Un « super El Niño » pourrait causer des chaleurs historiques dès l’automne

El Niño continue d’étonner et entre en quelque sorte en terrain inconnu. On parle presque assurément d’un « super El Niño ». Explications.


Des répercussions à grande échelle

Le Pacifique se réchauffe à un rythme remarquable, et tous les signaux pointent maintenant vers la quasi-certitude d’un « super El Niño » d’ici l’automne. Si les prévisions se maintiennent, l’épisode en cours pourrait atteindre une intensité historique, avec des répercussions qui dépasseraient largement l’océan Pacifique. Ce type de phénomène climatique influence la circulation atmosphérique à l’échelle planétaire. Et même si son cœur d’action se trouve dans le Pacifique équatorial, ses effets pourraient se faire sentir jusqu’au Québec au cours des prochains mois.

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Un épisode qui pourrait battre des records

Les experts sont désormais très confiants : l’El Niño qui prend de la force dans le Pacifique a de bonnes chances de devenir très fort, voire exceptionnel, d’ici l’automne et l’hiver. Dans la région dite Niño 3.4, la zone surveillée de près pour mesurer l’évolution du phénomène, l’anomalie de température atteint déjà environ +1,7 °C. Et les scénarios envisagent une poussée pouvant aller jusqu’à +2,7 °C au cours de l’automne. Si ce seuil est atteint, il s’agirait d’une valeur d’une ampleur rare, potentiellement sans précédent car la plus forte anomalie mesurée jusqu'ici est de +2,5 °C, observée en 1950. Autrement dit, on ne parlerait plus simplement d’un El Niño fort, mais bien d’un épisode capable de marquer l’histoire climatique récente.

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Pourquoi ce réchauffement est-il si important?

El Niño se développe lorsque les eaux de surface du Pacifique équatorial deviennent nettement plus chaudes que la normale pendant plusieurs mois consécutifs. Ce surplus de chaleur modifie par la suite les échanges entre l’océan et l’atmosphère, ce qui finit par déplacer les zones de convection, les courants-jets et plusieurs grands schémas météorologiques. Les experts utilisent maintenant des indicateurs qui tiennent mieux compte du contexte climatique actuel, alors que les océans sont globalement plus chauds qu’autrefois. Cela permet de mieux distinguer un simple réchauffement de fond d’un véritable épisode El Niño exceptionnel. Dans le cas actuel, ce n’est pas seulement la présence d’El Niño qui retient l’attention, mais bien son intensité projetée.

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Déjà des effets visibles

Les conséquences du renforcement d’El Niño se font déjà sentir dans les bassins tropicaux. Dans l’Atlantique, la saison des ouragans montre jusqu’ici un rythme particulièrement lent. Le phénomène favorise notamment un cisaillement des vents plus important, ce qui nuit à l’organisation et à l’intensification des systèmes tropicaux. Pendant ce temps, le Pacifique présente le portrait inverse. Les eaux très chaudes et un environnement atmosphérique plus propice soutiennent une activité tropicale plus marquée, avec davantage de systèmes capables de se développer jusqu’au Pacifique central. Ce contraste entre un Atlantique plus timide et un Pacifique plus actif est l’une des signatures classiques d’un El Niño fort.

Quelles conséquences pour le Québec?

Au Québec, El Niño ne se traduit pas par une météo identique d’un événement à l’autre, mais certaines tendances ressortent souvent lorsqu’il devient très intense. Il est important de souligner que chaque épisode de El Niño est unique et que ses conséquences peuvent être différentes. Le premier signal possible, c’est souvent un hiver plus doux que la normale. Un « super El Niño » tend à favoriser des températures plus élevées sur une bonne partie du continent nord-américain, surtout au centre et à l’est du pays. Pour le Québec, cela augmente les probabilités de périodes de douceur plus fréquentes au cours de l’hiver. Mais un hiver plus doux ne veut pas dire un hiver tranquille.

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Possiblement plus de variations

L’un des effets les plus surveillés dans le sud du Québec est le risque accru de fortes variations de température. Avec un contexte plus doux, les épisodes de gel et dégel peuvent devenir plus fréquents, tout comme les séquences de pluie en plein cœur de la saison froide. Ce type de configuration peut avoir plusieurs conséquences:

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  • une couverture de neige plus instable;

  • davantage d’épisodes de pluie hivernale;

  • des chaussées plus glissantes;

  • une pression accrue sur les réseaux de drainage et les cours d’eau.

En d’autres mots, un hiver influencé par un fort El Niño peut être moins rigoureux dans l’ensemble, tout en étant plus compliqué à gérer au quotidien. Évidemment, les épisodes de froid et les tempêtes restent possibles. Il faut à tout prix éviter un raccourci fréquent : El Niño n’efface pas l’hiver québécois.

Même dans un contexte de « super El Niño », des vagues de froid, des tempêtes hivernales et des épisodes de neige importante demeurent tout à fait possibles. Le phénomène influence les grandes tendances, mais il ne dicte pas chaque semaine de la saison. Le Québec pourrait donc connaître un hiver globalement plus doux que la normale, tout en traversant des périodes franchement hivernales. C’est souvent ce mélange qui complique la lecture de la saison.

Un signal climatique à surveiller

L’intérêt autour de cet événement ne tient pas seulement à ses effets sur l’hiver québécois, mais aussi à son caractère potentiellement historique. Si l’anomalie du Pacifique grimpe réellement vers +2,7 °C, on entrerait dans une catégorie très rare, avec un impact possible sur de nombreux régimes météo à travers le globe. Pour les prochains mois, il faudra donc surveiller à la fois:

  • l’évolution de la chaleur dans le Pacifique équatorial;

  • les effets sur la saison des ouragans dans l’Atlantique;

  • l’activité tropicale plus soutenue dans le Pacifique;

  • à plus long terme, les signaux pour l’hiver au Québec.

Avec la collaboration de Bissem Boujnane, météorologue.

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