
Nouvelle prévision : El Niño se dirige vers un sommet historique
El Niño : les nouvelles prévisions annoncent un sommet jamais vu depuis le début des relevés. Ce pic devrait être atteint au début de l’hiver. Explications.
En bref :
Un El Niño exceptionnellement fort continue de s'intensifier dans le Pacifique.
Les experts évaluent à 75 % la probabilité qu'il soit le plus puissant jamais enregistré depuis 1950.
Son influence explique en grande partie l'absence inhabituelle d'ouragans dans l'Atlantique.
Un automne et un hiver plus doux que la normale sont à prévoir dans une bonne partie du Canada.
Un sommet historique
Les eaux exceptionnellement chaudes de l'océan Pacifique sont en voie de produire l'El Niño le plus puissant jamais observé depuis le début des relevés en 1950, selon les plus récentes analyses des experts. Le Climate Prediction Center (CPC) des États-Unis prévoit qu'El Niño atteindra un sommet sans précédent au cours du dernier trimestre de l'année, ce qui pourrait avoir une influence marquée sur les régimes météorologiques à l'échelle mondiale tout au long de l'automne et de l'hiver. Les experts estiment maintenant à plus de 90 % la probabilité d'un El Niño très fort pendant toute la saison hivernale.

Des chiffres éloquents
Le long de l'équateur, dans la portion est de l'océan Pacifique, les températures de surface dépassent de plus de 3 °C les normales saisonnières dans certains secteurs, ce qui est un signe clair d'un El Niño fort et qui ne cesse de s’intensifier. Plus étonnant encore : entre 50 et 100 mètres de profondeur, les températures de l'eau grimpent jusqu'à 10 °C au-dessus des valeurs normales pour la période de l'année, selon les données du 9 septembre dans la zone Niño 3.4, où l'anomalie actuelle en surface atteint +2,9 °C.

Pour évaluer la force d'un épisode El Niño, les météorologues utilisent l'indice ROI relatif (Relative Oceanic Niño Index, ou RONI), qui mesure la moyenne des anomalies de température de surface dans une portion clé du bassin pacifique. Selon les plus récentes prévisions, cet indice pourrait grimper jusqu'à +2,7 °C entre octobre et décembre, et le CPC évalue à 75 % la probabilité que cela en fasse l'épisode El Niño le plus fort depuis le début des relevés, en 1950. Le record actuel est détenu par l'hiver 1982-1983, avec une valeur de +2,4 °C.
Selon les modèles saisonniers, El Niño devrait se maintenir mais commencer à s'affaiblir au cours des premiers mois de 2027, avec un retour possible vers une phase neutre d'ici le printemps prochain.
Une saison des ouragans bouleversée
Le pic de la saison des ouragans dans l'Atlantique survient normalement autour du 10 septembre. Il est extrêmement rare de ne recenser aucun système à ce moment de l'année, mais c'est pourtant exactement ce qui se produit cette semaine, en grande partie à cause de l'influence d'El Niño. Le samedi 12 septembre marquera d'ailleurs un nouveau record : celui du premier ouragan le plus tardif de l'histoire depuis que les tempêtes sont détectées et observées par satellites, soit en 1966. Le précédent record était détenu conjointement par les ouragans Gustav (2002) et Humberto (2013), tous deux devenus des ouragans à 8 h HAE le 11 septembre. Notons que cette nouvelle marque va sans doute s’étirer encore plusieurs jours car aucun système tropical majeur n’est actuellement sur les radars.

Ce calme inhabituel s'explique en bonne partie par le cisaillement des vents généré par El Niño au-dessus de la région principale de développement de l'Atlantique, où des eaux plus fraîches et des vents plus perturbés en altitude nuisent à l'organisation des systèmes tropicaux, même si des poches d'eau chaude plus au nord continuent d'alimenter occasionnellement certains systèmes. Cela dit, les résidents des zones côtières ne devraient pas relâcher leur vigilance pour autant : le bassin atlantique a produit au moins un ouragan chaque année depuis au moins un siècle.
Quel impact sur l'automne et l'hiver au Canada?
Au-delà de la saison des ouragans, on s’attend à ce qu'El Niño joue un rôle important dans l'évolution de l'automne au Canada cette année, avec un schéma plus doux qui devrait dominer une bonne partie du pays pour les prochains mois. Au Québec, les prévisions saisonnières pointent déjà vers des températures au-dessus des normales dans la majeure partie du territoire, alors que les régions de l'est, comme la Gaspésie et la Côte-Nord, devraient plutôt s'en tenir près des valeurs normales.

Les épisodes forts d'El Niño influencent également de façon marquée les régimes hivernaux en Amérique du Nord en modifiant l'orientation et l'intensité des courants-jets. Ce changement peut entraîner une intrusion d'air doux du Pacifique sur une grande partie du Canada, tandis qu'un patron plus frais et actif demeure généralement bloqué au-dessus des destinations de vacances populaires du sud des États-Unis.
Chacun sa personnalité
Chaque épisode d'El Niño possède toutefois ses propres particularités, et les effets ne sont jamais identiques d'une région à l'autre ni d’un épisode à l’autre. Les cartes de températures des mois de décembre dominés par un fort El Niño, comme en 1997, en 2015 et en 2023, se ressemblent dans les grandes lignes, mais présentent chaque fois des différences appréciables quant aux endroits les plus doux et les plus froids.
Avec la collaboration de Bissem Boujnane, météorologue.
