Un « super El Niño » est confirmé : voici ce que cela signifie
On s’en doutait, c’est maintenant confirmé : on entre dans un épisode de « super El Niño ». Voici en détail ce que cela signifie.
En bref :
Les eaux de surface du Pacifique sont 2 degrés plus chaudes que la normale;
C’est la température la plus élevée jamais observée à cette date;
La température de surface du Pacifique est tout près du record de tous les temps de novembre 2015.
À pleine vitesse
El Niño vient de franchir un seuil rarement atteint. Le phénomène climatique, déjà qualifié de fort depuis plusieurs mois, s'est officiellement transformé en Super El Niño, un statut qui témoigne de l'ampleur exceptionnelle de cet épisode. Déclaré dès le mois de juin, El Niño s'est intensifié à un rythme effréné, et il n'a pas encore atteint son plein potentiel.

Des chiffres qui confirment l'ampleur du phénomène
Dans la zone Niño 3,4 qui est le secteur clé du Pacifique tropical utilisé pour mesurer la force d'un épisode El Niño, l'anomalie de température de surface a atteint +2,0 °C le 14 septembre, un niveau qui correspond au seuil de l'appellation Super El Niño. Plus à l'est, dans la zone Niño 1+2, près des côtes de l'Amérique du Sud, l'anomalie grimpe même à +3,7 °C.

Autre signal à surveiller : la température des eaux de surface dans la zone Niño 3,4 a atteint 29,6 °C, une valeur qui talonne désormais le sommet enregistré à la fin de 2015, lors du dernier grand épisode El Niño. Étant donné qu'El Niño continue de s'intensifier et qu'il n'atteindra son pic qu'au cours des prochains mois, il est fort probable, voire presque certain que ce record de 2015 soit surpassé sous peu.
Un long règne
Selon les plus récentes prévisions saisonnières, les probabilités d'un Super El Niño tiennent bon jusqu’au début de l’hiver de novembre à janvier, dépassent 90 %. Certains experts évaluent même à environ 70 % la probabilité que l'épisode actuel devienne le plus fort jamais enregistré depuis le début des relevés en 1950, avec un pic d'intensité attendu entre octobre et décembre.

Plus de probabilités, pas une garantie de catastrophes
Il est important de bien comprendre ce qu'implique un Super El Niño : il ne s'agit pas d'une garantie que des événements météorologiques extrêmes se produiront partout sur la planète. On ne parle pas non plus de catastrophes météorologiques d’une intensité jamais vue, mais plutôt d'une hausse marquée de la probabilité que de tels événements surviennent. Un El Niño très fort augmente la quantité totale de chaleur et de vapeur d'eau disponible dans l'atmosphère et modifie les trajectoires des systèmes météorologiques, ce qui accroît les risques de sécheresses, d'inondations et de vagues de chaleur dans certaines régions, sans que cela se traduise nécessairement par un désastre partout où le phénomène se fait sentir.
Un phénomène qui va laisser des traces
Les effets temporaires de ce Super El Niño devraient aussi amplifier ceux du réchauffement climatique de longue date, ce qui devrait faire augmenter considérablement les probabilités de records de température à l'échelle mondiale au cours de la période 2026-2027. Le mois d'août dernier a d'ailleurs été le plus chaud jamais enregistré sur Terre, un signe potentiellement avant-coureur d'une séquence de chaleur record qui pourrait culminer avec une année 2027 particulièrement chaude.
Des effets déjà bien réels
Certaines répercussions d'El Niño se font déjà sentir concrètement. Dans le Pacifique Est, la saison des ouragans a explosé : au moins 16 systèmes, incluant deux ouragans de catégorie 5, s'y sont déjà formés. Hawaï a dû composer avec trois systèmes tropicaux en moins d'un mois. Quatorze de ces tempêtes ont pris naissance dans le Pacifique Est, qui devrait dépasser sa moyenne saisonnière habituelle bien avant la fin de la saison.

En Indonésie, les conditions particulièrement sèches associées à El Niño ont alimenté d'importants feux de forêt, la végétation asséchée servant de combustible et les faibles précipitations limitant les efforts pour maîtriser les incendies.
Ce qu'il faut retenir pour l'hiver à venir
Bien qu'El Niño soit déjà un joueur majeur dans le portrait climatique actuel, son influence la plus marquée sur les régimes hivernaux va surtout se faire sentir au cours des prochains mois, alors qu'il va continuer de s'intensifier avant d'atteindre son pic. Ce sera à ce moment-là qu'il va commencer à jouer pleinement son rôle dans la dynamique des courants-jets qui vont déterminer les conditions hivernales en Amérique du Nord.
Avec la collaboration de Nicolas Lessard, météorologue.
