Le nectar se dégrade : une très mauvaise nouvelle pour cette magnifique créature

Une équipe de chercheurs canadiens de l’université d’Ottawa a découvert qu'une petite modification du climat met à risque la survie des papillons monarques. Ces champions de la migration risquent de ne plus être en mesure de faire le long parcours entre nos régions et les montagnes mexicaines, un périple de plus de 4000 km qu’ils entament chaque année à l’arrivée du temps froid.

Pollinisateurs plus à risque

L’impact des changements climatiques sur la biodiversité mondiale est reconnu. De nombreuses espèces vont voir leur survie hypothéquée par le réchauffement de la planète. Selon les auteurs de cette recherche, le monarque est lui aussi directement menacé car les pollinisateurs sont aux premières lignes des espèces les plus touchées. En effet, la modification du climat désynchronise le cycle de vie et la floraison des plantes dont ils se nourrissent, rehaussant grandement le risque de famine chez plusieurs espèces. La hausse des températures est aussi responsable de la destruction de leur habitat naturel. La disparition de certaines colonies de pollinisateurs met à risque la sécurité alimentaire mondiale.

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Une étude bien différente des précédentes

L'étude se concentre sur trois espèces de plantes nectarifères couramment utilisées par les monarques à la fin de la saison : Symphyotrichum novae-angliae, Solidago canadensis, et Monarda fistulosa. Les études antérieures ont principalement examiné les effets directs de la chaleur sur les insectes, mais moins sur les effets indirects via les plantes. Les chercheurs ont mesuré la croissance des plantes, le moment de la floraison, le nombre de fleurs et la concentration de sucre dans le nectar. Ils ont également évalué l'impact de ces changements sur la composition corporelle des monarques.

Une façon de faire novatrice

Pour réaliser leur recherche, les scientifiques ont construit de petits enclos hermétiques sans toit. Ainsi il leur était possible d’augmenter la température d’une partie du jardin de fleurs. Le but de ces structures était d’évaluer l’impact du réchauffement climatique sur la qualité du nectar des fleurs de fin de saison, tout en permettant aux monarques de quitter la zone une fois rassasiés et retourner vivre dans un climat normal. Sur une période de 5 jours, ils ont pu comparer les monarques adultes qui se nourrissaient du nectar chauffé avec ceux qui consommaient celui des fleurs situées dans un environnement au climat normal.

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Des chiffres éloquents

Les chercheurs ont pu constater que même une petite hausse de la température avait un impact sur la qualité et la quantité du nectar produit par les fleurs. Selon l’étude, une hausse de seulement 0,6 °C diminue de 12,9 % la quantité de nectar. On assiste également à une baisse de 24 % de la concentration de sucre contenu dans le nectar. Cette dégradation de la qualité du nectar se traduit par une diminution de 26 % des graisses dont se sert la papillon pour emmagasiner l’énergie qui lui sera nécessaire pour son long voyage vers le Mexique. Ils ont aussi pu conclure que même si le papillon consommait plus de nectar ça ne changerait rien car la valeur nutritive du nectar n’est pas assez élevée pour compenser.

La recherche met en lumière l’importance d’identifier les espèces de fleurs dont la production de nectar n’est pas modifiée par le réchauffement climatique, afin de favoriser la survie des monarques. L’étude démontre aussi que nous devons mettre en place des stratégies de restauration de l’habitat du monarque.


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