Le Québec va-t-il bientôt entrer en mode tempête?

C’est difficile à croire en regardant les énormes bancs de neige dans certaines régions, mais le Québec n'a pas encore connu de véritable tempête hivernale cette saison. Serait-ce sur le point de changer?

En bref :

  • Plusieurs régions, dont Montréal, sont au-dessus de la normale pour la neige reçue à ce jour;

  • Pas de grosse bordée d'un coup, mais une succession de petits systèmes laissant jusqu’à 15 cm;

  • La fin février pourrait ouvrir la porte à des systèmes plus costauds en provenance du sud des États-Unis.

Une succession de « clippers »

Si vous avez l'impression de pelleter souvent depuis novembre, vous n'avez pas tort. En date du 12 février, Montréal et l'ouest de la province affichent un bilan de neige reçue supérieur à la normale.

neige depuis le debut de la saison hiver

Pourtant, il est également vrai qu’on n’a pas encore reçu de réelle tempête hivernale, c’est-à-dire un système apportant de grosses quantités de neige (25-30 cm) en combinaison avec de forts vents. Le tapis blanc s'est construit progressivement, au gré de nombreux « clippers » — ces systèmes rapides venant de l'ouest — qui ont laissé des accumulations modérées mais fréquentes.

neige recue vs normale

À l'inverse, l'est de la province, notamment la Gaspésie, accuse un certain retard par rapport à ses standards habituels.

Le calme avant...

Pour les prochains jours, le scénario actuel se poursuit. Un creux dépressionnaire apportera un peu de neige pour quelques régions dans la nuit de vendredi à samedi, suivi d'un autre clipper dimanche et d'un système similaire en début de semaine prochaine. On parle généralement de 2 à 5 cm de neige, localement jusqu’à 10 cm d’ici mardi.

faibles chutes de neige

Mais les modèles météorologiques surveillent un changement de régime atmosphérique vers la dernière semaine de février, soit à partir du 20 environ.

Froid à l’ouest, douceur au sud : le nord-est sur la ligne de front

Le froid arctique va s’installer plus solidement dans l'Ouest canadien et américain, ce qui aura pour effet de faire plonger le courant-jet vers le sud. Cette configuration crée une zone de friction entre l'air froid qui plonge du nord-ouest et l'air doux et humide remontant du golfe du Mexique.

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C'est ce contraste thermique qui sert de carburant aux tempêtes. Au lieu des petits « clippers » secs venant de l'ouest, le Québec pourrait se retrouver sur la trajectoire de systèmes plus gorgés d’humidité, provenant du Colorado ou du Texas.

courant-jet actif

Pas de certitude, mais un potentiel bien présent

Rien n'est coulé dans le béton. La trajectoire exacte de ces systèmes potentiels sera déterminante. Si elle passe trop au nord, le sud du Québec pourrait recevoir un mélange de précipitations désagréable. Si elle passe loin au sud, la province évitera le tout.

Quoi qu’il en soit, le potentiel pour des bordées de neige plus significatives (plus de 15 cm) est bel et bien présent pour clore le mois de février.


Bon à savoir : un « clipper de l’Alberta », c’est quoi?

Les systèmes qui traversent le Québec à répétition depuis des mois sont ce que les météorologues appellent des « clippers de l’Alberta ». Ce sont des systèmes dépressionnaires à déplacement rapide qui se forment, comme le nom l'indique, en Alberta, à l'est des Rocheuses. Le terme « clipper » fait référence aux voiliers rapides caractéristiques du 19e siècle.

Contrairement aux systèmes venant du sud des États-Unis qui peuvent faire le plein d’humidité dans les eaux chaudes du golfe du Mexique et nous donner des tempêtes hivernales avec 20 à 30 cm de neige et plus, les clippers sont généralement plus secs. Les quantités de neige qu’ils laissent sont plus modestes.

Avec la collaboration de Bertin Ossonon, météorologue.

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