
Printemps hâtif ou tardif? La marmotte risque de vous induire en erreur
Se fier à une marmotte pour savoir si l'hiver tire à sa fin est une tradition amusante, mais absolument sans fondement scientifique. Alors que tous les regards se tourneront vers les terriers le 2 février, démystifions cette prédiction folklorique dont l’issue peut être décidée par un simple passage nuageux.
Une tradition importée d’Europe et transformée
Si l'événement est aujourd'hui célébré par Punxsutawney Phil en Pennsylvanie ou Fred en Gaspésie, ses racines sont ailleurs. La coutume est venue en Amérique du Nord par le biais de l’Allemagne, où l’animal prophétique n'était pas une marmotte, mais un blaireau.
Ce sont donc des immigrants allemands, plus spécifiquement les communautés qui se sont établies en Pennsylvanie appelées « Pennsylvania Dutch », qui ont importé la tradition aux États-Unis en passant le flambeau à la marmotte.
La logique (fallacieuse) de l'ombre
La règle du jeu est simple : si la marmotte sort au lever du soleil et voit son ombre, elle prend peur et retourne se cacher, prédisant six semaines d'hiver supplémentaires. À l'inverse, si le ciel est couvert et qu'elle ne voit pas son ombre, le printemps sera hâtif. Étant un animal qui hiberne, si elle sort de son terrier, on pourrait croire que l'hiver est sur le point de se terminer. Ce relevé se tenait traditionnellement le jour de la Chandeleur (le 2 février).
Des dictons météorologiques n’impliquant pas de prévision par un animal existent également ailleurs en Europe, et stipulent généralement que si la Chandeleur est lumineuse, l’hiver va s’accrocher (et vice-versa).
Il y a un fond de vérité à cette observation. Un ciel dégagé en hiver (donc une ombre visible) est associé à de l’air arctique froid et sec. À l’inverse, un temps nuageux signale plutôt l'arrivée d’air plus doux et humide, laissant présager une fin de saison précoce. Mais le fait d’observer un scénario ou l’autre précisément le 2 février ne signifie rien pour la météo à long terme.
Qui plus est, ce dicton météorologique européen s'applique mal à la réalité nord-américaine, un continent aussi vaste aux climats si différents d’un bout à l’autre.
Un verdict mal adapté au Québec
Au Québec, la prédiction de la marmotte se heurte aussi à la réalité de notre hiver particulièrement rigoureux. Même si le rongeur prédit six semaines d'hiver de plus, en partant du 2 février, cela nous mène à la mi-mars.
Or, sous nos latitudes, les véritables conditions printanières (températures durables de 5 à 10 °C, fin de la neige au sol) arrivent rarement avant la fin mars ou le début avril. Le verdict de l'hiver qui s'accroche est donc presque toujours vrai par défaut chez nous.
Qui a le meilleur score?
Si l'on compare les performances, la science l'emporte sur le folklore. Depuis 2010, les scores d'efficacité parlent d'eux-mêmes :

Bien que le folklore soit charmant, nos météorologues vous préparent une prévision basée sur des modèles et des données à savoir si l'hiver va continuer encore au moins 6 semaines ou se terminer rapidement. Ce contenu sera diffusé sur nos plateformes le 1er février.
Avec la collaboration de Kevin Cloutier, météorologue.