À cause d’El Niño: les arbres prennent une pause

Les forêts tropicales sont d’immenses puits de carbone. Cet écosystème est un des éléments naturels les plus efficaces pour absorber et séquestrer le CO2 contenu dans l’atmosphère. Selon une récente étude, ce processus est interrompu lors d’épisodes d’El Niño. Malheureusement, la fréquence d’El Niño est à la hausse, tout comme nos émissions.

Du carbone pour grandir

La plus grande forêt du monde, l'Amazonie, contient à elle seule 123 milliards de tonnes de carbone. C’est plus que n’importe quel écosystème sur Terre. Une équipe d’une centaine de chercheurs s’est penchée sur l’impact du phénomène El Niño sur les arbres des forêts tropicales. C’est lors du processus de photosynthèse que les arbres transforment le carbone en biomasse. C’est-à-dire qu’ils utilisent le carbone pour créer de nouvelles feuilles ou aiguilles et de nouvelles branches et ainsi croître.

Un mécanisme de survie qui a l’effet contraire

L’évapotranspiration est le mécanisme par lequel la végétation respire. Celle-ci et la photosynthèse dépendent directement de deux facteurs: la température de l’air et l’accès à l’eau. Lors de vagues de chaleur ou de sécheresse, les arbres ferment les pores de leurs feuilles afin de conserver l’eau déjà absorbée. Ceci empêche par le fait même l’arbre de consommer du carbone avec ses feuilles. Si l’arbre ne respire plus, il suffoque.

De plus en plus d’El Niño

Lors d’épisode El Niño, caractérisé par de longues périodes de chaleur, on remarque une réduction de la croissance des arbres et une augmentation de leur taux de mortalité. Les chercheurs ont observé que lors de l’épisode 2015-2016 d’El Niño, les températures enregistrées en Amazonie étaient plus d’un degré supérieur à la moyenne climatique. Ce faisant, la forêt sud-américaine a complètement stoppé son absorption de carbone. C’est d’autant plus inquiétant, qu’un super El Niño est en train de s’installer dans le pacifique. Celui-ci devrait atteindre son apogée à la fin de l’automne. De plus, la fréquence d’épisodes de super El Niño a doublé depuis les soixante dernières années par rapport aux soixante années précédentes.

Plus gros, plus à risque

Pour réaliser leur étude, les chercheurs ont compilé des mesures prises sur un demi-million d’arbres dans six pays d'Amérique latine pendant plus de 30 ans. Ces données ont servi à établir la quantité de carbone contenu dans les forêts tropicales. Ce sont les gros arbres qui souffrent le plus lors d’épisode d’El Niño. En moyenne, le taux de mortalité des arbres passe de 1,8 % à 3 % pendant un El Niño. Ce taux double pour les arbres dont le tronc a un diamètre de plus de 20 cm. Lors de sa décomposition, un arbre relâche tout le carbone accumulé durant sa vie. Il est important de souligner que le processus de décomposition peut prendre plus d’une décennie. La libération du carbone se fait donc lentement, contrairement aux émissions liées à l’activité humaine.

Le changement climatique: L'ennemi de la forêt tropicale

Les onze dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, même si plusieurs d’entre elles n’étaient pas des années où un épisode El Niño sévissait. Avec une planète qui se réchauffe sans cesse, le travail des forêts pour séquestrer le carbone pourrait être ralenti même durant une année sans El Niño. Il est cependant important de souligner que les tropiques ne sont pas les régions du monde qui se réchauffent le plus rapidement. Ce titre va aux régions polaires et à l’Europe.