Analyse préliminaire : des doutes pour l'été 2026

L'été pourrait avoir de la difficulté à s’installer au Québec cette année. Voici pourquoi.

En bref :

  • Transition rapide vers El Niño attendue : chaleur dans l'Ouest canadien, l’inverse dans l’Est;

  • Anomalie de températures froides prévue pour le Québec en mai et en juin;

  • Retard possible de l'arrivée des chaleurs durables (23 à 25 °C) pour le sud et le centre de la province.

Le grand responsable : El Niño

L'acteur principal de la prochaine saison estivale se trouve à des milliers de kilomètres d'ici, dans l'océan Pacifique. Rappelons d'abord que le système ENSO (« El Niño-Southern Oscillation », El Niño-Oscillation australe) est un cycle naturel, suivi de près par les scientifiques, qui repose sur les variations de température des eaux en surface dans l'océan Pacifique équatorial.

Quand celles-ci sont anormalement chaudes, on parle de conditions El Niño; si elles sont plutôt anormalement froides, de La Niña; et autrement on parle de conditions neutres. Ces différentes conditions ont des conséquences majeures sur la circulation atmosphérique et le climat à l’échelle mondiale.

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Les plus récentes prévisions de la NOAA (« National Oceanic and Atmospheric Administration », l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique) suggèrent l’installation rapide dans les mois à venir de conditions El Niño, voire d’un « super El Niño », soit une anomalie de plus de 2 °C.

La configuration atmosphérique associée au phénomène El Niño en Amérique du Nord n'est habituellement pas propice au temps beau et chaud au Québec. « Généralement en contexte El Niño, l'Ouest canadien se retrouve sous l'influence d'une crête dominante favorisant des températures plus chaudes, alors que le centre et l'est du pays se trouvent plus souvent qu’autrement dans un creux froid », explique le météorologue Nicolas Lessard.

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Un début de saison au ralenti

Les prévisions de nos météorologues pour mai et juin placent une grande partie de la province dans une anomalie de températures froides. « Bien qu’on puisse voir quelques poussées de chaleur, la tendance globale devrait être à la fraîcheur », affirme Nicolas Lessard.

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Il faut apporter une nuance importante à cette prévision : cette anomalie froide (le bleu sur la carte) ne signifie pas nécessairement qu'il fera plus froid à Montréal qu'à Sept-Îles. On peut plutôt dire que le mercure dans la métropole peinera à atteindre ses propres normales de saison, tandis que les régions situées plus à l'est et au nord seront davantage dans un scénario habituel.

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L'arrivée de l'été « ressenti », qu’on délimite à MétéoMédia comme le moment de l’installation de températures durables de 23 à 25 °C, pourrait être retardée par cette dynamique. Dans le sud et le centre du Québec, où l'on atteint normalement ce cap vers la mi-juin, on pourrait devoir patienter davantage. À l'inverse, des secteurs comme Val-d'Or ou la Gaspésie devraient voir ces seuils s'installer dans les temps normaux.

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Les statistiques ne jouent pas en notre faveur

L'histoire récente du climat québécois donne du poids aux prévisions de nos météorologues. « Dans les plus récentes années où on avait vu une installation semblable de conditions El Niño (2009, 2015 et 2023), on a observé des débuts de saison estivale difficiles également », indique Nicolas Lessard.

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Par ailleurs, dans les vingt dernières années, une chaleur durable se présentant de manière hâtive (avant la fin mai) s'est généralement traduite par un bel été dans son ensemble. En revanche, sous l'influence d'El Niño, le scénario le plus probable est une arrivée tardive de l'été (après le 18 juin). Historiquement, ces départs retardés donnent majoritairement des saisons plus « moches ». Notre analyse préliminaire suggère que 2026 a de bonnes chances de suivre la tendance.

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