Le monde sous la menace d'un prochain « super El Niño »

El Niño a de bonnes chances d'effectuer un retour dès cet été et plusieurs modèles météorologiques laissent même entrevoir la formation possible d'un « super El Niño » d'ici la fin de l'année 2026, ce qui pourrait avoir des conséquences mondiales importantes.

En bref :

  • Transition vers des conditions neutres au printemps, suivie d'un retour potentiel d'El Niño cet été;

  • Anomalie thermique dans les eaux équatoriales du Pacifique qui pourrait franchir la barre des 2 °C d'ici la fin de l'année;

  • Risque accru de chaleur record et de phénomènes météorologiques extrêmes à l'échelle planétaire.

Qu'est-ce qu'un « super El Niño »?

Rappelons d'abord que le système ENSO (« El Niño-Southern Oscillation », El Niño-Oscillation australe) est un cycle naturel, suivi de près par les scientifiques, qui repose sur les variations de température des eaux en surface dans l'océan Pacifique équatorial.

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Nous sommes actuellement à la fin d’un faible épisode de La Niña, c’est-à-dire une anomalie froide de ces eaux, selon la dernière mise à jour de la NOAA (« National Oceanic and Atmospheric Administration, l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique).

Cette anomalie froide s’est graduellement affaiblie depuis janvier. Une phase neutre devrait s’installer ce printemps, mais la probabilité de voir El Niño (anomalie chaude) s'implanter dépasse les 60 % pour la période estivale et grimpe à plus de 80 % pour l'automne. Ce pourrait d’ailleurs être un épisode majeur.

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Les météorologues utilisent le terme « super El Niño » (ou « très fort El Niño » dans le cas de la NOAA) lorsque l'anomalie de la température des eaux dépasse les 2 °C au-dessus de la normale.

Si l’on observe la moyenne des différents modèles de prévision, on voit de bonnes chances d'atteindre ce seuil vers la fin de 2026. Ce phénomène n'est pas inédit : l'histoire récente compte quelques épisodes majeurs, dont le sommet de 2,6 °C en 2015-2016, ou encore celui de 2023-2024, qui a tout juste franchi le seuil des 2,0 °C.

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Un amplificateur de conditions extrêmes

El Niño agit comme un amplificateur thermique mondial. La première conséquence anticipée est une hausse marquée des températures planétaires, augmentant le risque de canicules et de nouveaux records de chaleur. De plus, une atmosphère plus chaude peut contenir davantage d'eau, ce qui se traduit par une plus forte probabilité de phénomènes météorologiques extrêmes.

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Ce réchauffement du Pacifique modifie également la circulation atmosphérique et affecte l'activité tropicale mondiale. En règle générale, lors d’un épisode El Niño, on observe une saison des ouragans freinée et moins active dans l'océan Atlantique, mais une activité à la hausse du côté du bassin pacifique.

À quoi s'attendre au Québec?

Si les effets à l’échelle planétaire sont bien documentés, les répercussions précises d'El Niño sur un territoire en particulier, comme le Québec, demeurent complexes à prévoir. Sans annoncer de catastrophe similaire, on peut noter que la célèbre crise du verglas de 1998 est survenue durant l'un des plus forts épisodes El Niño de l'histoire récente (2,4 °C).

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Sur le plan du mercure, l'année 1998 avait d'ailleurs battu le record de chaleur absolu établi en 1953. Ce jalon historique a tenu bon pendant des décennies, jusqu'à ce qu'il soit à son tour battu en 2024 lors du dernier épisode El Niño majeur. La planète partant déjà avec une importante longueur d'avance thermique cette année, tout indique que l'année 2027 risque d'être chaude chez nous aussi.

Avec la collaboration de Nicolas Lessard, météorologue.

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