L’été au Québec pique déjà du nez et ça va s’accélérer
Continuons à profiter des terrasses, des piques-niques, des piscines et des journées à 30 degrés, car la mécanique de l’été n’a pas demandé notre avis : elle accélère sa transition vers l’automne.
Oui, nous l’avons fait, nous avons écrit cette saison dont on ne doit pas dire le nom. Mais qu’on le veuille ou non, la mécanique de l’été vient d’entrer dans une phase un peu plus sérieuse et le déclin de la belle saison s’accélère. Pas au point de parler d’automne demain matin, évidemment, mais assez pour que certains petits signaux commencent à s’accumuler, discrètement, presque poliment, furtivement, avant de devenir de plus en plus difficiles à ignorer.

Le sommet est déjà derrière nous
La première chose à comprendre, c’est que le pic moyen de chaleur de l’été ne tombe pas au même moment partout. Dans le sud-ouest du Québec, vers Montréal, Gatineau et Val-d’Or, l’apogée thermique se situe généralement autour du 19 juillet. À Québec, c’est plutôt vers le 23 juillet, puis autour du 25 juillet au Saguenay. Plus à l’est, il faut attendre encore un peu : Gaspé et Sept-Îles atteignent en moyenne leur sommet estival vers le 29 juillet. Autrement dit, selon les régions, le maximum normal de chaleur est passé depuis plus d’une semaine… ou vient tout juste de l’être.
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Et une fois ce sommet franchi, la pente descendante commence. Doucement au début, on ne s’en aperçoit presque pas. Mais notre déni ne pourra pas tenir le coup bien longtemps, car les signes vont s’accumuler. Première salve : le jour raccourcit, et il commence à le faire plus sérieusement. C’est probablement le moteur principal de cette impression de bascule. Après le solstice de juin, les journées diminuent déjà, mais au départ, la perte reste assez discrète. On parle de quelques secondes, voire une minute ici et là. Des chiffres que seuls les météorologues ou les geeks de météo remarquent.

De secondes en minutes
Sauf qu’en avançant dans la saison, cette baisse devient plus rapide. À Montréal, par exemple, la durée du jour augmente très vite entre l’hiver et le printemps, puis plafonne au début de l’été. Ensuite, la marche arrière s’amorce tranquillement, avant de devenir de plus en plus nette à partir d’août. On perd alors du temps d’ensoleillement à un rythme plus que symbolique. Et c’est là que le déni commence à devenir une stratégie un peu fragile. Au début du mois, c’est deux minutes et demie de soleil que l’on perd chaque jour. À la fin du mois, 3 minutes vont s’effacer chaque jour.

Les réserves de chaleur diminuent
La chaleur non plus ne disparaît pas d’un coup, mais elle commence à céder du terrain. Évidemment, ce n’est pas parce que le jour raccourcit que l’été s’effondre instantanément. Le sol, les villes, les plans d’eau et l’atmosphère ont emmagasiné beaucoup de chaleur. C’est d’ailleurs pour cette raison que les journées les plus chaudes de l’année arrivent majoritairement après le solstice et non au moment où les jours sont les plus longs et le soleil le plus haut dans le ciel. Mais une fois qu’on a atteint le sommet, la suite est assez prévisible : les maximums moyens commencent lentement à reculer.
Au Québec, les normales de fin août donnent une bonne idée de cette glissade. À cette période, on tourne autour de 24 °C à Montréal, 22 °C à Québec et 21 °C à Gaspé. On est encore en terrain estival, bien sûr, mais on n’est déjà plus dans le même chapitre que les grandes journées de juillet. En clair, la chaleur reste présente, mais tel un vétéran hockeyeur en fin de carrière, elle doit commencer à travailler un peu plus fort pour conserver sa place.

Au moins un point positif
Puis, les nuits fraîches commencent à reprendre confiance. Voilà au moins un élément positif à cette transition. S’il y a un signe que l’été commence doucement à lâcher prise, c’est souvent la nuit. À Montréal, les nuits sous 12 °C se font très rares au cœur de l’été. Mais à mesure qu’août avance, elles commencent à réapparaître un peu plus souvent. Pas nécessairement au point de jeter un coup d’oeil au thermostat dans la chambre à coucher, on va tout de même garder un minimum de dignité saisonnière, mais assez pour rappeler que l’air nocturne n’a plus tout à fait la même douceur qu’en plein mois de juillet.
Des matins plus habillés
Et c’est souvent ce retour des nuits plus fraîches qui change l’ambiance avant même que les journées deviennent franchement moins chaudes. Le matin sent un peu plus « fin d’été ». Les fenêtres restent ouvertes, mais en restreignant un peu plus la circulation. Et soudain, le café sur la terrasse à 7 h demande une petite négociation avec les manches longues et une recherche des pantoufles rangées depuis la fin du printemps.

La rareté du chiffre magique
Les 30 degrés ne disparaissent pas... mais ils se fatiguent. Même chose du côté des très chaudes journées. À Montréal, les journées à 30 °C ou plus peuvent encore survenir en août, mais leur fréquence tend à diminuer au même rythme que les bonnes résolutions du 1er janvier. On peut encore avoir un beau sursaut estival, parfois même une vraie poussée de chaleur, mais les statistiques deviennent un peu moins généreuses. C’est un peu comme si l’été voulait rester à la fête, mais commence discrètement à regarder l’heure.
Un déclin accéléré, mais pas une fin brutale
C’est là une nuance importante. Quand on dit que le déclin de l’été s’accélère, on ne veut pas dire que tout bascule d’un coup vers l’automne. On parle plutôt d’un changement de rythme. Les journées raccourcissent plus vite, les nuits fraîches réapparaissent un peu plus facilement, et les grandes chaleurs ont davantage besoin d’un contexte favorable pour revenir. Bref, l’été reste là mais perd peu à peu son avantage statistique. Ça ne l’empêchera pas de nous offrir encore de très belles journées. Août peut être superbe, chaud, humide, orageux, lumineux, parfois tout ça dans la même semaine. Mais la tendance de fond, elle, ne joue plus dans le même sens.
Le vrai début de la fin? Peut-être un peu
C’est probablement ça qui agace le plus : on sait très bien que l’été ne se termine pas aujourd’hui, mais on commence aussi à sentir qu’il n’est plus invincible. Les journées restent longues, mais un peu moins. La chaleur reste présente, mais un peu moins solidement installée. Et le concept de « on a le temps, l’été vient de commencer » perd rapidement de la crédibilité ou exige à tout le moins une bonne dose d’imagination et très peu de regards vers le calendrier.
Avec la collaboration de Dr Patrick Duplessis, météorologue.
