Jusqu’à 40 °C : 5e vague de chaleur extrême dans ces régions
L'Europe se prépare à une nouvelle poussée de chaleur intense, et cette fois encore, la France et l'Espagne figurent parmi les secteurs les plus exposés. Prévision.
En bref :
Un anticyclone stationnaire va causer un autre épisode de chaleur extrême en Europe de l’Ouest;
En milieu de semaine, le mercure pourrait atteindre 40 °C dans certaines régions de la France, l’Espagne et l’Italie;
Le maximum prévu est de plus de 35 °C toute la semaine à Rome.
Encore la chaleur
Après un été déjà marqué par des épisodes à répétition, il s'agirait de la cinquième vague de chaleur de l'année, notamment en France, un enchaînement qui illustre à quel point la saison chaude reste exceptionnelle sur une grande partie de l'ouest de l’Europe. Les feux de forêt ont été catastrophiques en Espagne et en France, et la chaleur des prochains jours inquiète les autorités. La chaleur qui a déjà atteint 35 °C à Rome lundi devrait s'intensifier à partir du mardi 11 août pour plusieurs jours, avec des températures qui pourraient dépasser 35°C sur une bonne partie de la France et atteindre ou franchir les 40°C dans le sud. L'Espagne, déjà régulièrement au cœur des épisodes les plus extrêmes cet été, pourrait de nouveau enregistrer des valeurs largement supérieures aux normales saisonnières.

Une masse d'air brûlant remonte du sud
Le moteur de cette nouvelle vague de chaleur est le suspect habituel : un blocage anticyclonique persistant, souvent décrit comme un dôme de chaleur, qui emprisonne l'air chaud et favorise son accumulation jour après jour. Dans ce type de configuration, l'air s'enfonce lentement vers le sol, se comprime et se réchauffe encore davantage. Résultat: le mercure grimpe, les nuages se font rares et les nuits ont de plus en plus de mal à rafraîchir l'atmosphère. Cette fois, le cœur de la chaleur devrait se concentrer sur la péninsule Ibérique et la France, avant de s'étendre vers d'autres secteurs d'Europe centrale et autour de la Méditerranée.

France: un nouvel épisode majeur en vue
La France sort à peine d'une succession d'épisodes marquants. Plus tôt cet été, le pays a déjà connu sa journée nationale la plus chaude jamais observée, avec une température moyenne de 30,0 °C à l'échelle du pays. Cette moyenne tient compte de villes au nord comme Brest en Bretagne, où le maximum normal à cette période est d’à peine 21 °C. Des pointes de 43,8 °C ont aussi été relevées dans l'ouest du territoire lors du grand épisode de juin.

Pour la nouvelle séquence attendue, les scénarios parlent de 35 °C au nord et autour de 40 °C au sud, avec un pic possible entre le 11 et le 14 août, voire un prolongement dans le sud-est avant un retour éventuel des orages. Ce contexte est d'autant plus surveillé que plusieurs régions françaises composent déjà avec des sols secs, un risque d'incendie élevé et une fatigue thermique accumulée depuis le début de l'été. Notons que 75 % des foyers français n’ont aucun système de climatisation.

Espagne: valeurs extrêmes
L'Espagne demeure l'un des pays les plus vulnérables dans ce genre de configuration. Le pays a déjà connu des journées de juin historiquement chaudes, avec de nombreuses stations au-dessus de 40°C. À Barcelone, l'observatoire Fabra a même atteint 40,5°C le 8 juillet, un sommet en plus d'un siècle de données. Avec le retour d'un dôme de chaleur, de vastes portions de l'intérieur espagnol pourraient replonger dans une chaleur accablante, particulièrement loin des côtes. La durée de l'épisode risque d'être presque aussi importante que son intensité. Quand la chaleur s'installe plusieurs jours de suite, les bâtiments accumulent l'énergie, les villes surchauffent et la récupération nocturne devient beaucoup plus difficile.
Des nuits qui aggravent le danger
L'un des aspects les plus préoccupants de cette nouvelle vague de chaleur n'est pas seulement le maximum atteint en journée, mais l'absence de répit la nuit. Lors des épisodes les plus sévères, certaines régions d'Europe ont connu des nuits tropicales où la température ne descend pas sous 24°C. Rappelons que le minimum est habituellement atteint au lever du soleil. On parle donc de débuts de nuit autour de la barre des 30 °C. Ce type de chaleur nocturne empêche le corps de récupérer et accentue rapidement les risques pour la santé. En milieu urbain, le problème est encore plus marqué. Une température régionale de 35°C peut se traduire par 38 à 40°C dans une rue dense et avec peu de végétation, sous l'effet de l'îlot de chaleur urbain.
Quels impacts attendre?
Les conséquences potentielles touchent plusieurs fronts à la fois:
Santé publique: coups de chaleur, déshydratation, aggravation des maladies cardiovasculaires et respiratoires, surtout chez les aînés, les jeunes enfants, les femmes enceintes, les travailleurs extérieurs et les personnes vulnérables;
Incendies: le mélange chaleur + sécheresse + faible humidité augmente le risque de feux de végétation, particulièrement dans le sud de la France, en Espagne et autour de la Méditerranée;
Réseaux et énergie: la demande grimpe avec l'usage de la climatisation, alors que les infrastructures sont elles-mêmes mises à rude épreuve par la chaleur prolongée;
Agriculture et eau: l'évaporation s'accélère, les cultures souffrent et la pression s'accentue sur les réserves d'eau;
Vie quotidienne: transports perturbés, écoles ou lieux publics adaptés, activités physiques limitées aux heures les moins chaudes.
Un chiffre revient souvent pour rappeler l'ampleur du risque: on estime à environ 489 000 le nombre de décès liés à la chaleur chaque année dans le monde sur la période 2000-2019.

Un été qui se répète, encore et encore
Cette 5e vague de chaleur ne tombe pas du ciel au sens figuré. Elle s'inscrit dans une récurrence chaude très marquée observée depuis le début de la saison. En France, plusieurs analyses évoquent déjà des épisodes plus précoces, plus longs et plus fréquents, dans un contexte où le réchauffement climatique augmente la probabilité de ce type de séquences. Autrement dit, cette nouvelle offensive n'est pas un simple accident météo isolé. Elle s'ajoute à une série qui redéfinit progressivement les étés européens, avec des extrêmes plus fréquents, des records plus vulnérables et des périodes de récupération de plus en plus courtes. Il semble clair que l'Europe n'en a pas fini avec la chaleur extrême, et la France comme l'Espagne pourraient encore se retrouver au premier plan de cet été hors norme.
Avec la collaboration de Lucile Le Liboux, météorologue.
