Une bombe météo frappe à un endroit inusité
C’est un système qui, sur papier, porte un nom de cyclone extratropical, mais qui, sur le terrain, se comporte comme un ouragan qui s’apprête à frapper l’Islande. Voici les détails de cet événement d’exception.
Une tempête qui se prend pour un ouragan
Un système dépressionnaire très musclé traverse l'Atlantique Nord et s’apprête à frapper l'Islande d'ici jeudi. Au menu: vents violents, pluies abondantes, blizzard, vagues énormes, et une pression atmosphérique si basse qu'elle rivalise avec celle d'un ouragan. Ce n'est pas tous les jours qu'on voit une dépression se creuser de près de 50 hPa en 24 heures aussi loin au nord. On parle quand même du 64e parallèle, soit encore plus au nord qu’Iqaluit au Nunavut. C'est pourtant exactement ce qui se produit actuellement dans l'Atlantique Nord. C'est cette chute vertigineuse qui lui vaut le qualificatif de « bombe météo ».
Qu'est-ce qu'une bombe météo?
Le terme correspond à un critère précis: une dépression qui se creuse d'au moins 24 hPa en 24 heures. Ici, on est nettement au-delà du seuil. On parle d'une intensification deux fois plus rapide que ce qui suffit déjà à qualifier une bombe météo. C'est ce qui explique pourquoi les autorités en Islande parlent d'un système « exceptionnellement profond » et pourquoi les avertissements ont grimpé aussi vite.

Des vents jusqu'à 130 km/h et plus
L'Office météorologique islandais étend ses avertissements orange au fur et à mesure que les modèles se précisent. Dans le sud de l'Islande, les vents les plus forts sont attendus en matinée. Des vents allant jusqu'à 100 km/h sont prévus, soit environ 65 à 100 km/h, avec des rafales localisées pouvant frôler les 150 km/h.
La pression: la marque de l'exception
C'est ici que le parallèle avec un ouragan devient le plus frappant. Une pression centrale de 930 hPa se situe dans la même gamme qu'un ouragan majeur. Pour donner un repère, les ouragans de catégorie 3 et 4 évoluent souvent entre 940 et 960 hPa, et les systèmes de catégorie 5 descendent sous la barre des 920 hPa. Une dépression extratropicale à 930 hPa, c'est donc du calibre d'un ouragan de forte intensité. La différence est dans la nature du système, pas dans sa force. Une bombe météo est un cyclone extratropical dont l’énergie vient du contraste de température entre les masses d'air, et non de la chaleur de l'océan comme dans un système tropical. Mais quelqu’un qui va avoir le malheur de passer la journée dehors en Islande va trouver la distinction plutôt théorique.

Pluie au sud, blizzard au nord-ouest
Les précipitations vont se répartir de façon très contrastée selon les régions. Dans un premier temps, les basses terres du sud devraient recevoir les pluies les plus abondantes. Puis, à mesure que le centre de la dépression va traverser le pays, les vents vont basculer au nord dans le nord-ouest, et là, le scénario va complètement changer. Dans le nord-ouest, on attend des conditions de blizzard, avec de la neige et du grésil en quantité considérable. Autrement dit, le même système produit de la pluie battante au sud et une tempête de neige au nord-ouest, à quelques heures d'intervalle.
Des vagues de 15 mètres
Côté océan, les chiffres sont tout aussi impressionnants. Le système pourrait produire des vagues de plus de 15 mètres au large. Plus près des côtes du nord-est du pays, la hauteur des vagues pourrait atteindre 10 m alors que le long du littoral, on parle de 4 à 6 mètres, ce qui reste considérable. Les côtes islandaises doivent donc se préparer à de hautes vagues, à une élévation du niveau de la mer et à un risque d'inondations côtières.

Ce qui est attendu sur le terrain
Concrètement, les autorités avertissent que le vent pourrait causer des dommages non seulement aux objets non fixés, mais même à certaines structures. Des pannes de courant sont probables, et les déplacements devraient être limités, en particulier dans les régions sous avertissement orange. Les météorologues islandais ont multiplié les appels à la prudence et à la préparation dans les jours précédant l'arrivée du système.
Pourquoi c'est rare
Une dépression à 930 hPa près de l'Islande, ce n'est pas inédit, mais c'est loin d'être courant. Ce qui rend cet événement particulièrement notable, c'est la vitesse de creusement: en 24 heures, le système passe d'un état déjà sérieux à un état exceptionnel.
Avec la collaboration de Jiuliete Desmarais Juarez, météorologue.
