
La fumée des feux : un ennemi invisible qui s'infiltre dans vos poumons
Les incendies de forêt ne menacent pas seulement les régions où ils font rage. Leur fumée peut parcourir plus de 1 000 kilomètres et atteindre des populations situées très loin des flammes. Mais quels sont réellement les effets de cette fumée sur notre santé? Le Dr Stéphane Perron, de l'Institut national de santé publique du Québec, répond à nos questions.
Selon le ministère des Ressources naturelles, le Canada compte environ 9 % des forêts mondiales. Au cours des 25 dernières années, près de 7 300 incendies de forêt surviennent annuellement et brûlent en moyenne 2,5 millions d’hectares, et ce, à la grandeur du pays.
Les incendies de 2023 ont marqué l'histoire du Québec. Pendant des mois, la fumée a recouvert plusieurs régions et les évacuations se sont multipliées. Depuis, on craint les prochaines saisons. Voici le bilan de la SOPFEU pour l'année 2023.
La saison 2025 a toutefois été bien différente. Les pluies abondantes du printemps ont permis de limiter le nombre d'incendies pendant plusieurs mois.
La situation s'est toutefois renversée à l'automne : une sécheresse prolongée a entraîné une forte hausse des départs de feu. Au total, 528 incendies ont brûlé 1 247,7 hectares.
La première question à se poser c’est : que contient la fumée des feux?
« Celle-ci est composée d’un mélange complexe de plusieurs gaz : monoxyde de carbone, ozone, dioxyde de soufre et dioxyde d’azote. » - Dr Stéphane Perron, INSPQ
Pourquoi dit-on que la fumée des feux est un ennemi invisible?
« Parce que justement on ne la voit pas! Les particules fines (PM2,5) sont invisibles à l'œil nu. Elles sont 50 fois plus petites qu’un grain de sable. Elles sont si petites qu'elles franchissent les mécanismes naturels de défense des voies respiratoires et viennent facilement se loger dans nos poumons.
C’est pour cette raison que les autorités de santé publique émettent des alertes à la qualité de l’air lorsqu’il y a un risque pour la santé. »
Quand elle est inhalée, que se passe-t-il physiquement?
« En fait, la fumée, c’est un irritant. Quand il y a beaucoup de fumée, ça va irriter les yeux. Les yeux vont piquer, le nez va piquer.
Ça va entrer dans les poumons et irriter les poumons. Et les gens vont se mettre à tousser quand les concentrations sont très, très élevées. »

Est-ce que les effets sont les mêmes que l’on soit exposé de façon directe ou indirecte?
« Oui, les effets sont les mêmes. Les particules fines peuvent voyager longtemps et évoluer chimiquement pendant leur transport dans l'atmosphère.La pollution a un impact à long terme quand on est exposé jour après jour.
Un épisode ou quelques épisodes durant l’été, ce n’est pas ça qui va nous inquiéter à long terme. Souvent, on observe des augmentations de niveau de particules qui sont juste assez hautes pour que ça ait un impact sur notre santé et juste assez basses pour ne pas s’en rendre compte. Ça, c’est préoccupant. »
Qui peut être affecté?
« Les gens vulnérables seront les personnes atteintes d’une maladie chronique, comme les maladies cardiaques ou pulmonaires, les personnes âgées, les enfants, les femmes enceintes. Ce sont elles qui seront les plus sensibles aux méfaits de la fumée.
Mais, il ne faut pas oublier ceux et celles qui travaillent à l’extérieur ou qui pratiquent une activité en plein air, elles inhalent davantage de particules et sont donc plus susceptibles d'en ressentir les effets.»
Pourquoi recommande-t-on de limiter nos activités extérieures?
« Quand il y a un peu de fumée, c’est une chose, mais quand il y en a énormément, à la suite des feux de forêt, c’est justement parce qu’on risque d’en inhaler beaucoup. En s’exposant, en permettant aux particules fines de se déposer profondément dans nos muqueuses, on risque d’en ressentir les effets.
Si la qualité de l’air se détériore, vaut mieux rester à la maison avec nos animaux de compagnie en s’assurant de bien fermer les fenêtres. Si on est plutôt en voiture, gardez les vitres fermées et mettez la ventilation en mode recyclage d’air. »
C'est quoi l’indice de la qualité de l’air (IQA)?
Pour déterminer l’indice de la qualité de l'air, il faut calculer le niveau de concentration de trois polluants atmosphériques soit, les particules fines (PM2,5), l’ozone et le dioxyde d’azote.
Sur le site de MétéoMédia , un code de couleur vous permet d’y voir plus clair.
Le vert indique que la qualité de l’air est bonne, le jaune, c’est acceptable et le rouge, la qualité est mauvaise.
Sur le site d'Environnement Canada vous pourrez connaître la « côte air santé » de votre région.
✅ Recommandations
À l’intérieur
Gardez les portes et les fenêtres fermées.
Évitez d'aérer votre maison lorsque la qualité de l'air est mauvaise.
Réglez votre climatiseur en mode « recirculation » afin d'empêcher l'air extérieur d'entrer.
À l'extérieur
Réduisez vos efforts et limitez les activités physiques intenses.
Si vous devez absolument sortir, portez un masque N95 bien ajusté.
Hydratez-vous régulièrement, même si vous n'avez pas soif.
Soyez attentif à l'apparition de symptômes comme des yeux irrités, de la toux, un écoulement nasal, des étourdissements ou de la difficulté à respirer.
Prenez des nouvelles des personnes vulnérables et assurez-vous qu'elles sont en sécurité.
Consultez régulièrement l'indice de la qualité de l'air (IQA) ou la Cote air santé avant de planifier une activité extérieure.
