La chaleur au Québec est à un endroit qui va vous étonner

Vous voulez passer la journée à la chaleur ? Dirigez-vous vers le nord. Un phénomène bien connu dans l’Ouest opère sa magie au Québec ces jours-ci. Explications.


En bref :

  • Le point chaud du Québec mardi sera à Waskaganish, aux abords de la baie James;

  • L’effet de foehn va réchauffer le nord de la province;

  • Le temps sera moins lourd et humide que les jours précédents au Québec.

La chaleur s'en va dans le nord

Quand on pense aux endroits les plus chauds du Québec, on pense habituellement à Montréal, ou du moins le sud de la province. Si on devait créer une liste des villes les plus chaudes, Waskaganish, située à 500 km au nord de Val-d’Or, ne ferait probablement pas partie du « top 100 ». Et pourtant, c’est bien là qu’on attend aujourd’hui le maximum le plus élevé de la province, avec 30 °C. Oui, il va y faire plus chaud qu’à Montréal. 4 degrés plus chaud en fait, car on prévoit un maximum de 26 °C dans la métropole. Il fera même plus chaud à Matagami qu’à Montréal, avec un maximum prévu de 29 °C.

FOEHN3

Non, la carte météo du Québec ne vous est pas présentée à l’envers, il y a une très bonne explication. Et elle porte un nom que les météorologues ou les geeks de météo aiment bien sortir de leur manche dans ce genre de situation : l’effet de foehn.

Un coup de pouce du relief

L’effet de foehn, c’est un phénomène météo aussi fascinant qu’un peu tricheur. En gros, quand un vent rencontre un relief, il force l’air à monter. Les amateurs de planeur ou de parapente connaissent très bien ce principe qui leur permet dans des conditions optimales de voler durant des heures. En prenant de l’altitude, l’air se refroidit, son humidité se condense, des nuages peuvent se former et des précipitations peuvent même tomber du côté exposé au vent. Mais une fois le relief franchi, l’air redescend sur l’autre versant. Et là, il se passe quelque chose de très efficace : en redescendant, l’air se comprime, se réchauffe et s’assèche.

FOEHN4

Résultat : la région située sous le vent peut se retrouver avec un air nettement plus chaud que les environs. Autrement dit, l’air ressort du passage comme s’il avait été essoré dans la laveuse, puis passé rapidement à la sécheuse.

Un cousin du chinook

Si ce mécanisme vous dit quelque chose, c’est probablement parce qu’il ressemble beaucoup au chinook dans l’Ouest canadien. Là-bas, lorsqu’un vent traverse les Rocheuses et redescend du côté des Prairies, il peut faire bondir la température de façon spectaculaire en très peu de temps. En 1962 notamment, la température est passée de -19 °C à 22 °C en seulement une heure à Pincher Creek en Alberta. Le principe de l’effet de foehn est exactement le même : de l’air qui perd de son humidité en montant, puis se réchauffe rapidement en descendant.La différence, c’est surtout l’échelle du relief et l’intensité du phénomène. Les Rocheuses sont beaucoup plus élevées que tout relief à l’ouest de Waskaganish.

FOEHN2

Pourquoi Waskaganish en profite aujourd’hui?

Le contexte atmosphérique d’aujourd’hui est particulièrement favorable à ce scénario. Une crête d’air chaud domine une bonne partie du Québec, pendant qu’un creux d’air plus froid s’organise à l’ouest. Entre les deux, la circulation des vents crée une direction très propice au foehn dans le secteur de la Baie-James. Et c’est là que la topographie locale devient importante. Même si on n’est pas dans un décor de haute montagne, le relief autour de la Baie-James suffit à influencer le comportement de l’air. On retrouve en amont des zones à plus haute altitude, tandis que Waskaganish se situe dans un secteur plus bas, près de la baie. Le vent franchit donc un relief légèrement plus élevé, puis redescend vers Waskaganish. En redescendant, l’air se réchauffe, ce qui donne un petit coup d’accélérateur au thermomètre. Et c’est ce coup de pouce qui permet aujourd’hui à Waskaganish de devancer des villes pourtant beaucoup plus au sud.

Le contenu continue ci-dessous
FOEHN1

Il n'y a pas que la latitude dans la vie

En météo, la latitude compte, bien sûr. Mais sur une journée donnée, elle ne fait pas tout. La provenance de l’air, la direction du vent, l’humidité, l’ensoleillement et le relief peuvent complètement rebattre les cartes. Aujourd’hui, la combinaison masse d’air chaud, direction des vents et relief favorable joue en faveur de Waskaganish. Ce n’est donc pas simplement « parce qu’il fait chaud partout », mais bien parce qu’un mécanisme local vient bonifier cette chaleur.

Une chaleur sèche et efficace

Autre détail intéressant : l’air réchauffé par foehn a souvent tendance à être plus sec. Et un air plus sec, lorsque le soleil collabore, peut favoriser une hausse plus nette de la température en journée. On obtient donc non seulement un air réchauffé par la descente, mais aussi un environnement qui aide le mercure à monter de façon plus franche. Comme quoi, au Québec, le point chaud n’est pas toujours là où on l’attend.

Avec la collaboration de Lucile Le Liboux, météorologue.

IMAGES SAISISSANTES : un édifice emporté par un glissement de terrain dans les Laurentides