Hiver 2026-2027 : et si le dernier super El Niño nous donnait des indices?
Pour deviner à quoi pourrait ressembler l’hiver 2026-2027, rien de mieux qu’un détour par 2015-2016, la dernière fois qu’un super El Niño a réchauffé le Pacifique autant qu’aujourd’hui. Petite enquête à la recherche d’indices.
En résumé :
l’hiver 2015-2016, dernier super El Niño, a été le troisième plus doux à Montréal et figure dans le top 3 de plusieurs régions du Québec;
malgré un déficit de neige, il a connu des tempêtes marquantes, du verglas et de grands écarts de température;
cette année, El Niño n’est pas tout à fait positionné au même endroit, et le vortex polaire pourrait aussi brouiller les cartes.
Un Pacifique qui fait de la fièvre
Le long de l’équateur, dans l’est du Pacifique, l’eau affiche actuellement une anomalie relative de 2,5 °C au-dessus de la normale. Quand cette immense baignoire se réchauffe autant, c’est toute la circulation atmosphérique qui s’en ressent, et même jusque chez nous. Pour trouver un épisode de cette ampleur, il faut remonter à l’hiver 2015-2016. Ouvrons le dossier.

Premier indice : un hiver qui s’est fait attendre
L’automne 2015 a manifestement joué les prolongations : Québec n’a reçu que 0,2 cm de neige en novembre, du jamais vu en 140 ans. Souvenez-vous : la veille de ce Noël, Montréal a atteint 16,9 °C et le mercure a dépassé localement les 20 degrés dans le sud du Québec. On aurait même aperçu le père-Noël en culottes courtes!

Noël a été vert, mais l’hiver a fini par se pointer le 29 décembre, avec près de 40 cm de neige à Montréal… et des orages en prime.
Deuxième indice : doux, mais pas endormi
L’hiver s’est classé au troisième rang des plus doux à Montréal, et il a battu des records à Québec, Sherbrooke et Val-d’Or. Il est tombé moins de neige que la normale, mais plus de précipitations au total, pluie et mélanges compris.
Le thermomètre a aussi fait du yoyo : ressenti de -40 à la Saint-Valentin, 51 cm de neige à Ottawa le 16 février, puis un verglas qui a privé 250 000 foyers d’électricité les 24 et 25 février. Le tout s’est déroulé sous un ciel plus gris que la normale, à quelques heures à peine du record de grisaille.
Un El Niño qui n’est pas une photocopie
Faut-il s’attendre au même scénario en 2026-2027? Pas nécessairement. En 2015, la plus forte anomalie était décalée vers le centre du Pacifique. Cette année, elle est plutôt tassée vers l’est, près de l’Amérique du Sud, ce qui n’a pas les mêmes effets sur l’atmosphère.

Et El Niño n’est pas seul à la barre : une perturbation du vortex polaire en cours pourrait favoriser des descentes d’air froid à la fin novembre ou même en décembre.

Les indices laissent entrevoir certaines ressemblances, mais l’enquête reste ouverte. El Niño tient peut-être le volant, mais le vortex polaire pourrait bien tirer sur le frein à main. Gardez votre tuque à portée de main, on sait jamais.
Avec la collaboration de Kevin Cloutier, météorologue.
