonal — circulant d'ouest en est — qui inonde le continent d'air doux tout en maintenant l'air glacial confiné au nord.

« Pour voir naître de violentes tempêtes d'automne qui remontent vers nous, il faut de forts contrastes de température entre l'air froid du nord et la chaleur du sud », explique André Monette. Avec la douceur qui se prolongera sur nos latitudes, cet ingrédient fera défaut.

Il ne faut toutefois pas en déduire qu'il ne pleuvra jamais ou qu’il n’y aura aucune tempête marquante. « Une saison moins prolifique en tempêtes automnales ne signifie pas que celles qui se produiront n’auront aucun impact », affirme Doug Gillham, prévisionniste en chef de The Weather Network.
Un joueur atmosphérique d’une intensité sans précédent [comme cet El Niño] entraîne inévitablement des répercussions inattendues. - Doug Gillham

De même, dans l’Atlantique, même si la saison des ouragans 2026 se montre, à ce jour, exceptionnellement calme, une dépression tropicale pourrait profiter des eaux anormalement chaudes au large du continent nord-américain pour venir nous surprendre.
Conditions idéales pour le plein air et les couleurs
Si les adeptes de sports de glisse devront s'armer de patience, ce contexte représente une excellente nouvelle pour ceux qui souhaitent mettre le nez dehors et profiter des couleurs d’automne. Par ailleurs, contrairement à 2025, les arbres n’ont certainement pas souffert d’un manque d’eau cette année.

« Nous avons tous les ingrédients pour vivre une saison des couleurs classique, observe André Monette. Sans sécheresse et avec un bel ensoleillement en septembre, la transition se fera à un rythme normal. De plus, avec un risque réduit de tempêtes automnales, le feuillage risque moins d’être arraché prématurément. »
Le tour du Canada en un coup d’œil
Dans l’Ouest canadien, les Prairies connaîtront un automne plus doux et plus sec que la normale. Sur la côte britanno-colombienne, les températures resteront près des normales avec un retour de la pluie dans la deuxième moitié de la saison.

L’Ontario devrait connaître des mois de septembre et d’octobre typiques, avec quelques incursions de fraîcheur à partir de la seconde moitié de la saison. Par la suite, tout comme au Québec, le mois de novembre s’annonce plus doux que la normale. En général, on prévoit également moins de tempêtes automnales.

Pour ce qui est des provinces maritimes, on prévoit des températures près des normales au départ, avant un virage plus doux en fin de parcours. Les précipitations totales devraient respecter les moyennes saisonnières. Toutefois, la présence d'eaux très chaudes au large suggère qu’il faudra surveiller d'éventuels systèmes côtiers ou des vestiges tropicaux gorgés d'humidité qui pourraient créer la surprise.
Avec la collaboration d'André Monette, Doug Gillham et Nicolas Lessard, météorologues.
Questions et réponses
Q : Un automne plus chaud signifie-t-il que l'hiver n'arrivera qu'en décembre?
R : Absolument pas. La neige, les fortes gelées et l'air arctique sont des éléments normaux de la transition automnale. Notre prévision vise à identifier le patron météo dominant. Pour l'automne 2026, les périodes de froid sont plus susceptibles d'être interrompues par un temps doux plutôt que de s'installer durablement.
Q : La saison de ski sera-t-elle retardée?
R : Nous surveillons attentivement le centre et l'est du Canada, où il y a un réel risque de retard, tandis que la situation dans l'ouest du Canada semble plus nuancée et dépendra de l'altitude. Les précédents épisodes forts d'El Niño ont même apporté des quantités de neige supérieures à la moyenne dans les montagnes de la Colombie-Britannique.
Q : La prévision automnale semble un peu calme. Verra-t-on une saison sans tempêtes?
R : Non. Même si les précipitations s'avèrent inférieures à la normale, la saison peut encore produire quelques tempêtes majeures mémorables.
Q : Le Canada pourrait-il faire face à une tempête automnale historique?
R : Oui. Une diminution du nombre de tempêtes par rapport à une année normale ne signifie pas qu'elles seront plus faibles, et un seul événement majeur peut en venir à définir toute une saison.
Q : El Niño est-il synonyme d'un hiver doux?
R : Restez à l'affût de notre aperçu de l'hiver qui sera publié à la fin novembre. La prévision hivernale dépendra de l'évolution d'El Niño et de plusieurs autres facteurs atmosphériques.