La fin rapide de La Niña pourrait mettre la table à un El Niño intense

El Niño prépare son retour, et il pourrait bien revenir en grande force. Un changement de régime qui pourrait influencer la météo mondiale


En bref:

  • La Niña s’affaiblit et ouvre la porte au développement d’un épisode El Niño dès cet été;

  • Une chance sur trois d’un El Niño fort;

  • Chez-nous, l’impact se ferait surtout sentir l’hiver, avec des effets possibles sur le courant-jet et des hivers souvent plus doux;

  • La saison des ouragans dans l’Atlantique pourrait être moins intense.

Sous surveillance

Les météorologues surveillent de près l’évolution des températures dans l’océan Pacifique. Selon les dernières analyses, un épisode potentiellement puissant d’El Niño pourrait se développer dans les prochains mois, un phénomène capable d’influencer les conditions météo à l’échelle de la planète.

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Actuellement, l’épisode de La Niña qui domine le Pacifique depuis plusieurs mois s’affaiblit graduellement. Les températures de surface de l’eau près de l’équateur commencent à remonter, un signe que l’océan pourrait basculer vers la phase opposée du cycle climatique. Un basculement possible dès cet été

Bon à savoir

Dans sa plus récente mise à jour mensuelle, le Climate Prediction Center (CPC) des États-Unis a publié une veille d’El Niño. Ce statut signifie que les conditions deviennent favorables au développement du phénomène au cours des six prochains mois. El Niño survient lorsque les eaux de surface de l’est du Pacifique équatorial deviennent au moins 0,5 °C plus chaudes que la normale pendant plusieurs mois consécutifs. À l’inverse, La Niña correspond à une anomalie d’eau plus froide dans cette même région. Les prévisions actuelles indiquent que La Niña devrait disparaître d’ici la fin du printemps, laissant place à un développement rapide d’El Niño durant l’été.

Une intensité encore incertaine

Les experts demeurent prudents quant à l’intensité du phénomène à venir. Selon les probabilités du CPC, il existe environ une chance sur trois que cet épisode atteigne une forte intensité. Si ce scénario se confirme, les répercussions pourraient être importantes dans plusieurs régions du globe. Les modèles climatiques suggèrent également que l’événement pourrait se prolonger jusqu’à l’hiver prochain, période où l’influence d’El Niño sur les courants atmosphériques devient beaucoup plus marquée.

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Quels effets sur la météo au Canada?

L’impact d’El Niño est souvent plus évident durant la saison froide. En hiver, le phénomène modifie la trajectoire du courant-jet, ce qui favorise généralement : des températures plus douces que la normale dans l’ouest et le centre du Canada; des conditions plus sèches dans plusieurs régions du pays; davantage de tempêtes sur la côte ouest et le sud des États-Unis.

Au Québec, les hivers sous El Niño sont souvent plus doux et parfois plus variables, avec des épisodes de redoux plus fréquents. Influence possible sur la saison des ouragans

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Une saison des ouragans affaiblie?

L’un des effets les plus connus d’El Niño concerne la saison des ouragans dans l’Atlantique. Lorsque les eaux du Pacifique équatorial se réchauffent, elles modifient la circulation atmosphérique au-dessus de l’Atlantique. Cela entraîne souvent une augmentation du cisaillement des vents, c’est-à-dire des vents qui changent de direction et de vitesse avec l’altitude. Ce cisaillement peut perturber la formation des tempêtes tropicales et des ouragans, ce qui tend généralement à réduire le nombre de systèmes qui se développent.

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D'autres facteurs

Cependant, ce facteur n’est pas le seul à entrer en jeu. Des eaux très chaudes dans l’Atlantique ou une mousson africaine particulièrement active peuvent parfois compenser l’effet d’El Niño, comme on l’a observé lors de certaines saisons récentes. Et même lors d’une saison calme, il suffit d’un seul ouragan qui touche terre pour marquer durement une année.

Un cycle naturel amplifié par un climat plus chaud

Le cycle ENSO (El Niño – Southern Oscillation) est un phénomène naturel qui alterne entre El Niño, La Niña et des périodes neutres. Ce cycle influence la météo mondiale depuis des millénaires. Toutefois, plusieurs chercheurs estiment que le réchauffement climatique pourrait amplifier certains épisodes d’El Niño, notamment les plus intenses.

Les épisodes majeurs, comme ceux de 1997-1998 ou 2015-2016, ont provoqué des sécheresses, des pluies extrêmes et des vagues de chaleur dans plusieurs régions du globe. Les prochains mois permettront de confirmer si l’océan Pacifique s’oriente vers un El Niño modéré… ou vers un épisode plus puissant capable d’influencer la météo mondiale pendant plus d’un an.

Avec la collaboration de Nicolas Lessard, météorologue.

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