
En s'asséchant, les lacs génèrent un risque insoupçonné
Des chercheurs de l'Académie chinoise des sciences géologiques, basée à Pékin, ont réussi à établir un lien entre la disparition de deux lacs au Tibet et l’augmentation du risque sismologique qu’engendre cette modification du paysage de cette région autonome de la Chine surnommée «Le toit du monde».
Diminuer la pression sur le manteau terrestre
Selon leur étude, la disparition de ces plans d’eau aurait réactivé des failles de la croûte terrestre. Il y a environ 100 000 ans, il y avait dans le centre et le sud du Tibet plusieurs lacs de plus de 200 km de long. Ceux-ci ont aujourd’hui disparu ou sont beaucoup plus petits. Les plus vastes ne font maintenant que 75 km de long. Les grands plans d’eau exercent une forte pression sur le manteau terrestre. Lorsqu’ils disparaissent, la croûte se soulève pour reprendre sa forme originale.

Des failles réactivées
Le sud du Tibet est reconnu pour son activité sismique, car il est situé à la rencontre de deux plaques tectoniques qui convergent l’une vers l’autre. Depuis 50 millions d’années la rencontre de la plaque de l’Inde et celle de l’Eurasie cause un stress sur la croûte terrestre. Ce stress s’est traduit par le formation de la chaîne de l’Himalaya. La création de la plus importante chaîne de montagne au monde est responsable de la formation de nombreuses failles dans la croûte terrestre dissimulées dans le sous-sol de la région. Ce sont ces failles qui deviennent plus actives alors que le poids qui les stabilisait disparaît de plus en plus chaque année. En janvier 2025 un séisme de 7,1 avait secoué la région et fait plus de 125 morts.
Moins d’eau plus de mouvement
Selon les chercheurs, la disparition des lacs est responsable d'un mouvement dans les failles variant entre 15 m et 70 m selon la région, depuis des milliers d’années. C’est notable mais pas énorme, car chaque année le mouvement à l’intérieur des failles se situe entre 0,2 mm et 1,6 mm. En comparaison, la faille de San Andréas en Californie bouge en moyenne de 20 mm chaque année. La différence de poids sur la croûte terrestre causée par la disparition de l’eau est directement responsable de la libération du stress sur le manteau terrestre s’étendant sur une longue période de temps, conclut l’étude.

Une mesure très loquace
Les scientifiques ont analysé le calcul du stress de Coulomb pour arriver à leurs conclusions. Celui-ci est une mesure géophysique qui évalue la probabilité de rupture d’une faille. Plus la mesure de stress augmente, plus on assiste à une élévation du risque de rupture. Ils ont également pu déterminer que les variations dans le mouvements des failles sont plus importantes près des lacs disparus que celles qui sont à une plus grande distance.

Des risques liés au climat
On a assisté à un mouvement de la croûte terrestre similaire à la suite du retrait de la glace à la fin de la dernière période glaciaire il y a 10 000 ans. Selon les scientifiques, il y a d'autres facteurs qui peuvent avoir une influence similaire sur la croûte, comme des fortes pluies, l’érosion ou un glissement de terrain. Tous ces événements modifient le stress sur les failles géologiques. Ainsi leurs mouvements peuvent être accélérés ou ralenti. L’étude conclut qu’il y a un lien entre les processus climatiques et la déformation du manteau, car chaque événement hydrologique influence les mouvements tectoniques.
