Avril ne sera peut-être pas comme vous le souhaitez
L'histoire météorologique démontre que les ingrédients pour une chaleur durable sont difficiles à rassembler en avril.
En bref :
Avril est le mois le plus frais du printemps, en termes d'écart à la normale, 44 % du temps depuis 2010;
C'est le mois de l'année qui a connu le plus faible réchauffement à Montréal ces dernières décennies;
Les conditions froides sont souvent accentuées par un blocage atmosphérique tenace au Groenland.
La difficile recette de la chaleur
En avril, le Québec se trouve souvent entre deux scénarios atmosphériques opposés. Une première possibilité, c’est qu’on retrouve le contexte idéal pour la chaleur : la présence de l'anticyclone des Bermudes combinée à des dépressions remontant au nord-ouest, ce qui permet à l'air chaud du sud de remonter jusqu'à nos latitudes.

Une autre possibilité, c’est qu’on se retrouve plutôt dans une situation de blocage avec un anticyclone figé au Groenland. Cette configuration embouteille l'air froid sur une vaste portion du Canada, allant du nord-ouest du pays jusqu'au Québec.

Le problème, c'est qu'entre ces deux scénarios, le blocage froid a tendance à prendre le dessus en avril. « C'est assez difficile de réunir tous les éléments [du scénario chaud], explique le météorologue Kevin Cloutier, et encore plus qu’ils restent positionnés ainsi pour une durée prolongée. »
Avril en dernière position du réchauffement climatique
Autre élément qui joue contre la chaleur en avril : si l'on compare la température moyenne à Montréal entre les périodes de 1961-1990 et 1991-2020, les données révèlent que c’est le mois de l'année qui s'est le moins réchauffé. « Tous les mois de l'année se réchauffent, mais certains mois se réchauffent plus vite que d'autres et le dernier, c'est avril », souligne le météorologue.

Avril est aussi le champion des anomalies froides et des précipitations parmi les trois mois du printemps. Depuis 2010, les chiffres démontrent qu'il s'avère le mois le plus frais du printemps en termes d'écart à la normale sept fois sur seize (44 % du temps). Il est également le mois printanier le plus riche en précipitations (neige et pluie incluses) dans 56 % des cas.

Des seuils printaniers possiblement retardés
Dans ce contexte, il ne faut donc pas s'attendre à une montée impressionnante du mercure vers la saison estivale. Même si quelques brèves poussées d'air doux restent possibles, l'installation d'une douceur durable se fait souvent désirer. D'ordinaire, la région de Montréal connaît ses premiers 10 degrés durables autour du 12 avril, et ses premiers 20 degrés vers le 17 avril.
« Fait intéressant, l'installation des 20 degrés durables se fait en moyenne le 20 mai dans le sud du Québec, indique Kevin Cloutier. Cela montre à quel point le printemps peut jouer avec notre patience, car on doit généralement attendre un mois entre la première occurrence et l'installation durable. »
