« Super El Niño » : l’Atlantique et le Pacifique déréglés
Vance est devenue la 23e tempête tropicale de la saison dans le Pacifique Est, mercredi en fin de journée, ce qui poursuit une tendance exceptionnelle… et tout à l’opposé de ce qu’on observe dans l’Atlantique.
En bref :
Vance est devenue la 23e tempête tropicale dans le Pacifique Est et menace de se transformer en ouragan majeur d’ici vendredi;
Record absolu d'énergie cyclonique accumulée (ACE) dans ce bassin;
À l’inverse, l’Atlantique connaît une accalmie historique;
Le « super El Niño » en cours en est responsable, stimulant l'activité dans le Pacifique tout en la freinant dans l'Atlantique.
Vance poursuit une séquence hors norme dans le Pacifique
Une dépression qu’on suivait mercredi dans le Pacifique Est est officiellement devenue la tempête tropicale Vance en fin d’après-midi. Celle-ci devrait continuer de s’intensifier rapidement pour devenir un ouragan, potentiellement majeur (catégorie 3 ou plus), d’ici vendredi.

« La saison 2026 est très active dans le Pacifique Est : on compte, avec Vance, 23 tempêtes tropicales, dont 12 ouragans et 10 ouragans majeurs. Alors vraiment, c'est exceptionnel », explique le météorologue Kevin Cloutier.
L’énergie cyclonique accumulée (l’indice ACE), qui mesure l’intensité et la durée d’un cyclone et qu’on peut additionner pour obtenir le total de tous les systèmes d’une saison, témoigne de ce niveau d’activité historique.
Au 20 octobre, l’indice atteignait 342,7 dans le Pacifique Est, dépassant l’ancienne marque de 318,1 établie en 2018. La moyenne à pareille date est de 124,6.

Par ailleurs, avec la formation de Vance, il ne reste plus que quatre noms (Winnie, Xavier, Yolanda et Zeke) sur la liste officielle des noms de systèmes tropicaux pour le Pacifique Est en 2026. C’est l’Organisation météorologique mondiale qui gère des listes différentes pour chaque bassin.
« Si l'activité tropicale se maintient dans les prochaines semaines, il n'est pas exclu qu'on ait à recourir à la liste secondaire de noms, ce qui serait une première dans le Pacifique Est », souligne Kevin Cloutier.

El Niño sème le chaos, mais pas seulement…
Pendant que ça brasse dans le Pacifique, le bassin Atlantique bat aussi des records… de calme. « Dans l'océan Atlantique, c'est l'accalmie qui est hors norme. On a eu un record au niveau du premier ouragan le plus tardif de l'histoire de ce côté », note Kevin Cloutier.
En effet, il a fallu attendre le 7 octobre et l’ouragan Isaias pour voir le premier (et seul) ouragan de la saison jusqu’à maintenant. Auparavant, les premiers ouragans les plus tardifs depuis 1966 s’étaient manifestés le 11 septembre (soit Gustav, en 2002, et Humberto, en 2013).
D’ailleurs, preuve que cette saison est décidément bizarre dans l’Atlantique, la tempête subtropicale Josephine vient tout juste de s’y former à partir d’une tempête côtière (de type « nor'easter ») qui a acquis des caractéristiques subtropicales le long de la côte est américaine.

Le phénomène El Niño particulièrement fort qui sévit actuellement est responsable du dérèglement dans les deux bassins (Pacifique et Atlantique). On parle d’El Niño lorsque la température de surface de l’eau dans la zone Niño 3.4 du Pacifique équatorial dépasse la normale d’au moins 0,5 °C, et de « super El Niño » lorsque l’anomalie franchit le cap des +2 °C. Cette anomalie atteint déjà +2,4 °C pour cet épisode.
Ce réchauffement bouscule la circulation atmosphérique et a des effets sur la météo à l’échelle mondiale. Pour ce qui est de la saison des ouragans, on observe, évidemment, des eaux plus chaudes dans le Pacifique Est avec une atmosphère plus instable et un faible cisaillement des vents. C’est le contraire dans l’Atlantique, où des eaux plus froides et un fort cisaillement des vents inhibent le développement des tempêtes.