El Niño : la Californie déclare l’état d’urgence, voici pourquoi

La Californie préfère se préparer trop tôt que trop tard. Face à un El Niño qui pourrait devenir historique cet automne et cet hiver, le gouverneur de l’État a déclaré l’état d’urgence. Voici pourquoi.


L'état d'urgence, rien de moins

Le signal est fort, et il arrive tôt dans la saison. Le 21 septembre, le gouverneur de la Californie, Gavin Newsom, a proclamé l’état d’urgence à l’échelle de l’État pour mieux préparer la Californie à un hiver qui pourrait être fortement influencé par un super El Niño. Dans son communiqué, l’État évoque la possibilité d’une saison de tempêtes marquée par des épisodes plus fréquents et plus intenses, avec davantage de risques d’inondations, de glissements de terrain, de coulées de débris, d’érosion côtière et de fortes vagues.

NINO1 (1)

Des eaux qui approchent d'un record absolu

La décision n’a rien d’un geste symbolique. Elle reflète l’inquiétude grandissante autour de l’évolution de la situation dans le Pacifique est, où les eaux de surface sont actuellement exceptionnellement chaudes dans la région dite Niño 3.4. Les données indiquent une température proche de 29,7 °C en cette fin de septembre, un niveau qui flirte avec les records observés lors du très fort épisode d’El Niño de 2015-2016.

Pourquoi El Niño inquiète autant cette année

El Niño est un phénomène climatique qui se produit lorsque les eaux du centre et de l’est du Pacifique équatorial deviennent anormalement chaudes. Ce réchauffement perturbe ensuite la circulation atmosphérique à grande échelle, ce qui peut modifier les trajectoires des systèmes météo bien au-delà du Pacifique. Selon les experts cités par la Californie, il y a plus de 90 % de probabilité que l’épisode atteigne une intensité très forte cet automne et cet hiver, et environ 75 % de probabilité qu’il devienne carrément historique. En Californie, un El Niño fort est souvent associé à un hiver plus agité, surtout dans le sud et le centre de l’État. Cela ne veut pas dire qu’il pleuvra tous les jours. Mais ça augmente la probabilité de voir des tempêtes plus costaudes, parfois alimentées par des rivières atmosphériques capables de déverser des quantités d’eau importantes sur des sols déjà fragilisés.

Les effets possibles en Californie

C’est en Californie que les conséquences pourraient être les plus concrètes et les plus immédiates. Dans un scénario de super El Niño, l’État se prépare à:

  • des épisodes de pluie plus intenses;

  • davantage d’inondations urbaines et fluviales;

  • des glissements de terrain sur les versants sensibles;

  • des coulées de débris, notamment près des zones incendiées;

  • de l’érosion côtière;

  • et des épisodes de fortes vagues qui pourraient malmener le littoral.

NINO4 (1)

Le sud de la Californie est souvent particulièrement vulnérable dans ce type de configuration, mais le risque ne se limite pas à cet État. L'ensemble de la côte ouest pourrait être exposé aux débordements, aux glissements de terrain et à la mer forte. Plus à l’intérieur, la Sierra Nevada pourrait aussi recevoir davantage de neige, ce qui peut aider les réserves en eau, mais compliquer les transports et la gestion des tempêtes hivernales. En d’autres mots, un super El Niño ne veut pas dire simplement “plus de pluie”. Cela veut dire plus d’extrêmes.

Ce que la Californie est en train de faire

Le communiqué du gouverneur insiste sur une idée simple: il vaut mieux préparer les équipes et les infrastructures avant que les premières grosses tempêtes ne débarquent. L’état d’urgence permet notamment de mobiliser plus rapidement les ressources de l’État, accélérer la préparation des services d’urgence, positionner à l’avance des équipements comme des sacs de sable, des pompes et du matériel de lutte contre les inondations, faciliter l’intervention de la Garde Nationale si nécessaire et accélérer certaines démarches administratives ou de permis liées aux travaux de prévention.

Le contenu continue ci-dessous

Dans les faits, il s’agit presque d’un état de préparation généralisée. Des agences liées à l’environnement, aux ressources naturelles, aux transports et à la sécurité publique sont appelées à se coordonner de façon plus étroite. L’objectif est d’éviter d’être pris de court par une série de tempêtes semblables à celles qui ont déjà frappé l’État ces dernières années.

Des contrastes marqués

El Niño ne touche pas seulement la Californie. Ses répercussions s’étendent habituellement à une bonne partie du continent. Pour l’hiver, on s’attend généralement à voir des conditions plus douces sur une grande partie du nord des États-Unis et du Canada, un plus grand risque de tempêtes, de fortes pluies et de tornades dans une partie du sud des États-Unis et des conditions potentiellement plus humides dans certaines portions du sud-ouest américain.

Et au Canada?

Au Canada, El Niño est souvent synonyme d’un hiver plus doux que la normale. Les données des récents épisodes de fort El Niño pointent vers un hiver 2026-2027 plus doux probable à l’échelle canadienne. Cela ne veut pas dire absence de froid ou de tempêtes, bien sûr. Mais on peut s’attendre, en moyenne à des redoux plus fréquents, à moins de longues vagues de froid et à un hiver plus irrégulier. Dans l’ouest du pays, la douceur pourrait être particulièrement marquée.

NINO3 (1)

Et au Québec?

Pour le Québec, El Niño réduit souvent la fréquence des grandes descentes d’air arctique, sans les éliminer complètement. Autrement dit, le Québec pourrait connaître moins de longues séquences de froid intense, plus d’épisodes de douceur et un hiver parfois plus variable, avec des allers-retours entre neige, pluie et redoux. Ce n’est pas forcément un “petit hiver tranquille”, mais cela peut ressembler à une saison plus capricieuse, moins stable, où les épisodes de froid profond sont plus espacés. Pour les amateurs de neige, ce type de configuration peut compliquer les choses, parce qu’un hiver plus doux augmente souvent le risque de mélanges de précipitations, de pluie verglaçante ou de redoux en plein cœur de la saison.

NINO2 (1)

Une menace difficile à prévoir

C’est là toute la difficulté avec El Niño. On sait assez bien ce qu’il favorise à grande échelle. On sait beaucoup moins précisément où et quand tomberont les tempêtes les plus marquantes plusieurs mois à l’avance. La Californie ne déclare donc pas l’état d’urgence parce qu’une tempête précise est déjà sur les radars, mais parce que l’environnement climatique de l’hiver à venir semble assez menaçant pour justifier une mise en alerte. En quelque sorte, l’État se prépare à une saison, pas à un seul système.

Avec la collaboration d'Alexis Vazquez, météorologue.

EN IMAGES : 5 créatures sous-marines étranges et extraordinaires