
Pourquoi les tiques progressent autant au Québec?
Au Québec, la fameuse tique à pattes noires, celle qui peut transmettre la maladie de Lyme, poursuit tranquillement sa migration vers le nord. Pourquoi elle continue de s’étendre autant? Explications avec le biologiste de GDG Environnement, Richard Vadeboncoeur.
Au début des années 2000, la maladie de Lyme était encore relativement rare au Québec. Aujourd’hui c’est une tout autre histoire. On doit apprendre à composer avec cette nouvelle réalité.
Les tiques ne sont plus un problème isolé réservé au sud des États-Unis. Elles sont maintenant bien installées au Québec et leur territoire continue de s’étendre.
Selon plusieurs experts américains, la saison 2026 pourrait être l’une des pires jamais observées aux États-Unis. Les visites à l’urgence liées aux piqûres de tiques atteignent déjà des niveaux records.
Et ici aussi, la situation évolue rapidement.
« Au Canada on est passé d’une centaine de cas en 2009 à plus de 5 000 cas en 2025. Au Québec seulement, on parle maintenant d’environ 800 cas par année. Qu’on le veuille ou non, les tiques font désormais partie de notre réalité environnementale » - Richard Vadeboncoeur, biologiste chez GDG Environnement.
À Montréal seulement, 161 cas ont été enregistrés cette année. Le chiffre fait peur mais la Dre Catherine Bouchard, vétérinaire épidémiologiste à l’Agence de santé publique du Canada apporte une petite nuance.
« Sur les 161 cas rapportés, environ 56 auraient été acquis dans la région montréalaise elle-même. Les autres seraient liés à des voyages ou à des séjours dans des régions davantage touchées comme l’Estrie ou la Montérégie. » - Dre Catherine Bouchard
Pourquoi?
Pour deux raisons.
La première, nos hivers plus doux favorisent la survie des tiques et prolongent leur période d’activité.
Deuxième raison, les oiseaux migrateurs et certains petits mammifères, comme la souris à pattes blanches, contribuent à leur déplacement vers le nord.
Résultat : les zones à risque s’étendent tranquillement d’année en année.
Selon le site d’Ouranos, la hausse des températures au pays pourrait permettre à la tique à pattes noires de se déplacer vers le nord à une vitesse de 35 à 55 kilomètres annuellement.
En collaboration avec l’INSPQ (l’Institut national de santé publique du Québec), une carte de répartition des populations de tiques d’ici 2080 à également été élaborée.
Vous pouvez la consulter juste ici 👉 Projection future
« Les changements climatiques jouent un rôle important dans cette expansion. Nos hivers sont plus cléments et ils favorisent la survie des tiques. Souvent, elles se cachent dans la litière en forêt et dès que les températures sont favorables elles refont surface. » - Richard Vadeboncoeur
Autrefois concentrées principalement en Estrie et en Montérégie, d’autres régions comme la Mauricie, les basses Laurentides, le Centre-du-Québec ou certains secteurs plus au nord commencent à signaler des cas.
Ça pourrait être pire
Contrairement à la croyance populaire, les tiques ne sautent pas et ne volent pas. Une chance.
Elles voyagent en s’accrochant à des hôtes comme les oiseaux, les cervidés ou les petits mammifères.
Elles attendent patiemment, comme on attend le bus, dans les herbes hautes, les zones boisées ou les milieux végétalisés. Et elles n’ont pas besoin d’une immense forêt pour survivre.
Loin de là.
Un parc urbain, une cour arrière, un sentier ou un terrain fréquenté par des hôtes peuvent suffire.
Faut-il s’inquiéter?
Il faut prendre ça au sérieux mais sans tomber dans la peur. Le but est d’en parler. Pas de créer un vent de panique.
« Il ne faut surtout pas arrêter d’aller jouer dehors. Le risque se contrôle très bien avec de bonnes habitudes. » - Richard Vadeboncoeur
Le mot d’ordre : vigilance.
Les habitudes à adopter
porter des vêtements longs;
utiliser un insectifuge homologué contenant de l’icaridine;
rester dans les sentiers;
inspecter soigneusement son corps après une activité extérieure.
Sachez qu’une douche ne suffit pas toujours. Une tique fixée peut parfois ressembler à un nouveau grain de beauté.
Une tique sur cinq
Dans le sud du Québec, environ 20 % des tiques analysées seraient porteuses de la bactérie Borrelia, responsable de la maladie de Lyme.
Heureusement, la transmission ne se fait généralement pas instantanément. La tique doit demeurer attachée à la peau pendant plus de 24 heures pour qu’un risque important apparaisse.
D’où l’importance de vérifier :
derrière les genoux;
sous les bras;
derrière les oreilles;
le cuir chevelu;
et toutes les zones moins visibles du corps.
Puisqu’on fait face à une nouvelle réalité, aussi bien prendre les mesures pour nous protéger.
Bonne saison!
AIDE-MÉMOIRE :
Agence de la santé publique du Canada
👉 Comment retirer une tique de façon sécuritaire
Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)
👉 Guide d’identification des tiques du Québec
👉 Carte des zones à risque au Québec
GDG Environnement
eTick
👉 Plateforme d’identification de tiques disponible sur le web et via votre application mobile.
