
Climat d'accueil : Du Costa Rica aux hivers québécois
Quand Marcela Quesada-Echavarria débarque au Québec à la fin du mois d'août 1999, elle sort de l'aéroport habillée comme pour une expédition au fin fond du pôle Nord.
Petit détail : il fait près de 30 degrés.
Son premier choc climatique survient avant même d'avoir vu la neige.
Originaire du Costa Rica, Marcela n'a jamais vu la neige. Elle ne connaît rien de nos quatre saisons ni de la bipolarité de Dame Nature.
Comme bien des gens qui arrivent d'un pays tropical, elle imagine l'hiver québécois comme un film de Noël : de gros flocons qui tombent au ralenti, comme si le temps était suspendu, des paysages immaculés… une ambiance féérique.
L'idée de vivre l’hiver lui plaît. Elle attend sa première neige avec impatience.
Quand la neige tant attendue tombe enfin, elle n’a rien à voir avec son imagination. Elle est maigre, décevante. Du sucre en poudre déposé à peine sur le trottoir.
Marcela colle son nez à la fenêtre. Pfffff. C'est ça d'la neige?
« Tout ce que j’ai rêvé ne ressemblait pas à ça! » raconte Marcela en riant.
Mais ce qu’elle va découvrir, c’est que ce n’est que le début. (Rire) L’hiver vient à peine de dire bonjour!
« Et là, quand le vrai froid est arrivé, je n'étais pas prête du tout. Mais vraiment pas! »
Les grosses bottes remplacent les sandales. Les manteaux deviennent plus épais, plus lourds. Elle découvre les mitaines, la tuque, les foulards, elle apprend à s’habiller comme un oignon… Malgré tout, le froid dépasse tout ce qu'elle avait pu imaginer.
Pas seulement un froid qui se contente d'être inconfortable, oh non Madame! La totale. Il mord les joues, pique les poumons et s'infiltre jusqu’à l’os.
Rapidement, elle réalise que l'hiver québécois n’est pas seulement une prévision MétéoMédia, c’est un mode de vie.
C'est une organisation.
Une façon de s'habiller.
Une façon de conduire.
Une façon de vivre.
Carrément.

Elle apprend pourquoi on sale les rues et les trottoirs. Pourquoi les gens gardent, dans le coffre de leur voiture, une pelle, des « traction aid » et des « câbles à booster ».
C’est aussi son baptême d’entendre parler de météo partout. Dans le métro, à l’épicerie, chez le dentiste… c’est l’entrée en matière de prédilection pour quiconque rencontre un autre être humain entre deux tempêtes.
« Ben coudon au Québec, il y a deux sujets de conversation : la météo et Céline Dion! »
Au Costa Rica, la météo fait partie du quotidien, mais rarement des conversations. Ici, elle devient un sujet universel. On compare les accumulations de neige, on surveille les redoux, on commente le refroidissement éolien.
Peu à peu, Marcela apprend elle aussi à consulter les prévisions avant de sortir et s'adapter.
Puis les années passent. Les premiers hivers sont plus difficiles. Elle s'ennuie de la maison. Elle se demande ce qu’elle fait ici.
Sans vraiment s'en rendre compte, quelque chose change. Les gestes, les réflexes deviennent automatiques. Les bottes attendent près de la porte. La tuque a trouvé sa place dans la manche du manteau et les crampons reposent au fond de la sacoche.
Elle ne lutte plus et vit au rythme des humeurs de l’hiver.
L'hiver québécois n'est pas seulement une prévision MétéoMédia, c'est un mode de vie.
Ce qui lui semblait insurmontable finit par devenir presque banal.
Aujourd'hui, elle sait comment s'habiller. Elle sait reconnaître la neige collante de la neige poudreuse. Elle connaît le plaisir d'une promenade hivernale, d'une sortie de patin ou d'un paysage entièrement blanc après une tempête.
Surtout, elle réalise que ces hivers l'ont transformé.
Ils l'ont rendue plus résiliente.
Comme si elle avait toujours vécu ici... ou presque, elle sort maintenant les poubelles en sandales, même au beau milieu du mois de mars.
Bien sûr, il lui arrive encore de sourire en repensant à certaines situations absurdes, comme sortir les cheveux encore humides par -15 °C... avant de découvrir qu'ils peuvent geler en quelques minutes.
Mais ces anecdotes font désormais partie de son histoire.
Aujourd'hui, elle retourne encore au Costa Rica pour retrouver le soleil.
Mais lorsqu'elle revient au Québec et que l'air froid lui pince les joues en sortant de l'aéroport… elle sait qu'elle est rentrée chez elle.
Parce qu'au fond, ce n'est pas seulement au froid qu'elle s'est adaptée.
C'est à toute une façon de vivre.
Et c'est peut-être ça le véritable climat d'accueil.
