Des records par centaines : ces régions cuisent sous un dôme de chaleur
Des températures dignes du coeur de l’été sont observées de façon très hâtive dans plusieurs pays d’Europe, et la situation inquiète car elle pourrait durer. Explications.
En bref :
Plus de 200 records de chaleur pour un mois de mai battus au cours des trois derniers jours;
Maximum prévu de 32 °C à Londres mardi près de 12°C au-dessus de la normale;
8 records mensuels datant d’au moins 80 ans ont été fracassés au Royaume-Uni.
De grands écarts
L'ouest de l’Europe traverse un épisode de chaleur précoce, remarquable et durable, avec des températures qui fracassent des records dans plusieurs centaines de stations météorologiques. La situation est prise au sérieux, d’abord parce qu’elle survient très tôt dans la saison, mais aussi parce qu’elle s’étire sur plusieurs jours, avec des écarts parfois de 10 à 15 degrés au-dessus des normales dans certaines régions.

Une chaleur anormale pour la fin mai
La France figure parmi les pays les plus touchés par cet épisode. Météo-France décrit un événement précoce, remarquable et durable, avec une ambiance estivale généralisée et une hausse rapide du mercure en quelques jours. L’organisme souligne que les températures atteignent localement des valeurs allant de 9 à 12 degrés au-dessus des normales de saison, ce qui est particulièrement inhabituel pour cette période de l’année. Au total, 13 départements de l’Ouest du pays en vigilance jaune canicule, le premier niveau d’alerte de ce dispositif, normalement activé seulement à partir du 1er juin. Il s’agit de la première vigilance jaune canicule activée en mai depuis la création du dispositif en 2004.
Le phénomène ne se limite pas à la France. Le Portugal, l’Espagne, le Royaume-Uni et d’autres secteurs d’Europe occidentale subissent eux aussi cette poussée de chaleur, avec des maximums qui dépassent largement les 30°C et, dans les régions les plus exposées, des pointes qui approchent, voire dépassent les 35°C.
Des records mensuels
Cet épisode établit de nouveaux records de chaleur pour un mois de mai, et d’autres pourraient tomber au cours des prochains jours en raison d’un dôme de chaleur qui s’est mis en place et a permis à l’air chaud de s’accumuler et de s’étendre vers le nord. Ce qui rend la situation particulièrement préoccupante, ce n’est pas seulement la chaleur absolue, mais le moment où elle survient. À la fin mai, les populations, les bâtiments et certaines infrastructures ne sont pas encore acclimatés à des conditions aussi intenses qu’en plein été.

Des records à la tonne
À Brest notamment, le mercure a atteint 28,9 °C durant le week-end, fracassant un record de 2017. Notons que Brest est situé au nord-ouest de la France, en bordure de l’Atlantique, et sur un parallèle semblable à Rouyn-Noranda. Une telle température est exceptionnelle pour cette région, le maximum moyen étant d’à peine 16 °C à cette période de l’année. Plus de 200 records pour un mois de mai ont été battus au cours des trois derniers jours. Parmi ceux-ci, 8 records battus au Royaume-Uni dataient de plus de 80 ans.
Mardi, le maximum pourrait atteindre 33 °C à Londres, une ville qui est loin d’être reconnue pour son climat tropical. Les souvenirs des jeux olympiques d’hiver seront bien loin à Milan, alors que le thermomètre pourrait atteindre 34 °C mardi.

Pourquoi cette chaleur est-elle préoccupante ?
Une vague de chaleur en début de saison peut avoir des effets plus marqués qu’un épisode comparable en juillet ou en août. Le corps humain est moins acclimaté, les logements ne sont pas toujours préparés, et plusieurs pays européens connaissent déjà des vulnérabilités importantes face à la chaleur extrême. Les personnes âgées, les jeunes enfants, les travailleurs extérieurs et les personnes souffrant de maladies chroniques sont particulièrement à risque. Il faut aussi surveiller les impacts potentiels sur :
la santé publique;
les réseaux électriques;
l’agriculture;
le risque d’incendie, surtout dans les secteurs déjà secs.
Combien de temps la situation doit-elle durer?
C’est l’un des aspects les plus notables de l’événement : il ne s’agit pas d’une simple poussée chaude de 24 heures. Météo-France parlait d’un épisode durable, appelé à se maintenir au moins durant une bonne partie de la semaine. Des prévisions citées dans plusieurs médias indiquent que cette chaleur devrait persister jusqu’en début de semaine, voire au-delà dans certaines régions, notamment là où les conditions sèches et stables restent dominantes. Autrement dit, la question n’est plus seulement de savoir à quel point il fera chaud, mais combien de jours consécutifs cette chaleur pourra tenir.
Ne pas sauter aux conclusions
Il faut rester prudent avant d’attribuer un seul événement directement aux changements climatiques. Mais dans un climat qui se réchauffe, les vagues de chaleur précoces, intenses et durables deviennent plus probables, plus fréquentes et souvent plus sévères. L’Europe a déjà connu plusieurs épisodes fatals pour des milliers de personnes ces dernières années. Dans ce contexte, chaque nouvelle vague de chaleur importante soulève les mêmes questions sur l’adaptation des villes, des systèmes de santé et des infrastructures.
Une situation à suivre de près
Pour l’instant, la situation demeure évolutive selon les pays et les régions, mais le constat général est clair : l’Europe vit un épisode météorologique sérieux, avec des températures exceptionnellement élevées pour la fin du mois de mai et une durée suffisante pour accroître les risques. Quand la chaleur s’installe si tôt et avec autant d’ampleur, ce n’est plus seulement une météo d’été avant l’heure, c’est un signal d’alerte.
Avec la collaboration de Lucile Le Liboux, météorologue.
