Les tropiques s’activent : plusieurs perturbations sous surveillance

Dans les tropiques, les océans ne jouent pas selon les mêmes règles. Alors que le Pacifique s'anime avec plusieurs zones à surveiller, l'Atlantique continue d'être freiné, une signature classique d'un El Niño puissant.


En bref:

  • Le Pacifique continue dans sa lancée, et l'Atlantique se réveille tranquillement;

  • Le très fort El Niño accentue le contraste entre les deux bassins tropicaux;

  • Le Pacifique profite d'un environnement plus favorable au développement des systèmes;

  • L'Atlantique n'a pas dit son dernier mot, mais il avance pour l'instant avec un net vent de face.

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Deux océans, deux réalités

Alors que la saison des tempêtes entre dans sa période la plus active, le contraste devient de plus en plus net entre le Pacifique et l'Atlantique. D'un côté, le Pacifique oriental montre plusieurs zones de développement et une activité déjà bien vivante. De l'autre, l'Atlantique demeure anormalement discret, avec peu de systèmes organisés malgré la progression vers le cœur de la saison. Ce décalage n'a rien d'anodin. Il s'inscrit dans un contexte de très fort El Niño, un signal climatique qui tend généralement à stimuler l'activité tropicale dans le Pacifique tout en freinant celle de l'Atlantique.

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El Niño change la donne

Quand El Niño s'intensifie, il change la circulation atmosphérique à grande échelle au-dessus des tropiques. En Atlantique, cela se traduit surtout par un cisaillement des vents plus fort, un ingrédient défavorable à l'organisation des tempêtes tropicales. En clair, les vents changent davantage avec l'altitude, ce qui désorganise les orages autour d'un centre dépressionnaire et empêche souvent les systèmes de se structurer. Dans le Pacifique, c'est habituellement l'inverse. Les eaux plus chaudes et un environnement plus favorable appuient le développement de tempêtes. C'est exactement le genre de configuration qui accentue l'écart observé actuellement entre les deux bassins.

Le Pacifique passe en deuxième vitesse

Le bassin pacifique retient particulièrement l'attention avec deux systèmes en développement suivis de près. Le premier est le plus surveillé. Les indications récentes montrent une probabilité de formation de 90 %. Certaines projections suggèrent qu'il pourrait éventuellement s'approcher de l’archipel hawaïen, même si la trajectoire exacte reste encore très incertaine à ce stade. Dans ce type de situation, l'absence d'un centre bien défini au départ complique encore les prévisions de trajectoire.

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Le deuxième système présente pour sa part un potentiel modéré de développement soit une probabilité de 60 %. Il semble évoluer dans un environnement assez favorable pour gagner en organisation, mais sans menace terrestre évidente à court terme selon les tendances actuelles. Le contraste est frappant: pendant que l'Atlantique peine à générer des systèmes robustes, le Pacifique multiplie les zones actives dans un décor beaucoup plus propice.

L'Atlantique reste en retrait

Dans l'Atlantique, une zone est aussi surveillée, mais le portrait est moins explosif. Le système observé au large des côtes africaines demeure plus ou moins organisé, et son potentiel de développement est estimé à 70 %. Même lorsqu'une onde tropicale attire l'attention, elle doit composer avec un environnement atmosphérique beaucoup moins favorable que dans le Pacifique. Ce calme relatif concorde avec les prévisions saisonnières de la NOAA, qui continue de miser sur une saison sous la normale dans l'Atlantique. La mise à jour la plus récente évoque 75 % de probabilité d'une saison inférieure à la normale, contre 20 % de chance d'une saison près de la normale et seulement 5 % de probabilité d'une saison au-dessus de la normale.

Des chiffres qui appuient le contraste

Les prévisions de l'Université d'État du Colorado présentent un scénario d'environ 6 tempêtes nommées, 4 ouragans et 1 ouragan majeur pour le reste de la saison.. La moyenne à long terme utilisée dans cette prévision tourne autour de 7,2 ouragans et de 3,2 ouragans majeurs. En parallèle, la NOAA maintient pour le Pacifique oriental une prévision de 15 à 22 tempêtes nommées, ce qui est au-dessus de la moyenne.

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Le lourd passé d'El Niño

Les épisodes d'El Niño modérés à forts sont souvent associés à des saisons atlantiques plus tranquilles, surtout entre août et octobre, qui représentent le cœur de l'activité cyclonique. Ce n'est pas une garantie qu'aucun ouragan marquant ne va se former, il suffit parfois d'un seul système pour faire de gros dégâts, mais statistiquement, le bassin atlantique devient moins productif quand El Niño s'installe solidement.

Autre repère: la période la plus active de la saison dans les tropiques s'étend généralement de la deuxième moitié d'août à octobre, avec un pic autour du 10 septembre dans l'Atlantique. Autrement dit, même si le bassin semble calme pour l'instant, la période la plus favorable n'est pas encore complètement derrière nous. Le silence actuel ne veut donc pas dire que la saison est terminée, seulement qu'elle évolue, pour l'instant, sous l'influence marquée d'un environnement défavorable. Pour l'instant, le Pacifique profite d'un tapis rouge et l'Atlantique d'un vent de face. Et tant qu’El Niño va rester fort, cet écart pourrait continuer de définir la saison.

Avec la collaboration de Lucile Le Liboux, météorologue.

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